Couplets 

Cliquez ici pour entendre la ligne vocale de la partition mentionnée (la Dot d'Auvergne), séquencée par Christophe D.

 

La BNF a mis en ligne ces Couplets à la Loge de la Parfaite-Égalité pour la Saint-Jean d'hiver 1843 de Délorier.

Quatorze ans exactement après y avoir chanté ce cantiqueDeslauriers, mais cette fois sous le nom de Délorier, rend à nouveau visite à ses Frères rouennais de la Parfaite-Égalité. Il s'en réjouit (couplet 1) et s'excuse (couplet 2) de sa longue absence dont (couplet 3) il explique les raisons.

Il rappelle ensuite ses sentiments napoléoniens, en se réjouissant du retour (1840) des cendres de l'Empereur. 

Quant à l'allusion à la Pologne au 7e couplet, elle rappelle la réflexion (prônant une maçonnerie engagée) du Frère Chanay publiée en 1842 dans la Revue maçonnique : Si, en attachant le despotisme au pilori, nous pouvions répandre quelques larmes sur la Pologne convertie par le knout à la religion du czar ! Deslauriers avait déjà évoqué en 1827 les souffrances d'un autre pays opprimé, la Grèce.

La Parfaite-Égalité est une des 6 loges de Rouen citées ici.

La Parfaite-Égalité 

ci-dessus : Médaille de La Parfaite-Égalité :

Deux squelettes, dont un porte des insignes royaux et l'autre un bâton (de berger ? cela pourrait rappeller le Peasant or King d'Anderson) illustrent la parfaite égalité terminale (comme dit le proverbe, un linceul n'a pas de poches).

ci-contre : détail d'une carte postale imprimée pendant la guerre 1940-45 par la Ligue antimaçonnique belge et représentant le Cabinet de réflexion de la Loge namuroise (n° 2 du Grand Orient de Belgique) La Bonne Amitié (devenue après la guerre La Bonne Amitié François Bovesse en hommage à ce Frère assassiné en 1944 par les milices rexistes). Le même thème que celui de la médaille rouennaise est repris dans l'inscription : Le pauvre et le riche, le sujet et le roi sont égaux après la mort.

L'air Chinq chous est donné comme dû à Loïsa Puget et tiré d'un drame (1841) mis en musique par elle, la Grâce de Dieu de Gustave Lemoine (qui était son mari). On trouve effectivement dans cette pièce un air (dit de la dot d'Auvergne) où il est question de cinq sous et dont la métrique correspond exactement :

Pour dot ma femme a cinq sous,
Moi quatre, pas davantage !
Pour monter notre ménage,
Hélas ! comment ferons-nous ?
Cinq sous ! — Cinq sous !...
Pour monter notre ménage,
Cinq sous ! — Cinq sous !...
Femme, comment ferons-nous?

En 1842, les cinq sous sont devenus chinq chous à la première scène d'un tableau populaire (où il s'agit de maçons opératifs) intitulé les maçons.

                   
                      
                     

 Couplets 

à la Loge de la Parfaite-Égalité.

 

 

Saint-Jean d'hiver 1843. 

 

 

 

Air . Chinq chous.

 

 1

Bons Frères, je vous revois !
Grâce à votre amitié sainte,
Je pourrai dans cette enceinte
Encore élever la voix.
Maçons ! (bis.)
Au temple
Que je contemple,
Maçons ! (bis.)
Vous redirez mes chansons.

 

 

 2

 Long-temps, loin de vos travaux,
Et ce souvenir m’oppresse!
Dans ma coupable paresse
Je n’eus que peu de rivaux. (bis.)
Enfin le front abattu
Et rêvant plus de courage,
Je viens reprendre l’ouvrage
Au temple de la Vertu.
Maçons ! etc.

 

 

 3

 J’avais perdu ma gaité,
Ce bien que Dieu me renvoie.
Où trouver un peu de joie ? ...
J’avais perdu la santé.
Et cependant j’ai chanté
L’amour de la Tolérance,
L’espoir des fils de la France :
La Gloire et la Liberté !
Maçons ! etc.

 

 

 4

 J’ai pleuré sur le tombeau
De cette garde fidèle
Qui ne voulut laisser d’elle
Que l’honneur de son drapeau.
Mais j’ai chanté le retour
De la cendre révérée
Que notre belle contrée
Salua de tant d’amour !
Maçons ! etc.

 

 

 5

J’ai partagé ce grand deuil
D’un Prince qu’on pleure encore
Pour lui ma voix fit éclore
Les pâles fleurs du cercueil. 
Toujours sensible au malheur,
J’ai voulu, dans cette épreuve,
A l’orphelin, à la veuve,
Payer l’obole du cœur.
Maçons ! etc.

 

 

 6

J’ai raillé dans mes couplets
Les courtisans émérites
Et les béats hypocrites
Dérobés à nos sifflets;
J’ai déploré des partis
Les fureurs, la rage immonde ;
Du mépris des grands du monde
J’ai consolé les petits.
Maçons ! etc.

 

  

 7

 Des Scythes le souverain
Me poussait vers la satire,
Quand la gloire du martyre
Vint m’inspirer ce refrain :
« Qu’à la Pologne, à ses droits,
» Dieu se montre enfin propice :
» Le grand jour de la justice
» Doit naître aussi pour les rois !
Maçons ! etc.

 

  

 8

J’ai su calmer le courroux
Né d’une injuste souffrance ;
Grâce à ma voix l’Espérance
A souri sous les verroux.
Et puis j’ai prié le Ciel,
Qui voit tout ce que nous sommes,
De placer au cœur des hommes
Plus d’amour et moins de fiel !
Maçons ! (bis.)
Au temple
Que je contemple,
Maçons ! (bis.)
Vous redirez mes chansons.

 

 

                       Le Frère DÉLORIER.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ROUEN. IMP. DE I.-S. LEFEVRE, RUE DES CARMES, 20.

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