La Cène mystique 

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Cette chanson datée de 1836 figure (pp. 3-5) dans le chansonnier du Mans imprimé en 1865. 

Comme d'autres chansons du même recueil, elle marque une vigoureuse prise de position en faveur d'une action extérieure, guidée (couplet 5) par un saint fanatisme (!) pour le bien commun, de la maçonnerie dans le combat pour la Liberté et pour la Fraternité, ici étendue à l'ensemble de l'humanité.


  
 

La Cène mystique

 

Air : Dis-moi soldat, dis-moi, t'en souviens-tu ?

 

De ce banquet, que chacun an ramène
J'aime a fêter la douceur avec vous ; 
J'aime à revoir cette gaîté sereine,
Qui dans ce jour circule entre nous tous. 
Ici jamais d'étiquette ennuyeuse. 
L'ennui demeure à la porte arrêté : 
L'amitié seule entre franche et joyeuse. 
Rompre le pain de la Fraternité.

 

De ce bonheur que nous goûtons ensemble, 
Si pur, si plein, qui bannit tout souci, 
Et dont l'espoir sans cesse nous rassemble, 
Mes bons amis la cause la voici :
C'est qu'en ce lieu, le nom chéri de Frère, 
Dans notre bouche est une vérité, 
Et que chacun vient fidèle et sincère
Rompre le pain de la Fraternité.

 

Mais sachons bien que cette auguste fête
N'a pas pour but les plaisirs d'un moment,
De tous vos coeurs le mien, sûr interprète,
Découvre en elle un haut enseignement.
Oui, ce banquet est tout allégorique,
Car n'est-ce pas la vraie égalité,
Celle qui boit dans une coupe unique,
Et rompt le pain de la Fraternité ?

 

Nous promettons autour de cette table
D'être au malheur un refuge assuré,
 De nous prêter une main secourable,
 Et ce serment pour nous tous est sacré ; 
Dans un festin, Judas trahit son maître,
 D'un vil métal par l'appât excité. 
Mais parmi nous, vit-on jamais un traître
Rompre le pain de la Fraternité.

 

Loin de nos coeurs bannissons l'égoïsme, 
De notre temps c'est le plus grand des maux. 
Au bien commun, pleins d'un saint fanatisme
Sachons toujours diriger nos travaux. 
Oui, que chacun se joigne avec constance
 Au voeu que fait la douce humanité,
De voir un jour le luxe et l'indigence
Rompre le pain de la Fraternité.

 

Un temps meilleur s'avance... pour présage
Dans l'avenir écoutez cette voix,
Peuples debout, c'est assez d'esclavage, 
Jetez vos fers à la tête des rois !!!
Les nations renaissant souveraines, 
Sur son autel fixent la Liberté, 
Et, déposant entre elles toutes haines
Rompent le pain de  la Fraternité.

 

De tous ces voeux, que cette fête inspire, 
Au prompt succès, frères la coupe en main ; 
Ce temps heureux vers lequel on soupire, 
Que ne peut-il arriver dès demain,
Ayons l'espoir d'en saluer l'aurore,
Et célébrant notre félicité, 
Dans cinquante ans, puissions tous encore
Rompre le pain de la Fraternité.

1836, 1er avril          J. C.

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