Dans nos repas point de valets

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Cette chanson intitulée Dans nos repas point de valets est la deuxième de trois dont nous savons qu'elles figuraient dans les Étrennnes de l'Amitié ou nouvel Almanach des Francs-Maçons, par le Frère Nau, parues à Paris en 1775 ou 1776.

Ce n'est cependant pas par ce recueil que nous y avons accédé, mais bien via L'Esprit des almanachs, analyse critique et raisonnée de tous les almanachs tant anciens que modernes, ouvrage publié en 1783 par Nicolas Le Camus de Mézières, qui les a recopiées (p. 181 pour celle-ci).

La chanson semble exprimer très anticipativement (c'est le moins qu'on puisse dire, dans cette société d'ordres qu'est la société d'Ancien Régime) le rêve si démocratique d'une société sans classes, où il n'y aurait ni maîtres ni valets ; en considérant, paradoxalement, comme un asservissement le fait de dépendre de serviteurs, il pousse à l'extrême l'idéal maçonnique d'égalité.

Et pourtant, il y a bien dans les Loges du XVIIIe des Frères servants. Mais, comme par une sorte de tour de passe-passe, et comme le dit la chanson, ils ne sont ici ni serviteurs ni valets, puisque ce sont des Frères.

Les Frères servants

Comme l'écrit Larudan dans Les Francs-Maçons écrasés :

Les frères servants sont les membres de la Société destinés à servir de domestiques aux autres, lorsqu'ils tiennent Loge et dans les choses qui regardent l'Ordre. On les appelle Frères, pour se conformer au système d'une égalité universelle, dont l'établissement est le grand but des Francs-Maçons - et pour marquer que s'ils ne sont employés qu'à des occupations serviles ou peu relevées, cela ne vient point d'aucun mépris que l'on ait pour eux, mais de la nécessité absolue des fonctions dont on les charge. 

Et, selon Pérau dans l'Ordre des francs-maçons trahi et Le secret des Mopses révélé (p. 74), dans les banquets - mais cela n'est certainement le cas que dans certaines Loges :

Chacun est servi par son Domestique, qui ne peut pourtant faire cette fonction que lorsqu’il est reçu Franc-Maçon. (NDLR : il est des Loges où cette réception s'effectue selon un rituel particulier, très différent de celui d'Apprenti, avec des signes, mots et attouchements distincts, dépourvu - comme dans les rituels d'Adoption - de toute référence aux outils de la construction, et exaltant comme seules valeurs morales les vertus fonctionnelles du service : obéissance et discrétion).

Mais cela n'empêche pas qu'ils soient effectivement considérés comme des Frères, puisque, même s'ils sont exclus des Travaux, ils sont invités à en partager la conclusion en se joignant à la Chaîne d'Union dans laquelle on chante le Cantique de Clôture. Episode que Ragon commente avec lyrisme :

de même que dans les fêtes de Saturne, où les esclaves partageaient les plaisirs de leurs maîtres et s'asseyaient à leur table, de même aussi, chez les Maçons, les servants viennent se mêler aux travaux des frères, et participer à cette santé générale, où chacun semble former un anneau de cette chaîne immense qui embrasse l'univers. Tableau touchant que la Maçonnerie offre seule à ses adeptes.

On peut trouver deux articles plus complets sur les Frères servants :

  • dans les Annales du Cercle d’Etudes Trigonum Coronatum, n° 9, 2001 : De la pseudo-initiation de Papageno aux paradoxes des Frères servants et de l’inégalité en Loge

  • dans les Cahiers d’Occitanie du Cercle Villard de Honnecourt de la GLNF, n° 36, juin 2005 : La pseudo-initiation de Papageno dans la Flûte Enchantée et le paradoxe des Frères servants.

DANS NOS REPAS POINT DE VALETS.

Air : La feuille à l'envers.

SI l'on a quelque grace à rendre
Aux immortels pour des bienfaits,
C'est pour celui de ne dépendre
D'aucuns serviteurs ni valets.
Heureux l'homme qu'un sort propice
A ce joug n'a point asservi !
Gagner quelqu'un à son service,
C'est acheter un ennemi.

Voir ici sur l'air La feuille à l'envers.

La chanson sera reprise, avec la mention d'air Du serin qui te fait envie :

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