Impressions profanes

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Jacques Bertrand (1817-1884), de son état ouvrier pailleur de chaises à Charleroi, commença vers 1851 à animer de ses chansons, écrites en wallon, les fêtes organisées par une société locale de bienfaisance (Les Brayards). D'humble famille, il avait quitté l'école à dix ans pour entrer en apprentissage, mais, plein de goût pour la lecture, avait complété lui-même son instruction.

Il est considéré comme le premier chansonnier wallon et le fondateur de la littérature dialectale carolorégienne. Son Recueil de chansons populaires, paru en 1867, connut de nombreuses réimpressions. Un des grands boulevards de Charleroi porte toujours son nom.

un petit métier  (presque?) disparu : (rem)pailleur de chaises 

 

En 1864, Bertrand fut appelé à animer une manifestation philanthropique organisée par la Loge carolorégienne La Charité. En remerciement, il fut invité à un repas par les Officiers de la Loge ; cela lui inspira une chanson qu'il intitula Mes impressions à propos d'une invitation à l'Orient de Charleroi.

Même s'il ne s'agit pas à proprement parler d'une chanson maçonnique, nous avons voulu faire place sur ce site à cette pièce savoureuse.

 

1er couplet

Em'femme em'dit : ev'la voisin Rousselle
Qui vé d'veni, vazet vite èt'lavé
Allo boudg'tu puisqu'à l'lotche on t'appelle
Vas y m'colau, c'est p'tête pou soupé
Nervè né plein, mi, c'est tout c'quetj'demande
En'vin né t'n âme à tous ces noërs démons
En'trembel né dj' croës qui faudra qu'tu tchantes
Devant tous les maçons

 

Ma femme me dit : voilà le voisin Rousselle
Qui vient de venir : va-t-en vite te laver
Allons hâte-toi puisqu'à la loge on t'appelle
Vas-y mon ami, c'est peut-être pour souper
Ne reviens pas ivre, moi, c'est tout ce que je demande
Et ne vends pas ton âme à tous ces noirs démons
Et ne tremble pas, je crois qu'il faudra que tu chantes
Devant tous les maçons

2e couplet

Autoriset pas m'légitime épouse,
Dj'met m'neu pal'tot et m'ev'la disquindu
En m'ercrestant d'vant l'portier qui m'erpousse
J'li dit : L'ancien droci dj'seus attindu.
Ah ! qué bon goût i sintet dins l'cuisine
On rostissait des poulets, des dindons,
Djet m'dit tout bas, i paraît qu'on s'dodine,
On vicque chez les maçons (bis)

 

Autorisé par ma légitime épouse
Je mets mon nouveau manteau et me voici descendu
En me dressant devant le portier qui me repousse
Je lui dis : l'Ancien, ici je suis attendu.
Ah ! quel bon fumet dans la cuisine
On rôtissait des poulets, des dindons
Je me dis tout bas, il paraît qu'on se gâte
On vit bien chez les francs-maçons

3e couplet

J'vessais tout bleu quand dj'ai vu iun d'el binte
Qui m'dit : Bertrand, vé, dj'me vas t'présenter
Alors sintint em'pauf cœur es' rastreinte
Dj'ai cru quel diape em'dallait posséder
I m'print pa l'moin et dins l'salon i m'fourre
S'quet dj'ai là vu c'é tous joëyeux lurons,
Dj'croës qu'à l'invie on tchante et on s'erbourre
On boët chez les maçons (bis)

 

Je pétais de trouille quand j'ai vu un de la bande
Qui me dit : Bertrand, viens je m'en vais te présenter
Alors sentant mon pauvre cœur se serrer
J'ai cru que le diable allait me posséder
Il me prend par la main et dans le salon il m'entraîne
Ce que j'ai vu là, c'est tous de joyeux lurons
Je crois que, sans limite, on chante et on s'amuse
On boit chez les maçons

4e couplet

Pus mort que vicqu m'ev'la d'vant l'vénérape
Qui sins s'trompé prononce in long discours,
Tchante em'disti, gn-a ré d'pus agreable
Tchante el'toubac, el biere et les amours,
Pour t'animé djet t'fais cadeau d'in live, 
Ca t'inspir'ra des nouvelles tchansons
Ah ! dj'ai bé vu qu'on savait s'quet c'est d'vive,
A l'lotche des maçons (bis)

 

Plus mort que vif, me voici devant le vénérable
Qui sans se tromper prononce un long discours,
Chante me dit-il, il n'y a rien de plus agréable
Chante le tabac, la bière et les amours,
Pour te stimuler, je te fais cadeau d'un livre
Ca t'inspirera de nouvelles chansons
Ah ! j'ai bien vu qu'on savait ce qu'est vivre
A la loge des maçons

[Manquent 5e et 6e couplets]

7e couplet

Si comme on l'dit, ils ont vindu leu n'âme,
Ceux-là, du moins, auront crânement viquet
Pou l'malheureux pourtant leu cœur s'inflamme,
S'qui m'fait pinsé qui n'sont né co damnet
Enn'mis d'l'erreur is versenus les lumières,
L'fraternité c'est ieusses qui l'praitch'rons,
L'djou d'audjourd'hu si gn-a pu pont d'sorcières :
C'est grâce à les maçons (bis)

 

Si, comme on le dit, ils ont vendu leur âme
Ceux-là, du moins, auront crânement vécu
Pour le malheureux pourtant leur cœur s'enflamme
Ce qui fait penser qu'ils ne sont pas encore damnés
Ennemis de l'erreur, ils répandent les lumières
La fraternité, c'est eux qui la prêcheront
Au jour d'aujourd'hui, s'il n'y a plus de sorcières :
C'est grâce aux maçons

avec les remerciements du webmestre à Ben G., qui a fourni ce texte et sa traduction

 

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