Rapport de l'archevêque de Malines

sur tout ce qui se passe en Belgique

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Sur d'autres pages de ce site, nous donnons quelques témoignages de l'anticléricalisme répandu dans les Loges belges après la condamnation de la Franc-maçonnerie par les évêques belges en 1837.

Quoique n'étant pas spécifiquement maçonnique, cette chanson-ci mérite d'être relevée, non seulement pour son caractère savoureux, mais aussi parce qu'elle a semble-t-il connu un vif succès dans les Loges.

Elle n'est pas datée, mais contient quelques indices (évocation d'une victoire électorale récente, projets de Detheux) qui devraient permettre à un connaisseur en histoire de Belgique de le faire avec une certaine précision. Tout ce qu'on peut dire à ce stade avec certitude, c'est qu'elle ne peut être antérieure à 1838, ni postérieure à 1884, moment où le parti catholique conquit durablement le pouvoir.

Pour lire les notes explicatives, il suffit de cliquer sur leur numéro (il est entre parenthèses et souligné)

La traduction ci-contre a été réalisée avec l'aide de quelques spécialistes ... et d'un savoureux dictionnaire. Mais elle est encore loin d'être parfaite ... et nous espérons, si vous êtes expert, que vous nous aiderez à l'améliorer! 

Rapport

De l'archevêque de Malines à notre St.-Père le Pape

sur tout ce qui se passe en Belgique

Sur l'air : Le dieu des bonnes gens

Il n'y a plus de quoi rire, saint Père, avec la Belgique
C'est une question morte
(1), nous sommes couillonnés!
Si nous faisons encore beaucoup de politique,
Je crois, sur mon âme, que nous en aurons plein la gueule,
On commence à voir reluire
(2) nos câlineries :
Des libertés, nous passons pour les meurtriers
(10):
Quel chien de pays ! c'est une vraie maçonnerie,
Au diable, et tout de suite ! (bis)

2

Nous venons de recevoir la plus fameuse raclée
Qu'il se puisse donner en matière d'élections
De tous côtés notre cause est abandonnée
Nos calotins se sauvent comme des couillons!
Tous nos hommes liges
(3) sont chassés des conseils
On brise nos hommes comme des débris de crameu
(4) .
Quel chien de pays ! c'est une vraie maçonnerie,
Au diable, et tout de suite ! (bis)

3

Nous avons bien fait gueuler nos gazettes,
Nous avons bien fait aboyer tous nos chiens,
Tout le monde se sauve et sans quelques commères bavardes,
Nous ne saurions plus à quoi passer notre temps
Vos capucins ont beau s'en prendre à la gent féminine,
Elles crient puf ! ils puent les mendiants.
Quel chien de pays ! c'est une vraie maçonnerie,
Au diable, et tout de suite ! (bis)

4

Il est bien vrai que nous faisons les ministres
Que nous menons notre bon roi par le bout du nez ;
Que les députés suivent tous nos caprices,
Et, qu'à la baguette, nous faisons changer les lois.
Mais le peuple est là qui n'aime pas la sacristie,
Et qui endiable pour défendre ses droits.
Quel chien de pays ! c'est une vraie maçonnerie,
Au diable, et tout de suite ! (bis)

5

Notre fils Detheux (5) , qui est encore de la bonne année
Nous avait dit : " je vais dégoter un moyen : 
Les listes d'électeurs seront coupées en quatre,
Ils auront la trouille et nous ferons passer nos gens ! "
Mais les enragés forment des confréries
Qui manoeuvrent sans que ça fasse un pli.
Quel chien de pays ! c'est une vraie maçonnerie,
Au diable, et tout de suite ! (bis)

6

Nous avions pensé nous joindre à la noblesse,
Comme dans le vieux temps, nous voulions les commander :
On se fout des nobles, ils passent pour des idiots,
Et nous autres mêmes, on nous traite de couilles molles !
C'est le peuple qui est maître : il n'y a plus que les minables
Qui aient peur du diable et qui reconnaissent nos droits.
Quel chien de pays ! c'est une vraie maçonnerie,
Au diable, et tout de suite ! (bis)

7

Aux calotins nous avons donné toutes les places…
On a fait pleuvoir des paquets de croix d'honneur !
Qu'avons-nous gagné ? Le peuple rit comme une bête,
Chaque croix qu'on donne, c'est un signe de malheur !
Les mauvaises langues braillent à nos oreilles :
C'est à la boutonnière qu'on reconnaît les flatteurs !
Quel chien de pays ! c'est une vraie maçonnerie,
Au diable, et tout de suite ! (bis)

8

Nous aurions bien voulu rétablir la dîme
Comme vous le savez, c'est le moyen de s'engraisser ;
Mais il faudrait ouïr ces effrontés d'abyme :
Ce n'est plus le temps d'étriller les fermiers.
Ils font semblant de croire à nos bêtises,
Et derrière la porte, ils nous montrent un doigt !
Quel chien de pays ! c'est une vraie maçonnerie,
Au diable, et tout de suite ! (bis)

9

Vous nous avez envoyé des jésuites, 
Des carmes déchaussés, des frères ignorantins
(6) ;
Vous nous avez demandé de nous débarrasser
Des maîtres d'école qui ne communiaient pas
(7) .
Nous y oeuvrons, mais j'entends bien qu'on grommelle ;
On braille déjà que nous sommes une bande de gueux :
Quel chien de pays ! c'est une vraie maçonnerie,
Au diable, et tout de suite ! (bis)

10

Il n'y a plus qu'un remède pour nous rendre espoir :
Rétablissez la sainte inquisition :
Dépêchons-nous, pourvu qu'on prenne les devants :
Avec nos graisses, nous ferions de beaux cretons
(8) .
L'inquisition a fait tant de merveilles !
Je vois déjà les liberât (*)
(9) sur le feu !
Dans ce chien de pays nous en brûlerons des milliers,
Qui iront au diable tout droit. (bis).

J.L. secrétaire au synode.

(*) Nouveau mot, que monseigneur a inventé en prisant.

Cliquez ici pour voir la partition de l'air mentionné, le Dieu des bonnes gens

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