Protestation contre l’exclusion des femmes

C'est sur une page du très riche site Poèmes satiriques du XVIIIe siècle que nous avons trouvé, sous les références $6744 et Bibliothèque Mazarine, manuscrit de Castries 3989, pp. 310-11, cette Protestation burlesque contre l’exclusion des femmes (poème manifestement destiné à être chanté, et daté de 1747).

Comme on ne peut vraiment pas dire qu'il s'agisse d'une chanson maçonnique, il nous a bien fallu la ranger dans un autre chapitre ... même si une telle classification est aussi arbitraire qu'injuste, puisque ce texte ne présente aucunement le style agressif qui caractérise généralement les chansons antimaçonniques.

C'est plutôt un point de vue ironique et plein de verve sur la non-admission des femmes en maçonnerie, sujet qui faisait déjà beaucoup jaser à l'époque (voir par exemple ici l'extrait de la cantate de Clérambault que vous pouvez entendre en cliquant ici).

Quelle est cette secte nouvelle
Qui fait ici tant de fracas ?
Pour moi, j’en fais fort peu de cas
S’il faut en éloigner les belles.
Non, non, non, sans les belles,
Non,
Je ne veux point de vos truelles,
Non, non, non, sans les belles,
Non,
Je ne serai point franc-maçon.

J’entends et la blonde et la brune
Ici tout bas en murmurer.
Il fallait les incorporer
Si vous vouliez faire fortune.
Non, non, non, sans les belles,
Non,
Je ne veux point de vos truelles,
Non, non, non, sans les belles,
Non,
Je ne serai point franc-maçon.

Je ne porterai point d’équerre,
Ni d’échelle à votre atelier.
Je ne veux d’autre tablier
Que celui du Dieu de Cythère.
Non, non, non, sans les belles,
Non,
Je ne veux point de vos truelles,
Non, non, non, sans les belles,
Non,
Je ne serai point franc-maçon.

Une hypothèse ? L'air utilisé pourrait-il être celui chanté par un berger dans le prologue de l'opéra Bellérophon (1679) de Lully sur un texte de Thomas Corneille et Fontenelle :

Pourquoy n'avoir pas le coeur tendre?
Rien n'est si doux que d'aimer ;
Peut-on aisément s'en défendre ?
Non, non, non, l'amour doit tout charmer.
Que sert la fierté dans les belles.
Tout aime enfin à son tour, 
Veut-on des rigueurs éternelles? 
Non, non, non, rien n'échappe à l'amour.

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