Lafont

Charles Philippe Lafont (1781-1839), également chanteur et compositeur, fut un des violonistes les plus célèbres de son temps. Violon solo de l'empereur de Russie en 1808 puis premier violon de Louis XVIII en 1815, il fit de nombreuses tournées internationales avant de périr dans les Pyrénées d'un accident de diligence.

Selon Christine Naslin-Gaudin dans son article violon pour l'Encyclopédie de la Franc-maçonnerie par divers auteurs sous la direction d'Eric Saunier (Pochothèque, 2000), il fut membre du Lycée des Arts, de la société musicale paramaçonnique des Enfants d'Apollon, et intendant de la musique de la Mère Loge Écossaise en 1814 (et encore en 1818 selon le fichier Bossu).

 

ci-contre : à gauche, portrait par Pierre-Roch Vigneron ; à droite, caricature en forme de volute de violon, par Xavier-Auguste Leprince 

Voici ce qu'en dit Fétis dans son T. 5 :

LAFONT (Charles-Philippe), violoniste célèbre, est né à Paris, le 1er décembre 1781. Sa mère, sœur de Bertheaume, jouait du violon ; elle lui donna les premières leçons de musique et de cet instrument ; plus tard, Bertheaume lui-même le prit pour son élève, et le fit voyager avec lui en Allemagne. Encore enfant, Lafont exécutait des solos dans des concerts publics en 1792 à Hambourg et à Lubeck, et faisait déjà remarquer la parfaite justesse de ses intonations et sa dextérité. De retour à Paris, il reçut pendant deux ans des leçons de Kreutzer : Navoigille aîné, puis Berton, lui enseignèrent l'harmonie. Doué de tact et de goût, il apprit seul à chanter, n'ayant pour le guider que ce qu'il entendait de Garat. Cette époque était celle des concerts du théâtre Feydeau, qu'on établit après la réaction politique qui suivit le 9 thermidor. Lafont y chanta des airs français et des romances qu'on applaudit à cause de l'expression qu'il y mettait. Devenu ensuite élève de Rode, il s'efforça d'imiter le fini et la perfection du jeu de cet artiste ; dès lors son talent de violoniste commença à prendre le caractère qu'il conserva depuis, et qu'un long travail perfectionna de plus en plus. Une justesse irréprochable, un son pur et moelleux auquel on aurait désiré quelque fois plus d'énergie, beaucoup de sûreté dans l'exécution des traits, enfin un charme irrésistible dans la manière de chanter sur son instrument, telles étaient les qualités par lesquelles Lafont se fit remarquer à son entrée dans la carrière, et qu'il a perfectionnées dans la suite par des études constantes. En 1801, il commença ses voyages en parcourant la Belgique pour y donner des concerts avec Gabriel Lemoine, faible pianiste, qui ne lui servait guère que d'accompagnateur. Après cette première tournée, qui dura quelques années, Lafont revint à Paris, et jeta les fondements de sa réputation dans les concerts qui furent donnés à l'Opéra et au théâtre Olympique en 1805 et 1806. Il fit ensuite de longs et nombreux voyages en Allemagne, en Hollande, dans les Pays-Bas, en Italie, en Angleterre et dans le nord de l'Europe. Après le retour de Rode en France, en 1808, Lafont lui succéda à Pétersbourg dans la place de violon solo de l'empereur de Russie. Son séjour dans cette ville se prolongea pendant six ans. En 1812, il lutta à Milan avec Paganini. Lorsqu'il revint à Paris, en 1815, le roi Louis XVIII le nomma premier violon de la musique de sa chambre ; plus tard Lafont joignit à cette place le titre de premier accompagnateur de la duchesse de Berry. Après cette époque, il se fit entendre souvent dans de grands concerts à l'Opéra et ailleurs ; partout le public l'accueillit avec des applaudissements justifiés par son beau talent. En 1831, il fit avec le célèbre pianiste Henri Herz un nouveau voyage en Allemagne ; deux ans après il visita la Hollande, et dans l'été de 1838 il parcourut une partie de la France. En 1839 il fit une nouvelle excursion avec le même artiste ; mais ce voyage eut une fin malheureuse, car Lafont y trouva la mort, le 14 août, par la chute de la diligence dans laquelle il se trouvait, sur la route de Bagnères de Bigorre à Tarbes. La secousse fut si violente, qu'il avait cessé de vivre quand on le releva.

[suit une liste d’oeuvres comprenant 22 items, dont 7 concertos pour violon]

Lafont a composé deux opéras ; le premier, en un acte, intitulé Zélie et Terville, a été représenté au théâtre Feydeau, en 1803, et n'a point réussi ; le second a été écrit à Pétersbourg, pour le théâtre particulier de l'empereur, à l'Ermitage, puis a été représenté au Théâtre-Français de cette ville. Lafont était chevalier de la Légion d'honneur. 

Mme Lafont a eu de la réputation comme cantatrice.

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