Le Temps des Cerises 

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La célèbre chanson de Jean-Baptiste Clément (1836-1903; il fut initié en 1898 à la Loge Les Rénovateurs de Clichy et fut également membre de La Raison et de L'Evolution Sociale), sur une musique du ténor d'opéra Antoine Renard (1825-1872), n'est évidemment pas une chanson maçonnique, même si pour de nombreux maçons elle représente une chanson-culte et si elle s'entend encore souvent dans les Loges

Un nombre non négligeable de Loges - nous pouvons citer une bruxelloise (Grand Orient de Belgique), une parisienne (Droit Humain) et une arpajonnaise (Grand Orient de France, bannière ci-dessous) - ont d'ailleurs choisi pour titre distinctif "le Temps des Cerises", et une au moins (à Noiseau, du Grand Orient de France) porte le nom de Jean-Baptiste Clément.

A titre exceptionnel, nous lui avons dès lors fait une place dans ces pages.

Vous en trouverez ci-dessous le texte et la partition vocale.

1

Quand nous chanterons le temps des cerises,
Et gai rossignol et merle moqueur,
Seront tous en fête.
Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux du soleil au coeur !
Quand nous chanterons le temps des cerises,
Sifflera bien mieux le merle moqueur.

2

Mais il est bien court le temps des cerises
Où l’on s’en va à deux, cueillir en rêvant,
Des pendants d’oreilles ...
Cerises d’amour aux robes pareilles,
Tombant sous la feuille en gouttes de sang.
Mais il est bien court le temps des cerises,
Pendants de corail qu’on cueille en rêvant.

3

Quand vous en serez au temps des cerises
Si vous avez peur des chagrins d’amour,
Evitez les belles.
Moi qui ne crains pas les peines cruelles,
Je ne vivrai point sans souffrir un jour ...
Quand vous en serez au temps des cerises,
Vous aurez aussi des peines d’amour.

4

J’aimerai toujours le temps des cerises
C’est de ce temps-là que je garde au coeur
Une plaie ouverte...
Et dame fortune m’étant offerte
Ne pourra jamais fermer ma douleur ...
J’aimerai toujours le temps des cerises
Et le souvenir que je garde au coeur.

Le cinquième couplet

A ces couplets, composés en 1867, fut ajouté bien plus tard un cinquième, beaucoup moins connu:

Dans le n°34 (2e trimestre 2008) du bulletin de l'Association des Amis de la Commune de Paris, un article de Marcel Cerf raconte comme suit la genèse de ce couplet supplémentaire :

L'origine du fameux couplet remonte au 1er mai 1891. J-B Clément, alors délégué du Parti ouvrier socialiste révolutionnaire dans les Ardennes, est arrêté pour provocation, rébellion et outrage contre la maréchaussée. Il est condamné à deux ans de prison et cinq ans d'interdiction de séjour. Le 21 mai 1891, en appel, la peine est ramenée à deux mois de prison (qu'il ne fera jamais). Pour stigmatiser la juridiction répressive, le dessinateur Adolphe Willette, ami de J-B Clément, va représenter la liberté enchaînée, symbolisée par deux farouches gendarmes encadrant une jolie fille sans défense dont ils ont confisqué le panier de cerises. Pour souligner son indignation, l'artiste, qui à l'occasion taquine la muse, a joint quelques vers pour accompagner son dessin.

Celui-ci a paru dans le Courrier français du 17 mai 1891 ; il est dédié à J-B Clément. Nous l'avons reproduit ci-contre, à partir du livre de Tristan Rémy, Le Temps des cerises (Les Editeurs français réunis, 1968), dont il orne la couverture.

Ci-dessous, ce texte, tel qu'il fut rédigé par Willette sur son dessin (à gauche), et (à droite) tel qu'il figure actuellement dans les chansonniers.

Hommage à feu Jean-Claude H. qui nous a fourni ces informations

 Quand il reviendra, le temps des cerises,
Pandore idiot, magistrats moqueurs
Seront tout en fête !
Gendarmes auront la folie en tête
A l'ombre seront poètes chanteurs
Quand il reviendra le temps des cerises,
Siffleront bien haut les chassepots vengeurs !

Quand il reviendra le temps des cerises
Pandores idiots, magistrats moqueurs
Seront tous en fête
Les bourgeois auront la folie en tête
À l'ombre seront poètes chanteurs
Mais quand reviendra le temps des cerises
Siffleront bien haut chassepots vengeurs ... 





La franc-maçonnerie et la Commune 

Les francs-maçons descendent dans la rue bannière en avant au côté des communards (lithographie d'époque, par Moloch)

 

d'intéressants détails sont mieux visibles à droite : 

- l'inscription sur la bannière (qui est celle de la Loge le Globe de Vincennes)  "Aimons-nous les uns les autres"

- le baudrier porte l'équerre et le compas

 ci-contre à droite : gravure parue dans le Monde Illustré

 

 

Les lithographies ci-dessus à gauche (Francs-maçons plantant leur bannière porte Maillot en 1871) et ci-dessous à gauche (Manifestation de la franc-maçonnerie du 29 avril 1871) étaient visibles au site du Grand Orient de France, qui les y accompagnait du commentaire suivant :

A deux reprises (ci-contre à droite, une médaille commémorative de la première tentative), la franc-maçonnerie parisienne a tenté d'obtenir du gouvernement de Versailles l'ouverture de négociations avec la Commune. Après l'échec de ces tentatives, elle décida, le 26 avril, d'aller planter les bannières des loges sur les remparts et de courir aux armes si elles étaient profanées. Plusieurs milliers de francs-maçons, le dimanche 29 avril, partis du Châtelet, se rendirent à l'Hôtel-de-Ville où ils furent reçus par la Commune. Ils allèrent ensuite planter les bannières sur les remparts. Une troisième délégation, partie à Versailles, échoua. La franc-maçonnerie parisienne décida alors de se fédérer avec les Compagnons et de se battre avec ses insignes dans les rangs de la Commune.

Les délégués des différents Loges maçonniques de Paris sont partis pour Versailles afin d'empêcher l'effusion de sang qu'ils ont en horreur le 12 avril 5871. 

 

médaille commémorative de la tentative du 29 avril

 

Une gravure rare

Moins connue que les gravures précédentes, celle ci-contre est parue, sous le titre The french siege of Paris : masonic deputation to Versailles going out at the Porte Maillot, dans l'édition du 13 mai 1871 de The illustrated London news.

Nous en reproduisons 3 détails ci-dessous.

 

Dans les articles d'André Combes (in Encyclopédie de la Franc-maçonnerie, Pochothèque) et de Ligou (dans son Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF), on trouvera un historique plus complet et plus nuancé des événements. Il faut en effet noter que, si l'ensemble des maçons français était partisan de la conciliation, le ralliement de la maçonnerie à la Commune fut loin de faire l'unanimité - ni même peut-être la majorité - comme le mentionne le texte suivant, extrait d'un communiqué du GOdF publié en 2004 :

Les francs-maçons ... ne furent pas absents des événements de la Commune.
Beaucoup d'entre eux y participèrent directement dans les deux camps, les "communards" étant nettement plus nombreux que les "versaillais". Plusieurs francs-maçons influents, tels que Victor SCHOELCHER et Charles FLOQUET notamment, s'efforcèrent, par leur médiation, d'éviter l'issue sanglante à laquelle le chef du gouvernement provisoire Adolphe THIERS s'était résolu.

Après quoi il faut bien reconnaître que le Grand Orient se rangea résolument du côté de l'ordre bourgeois : dans une circulaire aux Loges publiée en 1871 dans le Bulletin Officiel du Grand Orient, le Grand Maître Babaud-Laribière allait qualifier le mouvement communard de criminelle sédition qui a épouvanté l'univers, en couvrant Paris de sang et de ruines, et préciser qu'il n'y a aucune solidarité possible entre ses doctrines [du Grand Orient] et celles de la Commune, et que si quelques hommes indignes du nom de Maçons ont pu tenter de transformer notre bannière pacifique en drapeau de guerre civile, le Grand Orient les répudie comme ayant manqué à leurs devoirs les plus sacrés.

Ce qui, de l'avis de A. Joshua Adel (Les francs-maçons et le triomphe de la démocratie représentative en France et en Europe au XIXe siècle, in La Pensée et les Hommes, n° 60, Ed. Espaces de Liberté, 2006), indique qu'à ce moment la franc-maçonnerie choisit systématiquement le légalisme et la Représentation nationale contre la souveraineté du peuple.

On peut lire à ce sujet un ouvrage (anonyme) du temps, Les francs-macons et la Commune de Paris - du rôle qu'a joue la franc-maçonnerie pendant la guerre civile, disponible sur Gallica BNF.

Mais l'ouvrage de référence sur le sujet est à présent (depuis 2014) l'ouvrage d'André Combes, Commune de Paris (mars-mai 1871) la franc-maçonnerie déchirée (Editions Dervy), dont on peut lire ici la présentation par Pierre Mollier.

Depuis des années, à l'initiative du Grand Orient de France, des francs-maçons de toutes obédiences se rendent traditionnellement en cortège le 1er mai au Mur des Fédérés en souvenir de la commune de Paris. On trouvera sur le site du Grand Orient de France le discours prononcé en 2005 à cette occasion.

Ci-contre à gauche, une photo (empruntée au blog Parispassion) prise lors de la manifestation 2010, avec, à côté de la tombe de Clément au Père Lachaise, la bannière de la Loge arpajonnaise mentionnée plus haut.

Bernard Muracciole a enregistré le Temps des Cerises dans son CD 275 ans de Chants maçonniques. On le voit ci-contre à droite le chantant le 1er mai 2004 devant le Mur des Fédérés ... 

 

... et ci-contre devant la tombe de Clément (cette image est extraite du DVD de son dernier livre-CD-DVD).

Paul Louka a lui aussi rendu hommage au Temps des Cerises dans le dernier couplet de sa chanson Un, deux, trois ... 

Le Mur des Fédérés

ci-contre : dessin de Willette, figurant à l'édition maçonnique des Chants révolutionnaires de Pottier (dont le nom figure sur la stèle représentée). 

 

O Commune splendide, ô toi, qu'on injurie,
Tu vis sur tes remparts,
Insignes rayonnants, la Franc-Maçonnerie
Planter ses étendards.

(Pottier, la Commune de Paris, 1876)

Le voici, ce mur de Charonne,
Ce charnier des vaincus de Mai ;
Tous les ans, Paris désarmé
Y vient déposer sa couronne.
Là, les travailleurs dépouillés
peuvent énumérer tes crimes,
Devant le trou des anonymes,
Devant le champ des fusillés !

Par Thiers et sa hideuse clique
Ce vieux mur fut tigré de sang.
Le massacre, en l'éclaboussant,
En fit une page historique.
Tu ranges devant ce coin noir
Où rejaillirent les cervelles,
Un rideau de tombes nouvelles ;
Crois-tu masquer ton abattoir ?

(Pottier, le Mur voilé, 1886)

Voir aussi la page La Commune de Paris et la Franc-maçonnerie sur le site de l'Association des Amis et Passionnés du Père-Lachaise.

 

ci-contre : la Commune a même donné son nom à une Loge du Grand Orient de France.

 

Un de nos lecteurs nous a communiqué l'image ci-contre, qu'il a trouvée dans un ouvrage daté de 1896, sans mention d'auteur ni d'éditeur, et intitulé Sept mois d'histoire. Paris sous la Commune (un fac-similé en a été publié en 2002 par les Editions DITTMAR). Le dessin est d'un témoin oculaire, A. Raffet.

A l'article "adoption", dans le Dictionnaire de la Franc-maçonnerie de Ligou (PUF), Henri Vuillaume écrit:

Sous la Commune, lors des manifestations d'avril 1871, nous savons, par de nombreux témoignages, qu'une loge de femmes a participé au défilé (nous n'avons pas d'autres indications).

Cette affirmation est manifestement inexacte : s'il y avait eu une "Loge de femmes" à Paris en 1871, cela se saurait...

Il s'agit en fait d'une personne appartenant à une association très fortement inspirée par la tendance marxienne de l'Internationale : "L'Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés." Cette association était impulsée par Elisabeth Dmitrieff, amie de K. Marx, et Benoît Malon, maçon et membre de la Commune.

Le but était d'organiser les femmes de la Commune pour assurer le service des ambulances, des fourneaux économiques, des barricades, mais aussi pour combattre. Un autre but était de fonder des ateliers coopératifs, appuyés sur des associations ouvrières affiliées à l'A.I.T.

La première manifestation a lieu le 3 avril, un groupe de femmes se joint à des parlementaires maçons qui tentent une médiation. Cette manif est arrêtée par les gardes nationaux qui craignent une fusillade.

Selon "La Sociale" et "Le Cri du Peuple", une nouvelle manifestation eut lieu le lendemain, 700 (?) citoyennes partant de la Concorde. Ce sont des femmes du peuple, "très proprement vêtues"; certaines portent une robe noire dont le corsage est orné d'une rosette rouge. (Le rouge dans le vêtement sera considéré comme preuve d'allégeance à la Commune par les Conseils de Guerre). Cette manifestation est elle aussi bloqué par les gardes.

Le but de ces femmes était aussi de revendiquer l'égalité, car pas plus que ceux de 1789, 1793 ou 1848 les hommes de la Commune n'envisagaient que les femmes jouissent de droits civiques. Cela sera obtenu par un décret du 10 avril.

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