Une chanson des Vrais Bataves de Dunkerque

En 1787, l'intervention armée de l'Angleterre et de la Prusse interrompit la révolution batave dite révolution des Patriotes (de tendance démocratique et républicaine, sous l'influence de l'esprit des Lumières). De nombreux Patriotes s'exilèrent, notamment en Belgique et en France, dans la région de Dunkerque et à Paris. En 1795, l'invasion française permettra leur retour et l'instauration de la république batave.

  (d'après Wikipedia)

à Dunkerque, une loge maçonnique d'exilés patriotes hollandais fonctionna sans interruption de mars 1790 à février 1795 : tel est le sujet de l'ouvrage d'Arille M. J. Chevalier, L'exil des patriotes hollandais en France et la loge maçonnique "Les vrais Bataves" (1790-1795) à l'Orient de Dunkerque

Dans l'article d'Anton van De Sande, « Une ambition nationale louable ». Les francs-maçons et la république batave, paru dans le n° 326 (octobre-décembre 2001) des Annales historiques de la Révolution française, on peut lire à ce sujet :

Il y avait par exemple une loge en France, peuplée de réfugiés néerlandais, qui a survécu à la Terreur et qui, contrairement aux frères français, a su résister à la répression ... Quelques patriotes réfugiés en France avaient créé à Dunkerque la loge des Vrais Bataves, qui, dès sa création en 1790, comptait 34 membres. À l'automne 1792, quand les Français se préparaient à émanciper du joug monarchique le reste de l'Europe, quelques officiers de la Légion batave y furent admis. Durant la campagne de l'année suivante, ils fondèrent une loge ambulante sous le nom de « Liberté, Égalité, Fraternité » ... Par refus du régime stadhouderien, les loges d'exilés s'étaient soumises dès leur création à l'autorité de la Grande loge française. Plus tard, en 1797, les Vrais Bataves se rebaptisèrent « Waare Bataven » et se placèrent sous l'autorité du Grand maître néerlandais ...

On trouve aussi des données à ce sujet dans l'article de L. Lemaire intitulé la Vieille Franc-maçonnerie dunkerquoise et publié en 1930 par le Bulletin de l'Union Faulconnier, et notamment ceci :

[p. 116] A la fin de 1789 s'installe une dernière loge composée uniquement, d'éléments étrangers : « En 1790 plusieurs réfugiés Hollandais supplièrent le vénérable frère Emmery d'intercéder pour eux, près du Grand Orient afin qu'ils pussent se constituer en association à Dunkerque. La recommandation eut plein succès, et trois membres, députés par l'Amitié et Fraternité, installèrent, le 7 Avril, la nouvelle Loge sous le titre distinctif des VRAIS BATAVES en lui remettant ses constitutions fondamentales ».

[p. 119] Seule la loge « LES VRAIS BATAVES » subsiste quelque temps encore. Le 21 Mars 1792, ses membres demandent au G.O. que leur atelier soit déclaré « ambulant » car des temps meilleurs étant revenus, ils désirent le transporter dans leur patrie ». Ils ne quittent cependant pas Dunkerque ... Finalement, la loge disparait à son tour — car les réfugiés se sont dispersés ou ont regagné leur pays. Cette dissolution ne se fit toutefois qu'à la fin de 1794, car nous connaissons un diplôme délivré en cette année.

[p. 120 : citation d'une lettre du 21 mars 1792] La liberté rendue a tant de nations, les armes de la République française pénétrans jusqu'au dernier asile des tirans, et enfin la promesse sacrée de cette généreuse nation de vouloir aider tous les peuples à se rendre libres, s'ils en montrent seulement le désir ; toutes ces considérations T.T. C.C. F.F., font revivre notre espérance que nous planterons aussi bientôt, après un exil de plus de cinq ans, l'arbre de la Liberté dans le centre de notre patrie ; mais puisque ce temps s'approche, il est de notre devoir de penser à ce qui concerne le bien de notre R.L. à l'époque de notre prochain départ. Le zèle pour l'Art Royal, la concorde et la fraternité ont fait une liaison si étroite parmi les membres de notre Loge, que nous désirerions le plus ardemment de continuer dans notre patrie nos travaux, de la même manière que nous avons pratiqués ici.

Dans les annexes de cet article, on trouve (p. 138) la chanson suivante, qui selon Lemaire fut, par un membre de la loge, composée en 1793 ... pour stimuler l'ardeur de ses concitoyens quand la ville se voit menacée d'un siège (NB : la ville fut effectivement assiégée à partir du 23 août par les Anglais mais libérée le 8 septembre par la victoire de Hondschoote).

Il ne s'agit évidemment pas, par son contenu, d'une chanson maçonnique à proprement parler, mais d'une chanson patriotique ; c'est son origine qui justifie sa présence sur ce site.

On remarquera la maladresse de la rédaction, traduisant le fait que le rédacteur doit être un étranger ne maniant qu'imparfaitement la langue.

CHANSON

DES CITOYENNES DUNKERQUOISES

 

Dédié à l'illustre Loge Les Vrai[e]s Bataves 
à Dunkerque, par un de ses membres

Braves Dunkerquois
Défendez vos droits !
Défendez la ville aussi nos vies (bis)
Vous serez vainqueurs.
Vous aurez l'honneur
De bien mériter de la Patrie (bis).

Si l'on veille bien
L'Ennemi en vain
Tâchera, Héros !, de vous surprendre (bis)
Si chacun de vous
Fait le choix si doux
De mourir plutôt que de se rendre (bis)

Défendez nos droits !
Défendez nos Lois !
Repoussez les fers de l'Esclavage (bis)
Rendez nuls les plans
De ces vils Tirans
Qui n'aspirent qu'au vol, qu'au carnage (bis)

Marchez donc au feu.
Le feu n'est qu'un jeu
Pour vous qui volez à la victoire (bis)
Vous, Héros !, serez
Bientôt couronnés
Par notre beau sexe, notre gloire (bis)

Que notre Nation
Chante ce[tte] chanson,
Que vous exposiez pour nous la vie (bis)
Que les Dunkerquois,
En battants les Rois,
Ont bien mérités de la Patrie (bis)

Dunkerque, de l'Imprimerie de Van SCHELLE et Comp.

Il n'y a pas de mention d'air. Les deux premiers vers font bien un peu penser au Valeureux Liégeois, marchez à ma voix composé en 1790 dans des circonstances analogues, mais la métrique diverge par la suite.

Retour au sommaire des chansons diverses du XVIIIe:

Retour au sommaire du Chansonnier :