I
Depuis mon jeune âge
J'ai bien travaillé.
Maint'nant hors d'usage,
Je dois voyager.
Triste existence
Pour un ouvrier :
Pour sa récompense
Il doit trimarder !
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II
Cinquante ans d' service
Dans un atelier,
C'est un sacrifice
Non récompensé.
Partout l'on me traite
De grand vieux traînard;
J' ai, pour ma retraite,
La rout du trimard.
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III
Mes économies
Sont déjà claquées;
Je dois, tout' ma vie,
User les pavés;
Embêter les riches,
Cherchant du travail,
Tirer le pied d'biche,
Coucher sur la paille.
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IV
Si ma santé lutte
Je m'en fich' pas mal !
Je f'rai la culbute
Dans un hôpital.
Comme un' vieill' machine,
Au vieux Compagnon
On fait mauvais' mine :
C'est un vieux bouchon. |
V
Compagnon de route,
Ne sois pas honteux;
Demande ta croûte
A ce beau monsieur !
- Baron charitable,
Je suis à pieds nus ...
- Va bien vite au diable !
M'a-t-il répondu. |
VI
Après son service,
Le vieux Compagnon
N'a-t-il pas l'hospice
Ou bien la prison ?
C'est une retraite
Douce comme l'fiel;
Enfin, si l'on prête
L'on s'en va au ciel. |