Claude Rouget de Lisle

Cliquez ici pour entendre en fichier midi une version de la Marseillaise sans doute plus proche de l'original (avant l'arrangement par Berlioz, qui est devenu la version officielle)

 

Poète et musicien, Claude-Joseph ROUGET DE LISLE (1760 - 1836) est l'aîné des huit enfants d'un avocat de Lons-le-Saunier. Désireux, bien que non issu de la noblesse, d'être admis à l'Ecole militaire, il ajoute à son patronyme le nom d'une petite terre familiale située à Bletterans : "de Lisle“. Il entre à l'Ecole du Génie, sise alors à Mézières, d'où il sort en 1784 avec le grade d'aspirant lieutenant en second au corps royal du génie. Il connaît diverses affectations, dont le Fort de Joux dans le Doubs ; à Paris il fréquente des musiciens connus, et connaît ses premiers succès musicaux à Strasbourg en 1791. Nommé capitaine en février 1792, il y compose le chant de guerre pour l'armée du Rhin, qui va devenir la Marseillaise

Après avoir participé au siège de Namur en décembre 1792, il est, sous la Terreur, suspendu pour avoir refusé d'adhérer à la déchéance du roi, suspecté, et incarcéré en septembre 1793 à la prison de Saint-Germain-en-Laye; détenu pendant presque un an, il n'échappe à la guillotine que grâce à la chute de Robespierre. Pendant sa détention, il compose un hymne qu'il présentera à la Convention le 5 août 1794 sous le titre de hymne dithyrambique sur la conjuration de Robespierre et la révolution du 9 thermidor.

La convention post-thermidorienne saura récompenser celui que l'on considère maintenant comme le Tyrtée français, une loi du 26 messidor an III (24 juillet 1795) porte d'ailleurs que les airs et chants civiques qui ont contribué au succès de la Révolution seront exécutés par les corps de musique de la garde nationale et des troupes de ligne.

Réintégré dans l'armée, il la quitte définitivement en 1796 avec le grade de commandant, après avoir été blessé lors du débarquement des émigrés à Quiberon. Il occupera ensuite diverses fonctions, dont celle d'agent accrédité auprès du gouvernement français par l'ambassade de la république Batave.

Sous l'Empire, on le retrouve à la tête d'une entreprise de fournitures de vivres auprès des armées. Il vit ensuite petitement, se consacrant à l'écriture musicale et à la publication d'ouvrages qui ne remportent aucun succès. 

Vers 1815, il fréquente la propriété familiale de Montaigu, près de Lons-le-Saunier.

Il finira sa vie dans une relative précarité matérielle, devant même vendre sa part d'héritage de cette propriété. C'est seulement sous la monarchie de Juillet que Louis Philippe lui accordera sur sa cassette personnelle une pension viagère de 1500 francs, à laquelle s'ajouteront, sur l'insistance de Béranger paraît-il, deux pensions de 1000 francs respectivement octroyées par les ministres du Commerce et de l'Intérieur. Il meurt en 1836 à Choisy-le-Roi, dans la région parisienne.

Le 14 juillet 1915, ses cendres seront transférées aux Invalides.

Dès le début de son séjour à Mézières, en 1782, il a été admis  à la Loge Les Frères Discrets de Charleville.

A ce sujet, on lira avec intérêt l'article lui consacré sur le site de l'IDERM.

 

à gauche et ci-dessous : statue de Rouget de Lisle par Bartholdi, inaugurée en 1881 à LONS-LE-SAUNIER

à droite : Bartholdi, l'auteur de la Statue de la Liberté, fut lui-même également maçon (à la Loge Alsace-Lorraine) ; le médaillon Rouget de Lisle est de David d'Angers (1788-1856), qui était lui aussi maçon.

                 

 

Berlioz et Rouget de Lisle

Dans le chapitre XXIX de ses Mémoires, Berlioz évoque Rouget de Lisle :

... j’avais arrangé la Marseillaise pour deux chœurs et une masse instrumentale. Je dédiai mon travail à l’auteur de cette hymne immortelle et ce fut à ce sujet que Rouget de Lisle m’écrivit la lettre suivante que j’ai précieusement conservée :

                                                    Choisy-le-Roi, 20 décembre 1830.

Nous ne nous connaissons pas, monsieur Berlioz ; voulez-vous que nous fassions connaissance ? Votre tête paraît être un volcan toujours en éruption; dans la mienne, il n’y eut jamais qu’un feu de paille qui s’éteint en fumant encore un peu. Mais enfin, de la richesse de votre volcan et des débris de mon feu de paille combinés, il peut résulter quelque chose. J’aurais à cet égard une et peut-être deux propositions à vous faire. Pour cela, il s’agirait de nous voir et de nous entendre. Si le cœur vous en dit, indiquez-moi un jour où je pourrai vous rencontrer, ou venez à Choisy me demander un déjeuner, un dîner, fort mauvais sans doute, mais qu’un poëte comme vous ne saurait trouver tel, assaisonné de l’air des champs. Je n’aurais pas attendu jusqu’à présent pour tâcher de me rapprocher de vous et vous remercier de l’honneur que vous avez fait à certaine pauvre créature de l’habiller tout à neuf et de couvrir, dit-on, sa nudité de tout le brillant de votre imagination. Mais je ne suis qu’un misérable ermite éclopé, qui ne fait que des apparitions très-courtes et très-rares dans votre grande ville, et qui, les trois quarts et demi du temps, n’y fait rien de ce qu’il voudrait faire. Puis-je me flatter que vous ne vous refuserez point à cet appel, un peu chanceux pour vous à la vérité, et que, de manière ou d’autre, vous me mettrez à même de vous témoigner de vive voix et ma reconnaissance personnelle et le plaisir avec lequel je m’associe aux espérances que fondent sur votre audacieux talent les vrais amis du bel art que vous cultivez ?

                                          Rouget de Lisle.

J’ai su plus tard que Rouget de Lisle, qui, pour le dire en passant, a fait bien d’autres beaux chants que la Marseillaise, avait en portefeuille un livret d’opéra sur Othello, qu’il voulait me proposer. Mais devant partir de Paris le lendemain du jour où je reçus sa lettre, je m’excusai auprès de lui en remettant à mon retour d’Italie la visite que je lui devais. Le pauvre homme mourut dans l’intervalle. Je ne l’ai jamais vu.

la Marseillaise

Pendant son séjour à Strasbourg, Rouget de Lisle devient un familier du salon du premier maire constitutionnel de Strasbourg, un ami de Lafayette, le Baron de Dietrich (qui sera guillotiné quelques mois plus tard).

Dans la nuit du 25 au 26 avril 1792, les conversations portent principalement sur la toute récente déclaration de guerre du Roi à l'Autriche. Le maître de maison s'adresse à Rouget de Lisle : Monsieur de Lisle, vous qui parlez le langage des Dieux, vous qui maniez la harpe d'Orphée, faites-nous quelque beau chant pour ce peuple soldat qui surgit de toutes parts à l'appel de la patrie en danger et vous aurez bien mérité de la nation. S'inspirant pour les paroles d'une affiche de la Société des Amis de la Constitution intitulée Aux armes, citoyens! et d'une ode de Boileau, celui-ci s'exécute avec fougue. Il improvise son chant de guerre pour l'armée du Rhin (ou Hymne de guerre dédié au Maréchal de Luckner), qui va devenir la Marseillaise.

Le chant est imprimé et répandu dans toute la France. Le 22 Juin, un étudiant de Montpellier, François MIREUR (futur général en Egypte) le chante lors d'un banquet civique offert par la ville de Marseille à 500 volontaires partant pour Paris. Les Marseillais l'adoptent et entrent dans la capitale le 30 Juillet 1792 aux accents du Chant de Guerre, que du coup les parisiens rebaptisent La Marseillaise. Il est repris par les fédérés de Marseille participant à l'insurrection des Tuileries le 10 août 1792 et scandera la charge des soldats de Valmy. Son succès est tel qu'il est déclaré chant national le 14 juillet 1795. Gossec en fait la première orchestration.

Interdite sous l'Empire et la Restauration, la Marseillaise est remise à l'honneur lors de la Révolution de 1830 et Berlioz en élabore une orchestration. La IIIe République en fait, le 14 juillet 1879, l'hymne national.

(ce récit est inspiré d'un site dédié à Rouget de Lisle)

[l'hymne la Marseillaise] fut le chant du patriotisme, mais il fut aussi l'imprécation de la fureur. Il conduisit nos soldats à la frontière, mais il accompagna nos victimes à l'échafaud. Le même fer défend le cœur du pays dans la main du soldat et égorge les victimes dans la main du bourreau.

 (Lamartine, L'Histoire des Girondins).

La Marseillaise - à laquelle un musée est depuis 2011 consacré à Marseille - est la seule oeuvre encore bien connue de Rouget de Lisle. 

Dans LES HYMNES ET CHANSONS DE LA RÉVOLUTION (1904), Constant Pierre analyse cependant quatre autres oeuvres, Roland à Roncevaux (pp. 275 à 278), Hymne à la Raison (pp. 298-9), Le Vengeur (p. 307) et Le chant des vengeances (p. 409-12).

Il existe (même si actuellement il est interdit de chanter sur cet air d'autres paroles que les officielles) de nombreuses parodies de La Marseillaise. Vous en trouverez ici quelques-unes, à caractère maçonnique ou non.

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