Le Rêve maçonnique

 En cliquant ici (midi) ou ici (MP3), vous entendrez l'air de la Clé du Caveau

Ces  amusants couplets figurent (pp. 78-80) au Tome second de Hermès, ou Archives maçonniques, qui mentionne qu'ils ont été chantés au cours du banquet qui a suivi l'installation à Villeneuve-d'Agen, le 13 avril 1819, de la nouvelle Loge des Amis des Bourbons.

Les Amis des Bourbons

L’article de Jacques Clouché, Une Loge légitimiste à l'orient de Villeneuve d'Agen : Les Amis des Bourbons (1818 - 1828), paru en janvier 1997 aux pp. 25-41 du n° 3 des Chroniques du Midi Toulousain de l’Institut D'Etudes et de Recherches Maçonniques, narre les circonstances de la création en 1818 de cette Loge, qu'il considère comme très aristocratique.

Dans son compte-rendu, Hermès fait en note, avec prudence mais avec bon sens, une remarque significative sur le titre distinctif de cette Loge :

Tout en rendant hommage à ce que ce titre distinctif a de respectable, de cher pour des Maçons français, l'Hermès fait des vœux pour que, dans les titres, les attributs, les emblêmes et les travaux, toutes les Loges se circonscrivent entièrement dans ce qui a un rapport absolu avec l'Ordre maçonnique, qui, étant de tous Ies siècles et de toutes les nations, ne devrait employer dans sa langue universelle que des dénominations essentiellement maçonniques.

L'article de Clouché s'étend ensuite plus largement sur l'inauguration en 1825 de son nouveau Temple.

Selon la p. 62 de ce document, la Loge avait été fermée en 1823, pour cause de recrutement dans le parti libéral.

Elle interrompit ses activités en 1828.

L'auteur, désigné comme le Frère Devasselot, Orateur de la Loge à ce moment, était, selon le fichier Bossu, Marquet de Vasselot ; il est revenu à cette Loge, mais cette fois en visiteur, en 1822 selon Bossu et également en 1825, selon l'article de Jacques Clouché mentionné plus haut, article qui nous apprend qu'il était directeur de la maison centrale d'Eysses et qu'il chanta à cette occasion deux chansons.

 

Comme le fera un peu plus tard Bazot dans cette chanson, il met en scène, bien loin du personnage du créateur du Temple de Jérusalem, un Salomon patron des maçons, qui se montre exigeant, mais qui, se satisfaisant de bonnes intentions, se révèle finalement clément et plein de bonhomie. A cette époque, des personnages éminents au niveau religieux et maçonnique, tels Salomon et Saint Jean, deviennent souvent de pittoresques héros de chansons légères.

 

Voir ici sur l'air Une fille est un oiseau, dont la forme particulière (onzain de deux quatrains encadrant un tercet) est respectée.

 

Ci-contre : couverture du Tracé de l'Installation, imprimé par Pierre-Prosper Noubel (1795-1877 ; le fichier Bossu le donne comme membre en 1808 de la Loge agenaise La Sincérité malgré son jeune âge, mais c'était le fils du Vénérable), fils et successeur de Raymond Noubel (1762-1840), que le fichier Bossu donne comme membre de la Loge agenaise La Paix vers 1797 et comme vénérable en 1804 de La Sincérité

                                   

                                             

LE RÊVE MAçONNIQUE.

 

 

AIR : Une fille est un oiseau.

 

 

Mes Frères, j'ai cette nuit,
Fait un rêve épouvantable :
Je vous voyais tous à table,
Armés d'un fort appétit.
Tout à coup la foudre gronde,
Les plats tombent à la ronde,
Dans les yeux de tout le monde,
Déjà se peint la douleur.
Chacun à peine respire :
Qu'est-ce que cela veut dire ?
Se dit-on avec frayeur.

 

 

Mais un prodige nouveau 
Vient glacer le Vénérable ;
Nous voyons sur notre table
Le vin se changer en eau.
Ses yeux se mouillent de larmes,
Tout redouble nos alarmes ;
L'Orateur nous crie : aux armes !
Mais nous y volons en vain.
Le diable, à nos voeux contraire,
A gelé, dans chaque verre,
Le peu qui restait de vin.

 

 

A cet aspect douloureux ,
Les Frères de l'harmonie
Perdent leur goût, leur génie,
Et se regardent entr'eux.
Les visiteurs en gémissent ;
Les lumières en palissent ;
Les colonnes en frémissent ;
Ciel ! Qu'allons-nous devenir ?
Lors, une voix ſormidable
· Dit ces mots : « Race coupable,
» Tremble, je viens te punir !

 

 

 » Fils ingrats, j'avais pour vous
» Créé le titre de Frères ;
» Mes lois n'étaient point sévères,
» Mes préceptes étaient doux ;
» Le monde était la patrie
» Qu'à ma famille chérie,
» Dans ma tendresse infinie,
» A jamais j'avais donné ;
» Parjures, dans votre ivresse,
» Au mépris de la sagesse,
» Vous m'avez abandonné. »

 

 

A la voix de Salomon,
Chaque Frère, dans son ame ,
Ressent une douce flamme,
Un éclair de la raison ;
On se promet d'être sage,
De travailler davantage,
Afin d'acquérir de l'âge
Dans l'art que nous professons.
Salomon retient son ire,
Car le bon homme sait lire
Dans les coeurs des Francs Maçons.

 

 

La preuve que Salomon
Pardonnait à sa famille,
C'est qu'au même instant pétille
La poudre dans le canon ;
Tous les plateaux se remplissent,
Les bons mots nous réjouissent ;
Tous les Frères applaudissent,
On s'embrasse maintefois.
Amis, dans mon dernier songe ,
Tout n'a pas été mensonge :
A votre santé je bois.

  

 

                                                    Par le F.'. Devasselot.

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