Petite réponse de maçon

au mandement de l'évêque

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Encore une réaction en wallon, datant de mars 1838, au mandement des évêques condamnant la Franc-maçonnerie. Elle vise particulièrement l'évêque de Liège, Mgr Van Bommel, qui avait été un des principaux instigateurs de cette initiative. L'esprit particulièrement frondeur de la maçonnerie liégeoise - qui avait d'ailleurs, à l'époque, refusé d'adhérer au Grand Orient de Belgique - s'est manifesté à ce moment, non seulement par cette chanson, mais également par des observations répandues dans le public.

La correspondance ultérieure de Van Bommel avec le Grand Maître Stassart est restée célèbre, nous en extrayons les passages suivants :

de Van Bommel à Stassart :

de Stassart à Van Bommel : 

Voir la partition de l'air mentionné.

Traduction

Petite réponse de Maçon
Au
Mandement de l'évêque

Sur l'air : Un rigodon zig-zag dondon

1

Van Bomel nous a tous damnés,
Nous sommes bien à plaindre !
En enfer nous irons brûler,
Aïe ! je me sens déjà descendre ;
J'entends déjà pleurer les sorcières ;
Je vois reluire la queue du diable ;
Oh ! écoute frapper sur le charbon,
Qu'il doit faire chaud dans ce fourneau-là ;
Sur mon âme, j'en ai déjà la chair de poule
Quand j'y pense !

2

Nous sommes pourtant bien entêtés,
Pour se sauver, ça ne coûte pas cher,
Les prêtres pardonnent à l'assassin
Il suffit de leur dire
A l'oreille : je ne le ferai plus,
Je vous écouterai comme le bon Dieu,
Je dirai dix paters
Je mangerai du poisson le vendredi
Quand bien même j'aurais tué mon père,
J'irais au paradis.

3

Qu'avons-nous besoin de donner du pain
A tous ces braves ménages,
Qui n'osent pas mendier aux passants
Et qui ont faim faute d'ouvrage ?
En portant l'aumône au curé
Pour leur université.
Achetant les indulgences,
A la place d'une salade de navets ;
Tous les jours d'abstinence
Nous mangerons une longe de veau.

4

Nous pourrions très bien nous passer
De nous aimer les uns les autres.
Et de nous regarder comme des frères,
D'après le maître des apôtres.
Comme les chiens qui halètent,
Il vaut mieux se morfondre ;
Il vaut mieux faire la guerre
à ceux qui ne croient pas comme nous
Puisqu'ils ne voient pas clair
Ce sont des imbéciles et des sots. 

5

Pourquoi nous servir de la raison
Puisque le berger nous mène ?
Rechercher le meilleur de la religion
C'est se faire de la peine.
Liberté de mes vieux souliers !
Vous baiserez la tête d'un veau 
Je crois à leurs mystères,
Je vais écouter leur baragouin,
Nous ne sommes pas sur terre
Pour devenir si malins.

6

N'est-il pas beaucoup plus prudent
D'écouter le pape de Rome,
Qui dit se casser la tête à penser
A faire le bonheur des hommes ?
Le pape ne saurait se tromper
C'est le propre frère du St Esprit ;
Il bégaie bien quelques fois,
Mais s'il radote de temps en temps,
C'est qu'il est malaisé
De comprendre le latin.

7

Ne ferions nous pas bien d'aller demander
Pardon à notre évêque ?
Cet homme-là ne saurait nous tromper,
C'est un Melchisédech.
Il connaît le remède à tous les maux ;
Il a tout ce qui lui faut :
Avec une goutte d'eau bénite,
Il va chasser le diable de nos corps ;
Malheur à qui en rit
Il est cuit pour toujours.

8

Nous avons juré, mais ce n'est rien,
Monseigneur nous pardonne ;
On fait bien de violer ce serment
Quand c'est le pape qui l'ordonne.
Il est plus maître que le roi,
Il est au dessus des lois ;
Il pourrait nous faire pendre
Que nous devrions encore lui baiser la main,
Par peur que l'âme qu'on doit rendre
Ne le repaye le lendemain.

9

Démon, si nous faisons notre salut
Nous contenterions nos gosses ;
Au paradis, notre vieux bon Dieu
Régale de sucre à la louche ;
On n'y boit ni trop ni trop peu,
Il n'y fait ni froid, ni chaud !
On y hume de l'encens
Que les prêtres envoient de la terre ;
On y vit comme des princes,
Puisqu'on n'y fait pas grand chose. 

(merci à Ben G. et à Serge M. pour cette traduction) 

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