L'intempérant CORRIGÉ

Cette chanson figure aux pp. 35 ss. du Troubadour franc-maçon (édité vers 1802) et 175-80 (reproduites ci-dessous) de Mon portefeuille (du même Legret, paru en 1806). Une troisième édition plus tardive, par Legret également, figure (pp. 296-301) dans le Chansonnier des bonnes gens, avec de légères modifications.

Elle constitue - ce qui n'est pas très fréquent - une véritable saynète illustrant avec verve un thème devenu classique dès le XVIIIe dans le chansonnier : un maçon ne peut boire qu'avec modération !

Musicalement, c'est un véritable pot-pourri, utilisant pas moins de 9 airs différents, dont certains sont utilisés plusieurs fois.

 
        


L'intempérant 

CORRIGÉ.

 

Air : De la fanfare de St. Cloud.

Cliquez ici (midi) ou ici (MP3) pour entendre cet air

Frères, vous conter l'histoire
D'un intempérant maçon,
Ce n'est point tracer l'histoire
Des enfants de Salomon.
Les fastes de leur histoire
N'en feront point mention ;
Car le fait de cette histoire,
Est un fait d'exception.

 

 

Air : Réveillez-vous.

Cliquez ici pour entendre l'air Réveillez-vous, belle endormie.

Certain maçon, décoré d'ordonnance,
Un certain soir, ayant bu largement,
Sortant de loge, alla prendre séance
Au cabaret, qu'il visitoit souvent.

 

 

Air : De la pipe de tabac.

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Altéré, comme l'on peut croire,
D'autant qu'il avoit bu beaucoup,
Sans gêne il se remit à boire,
A boire, à boire coup sur coup ;
Bref, il bat tant que dans la rue,
Perdant l'équilibre et le sens,
Il tombe, et s'endort à la vue
Des malins profanes passants.

 

 

Air : Du haut en bas.

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Grâce à la nuit,
On ne vit point son équipage;
Mais vers minuit,
En ronflant il fit un tel bruit,
Que la garde du voisinage ,
Attirée par son ramage,
Marcha vers lui.

 

 

Air : De la pipe de tabac.

cliquez ici (midi) ou ici (MP3)  pour entendre le fichier de cet air

Le sergent prenant la lanterne,
Découvre le frère à demi :
Je veux, dit-il, que l'on me berne,
Si ce n'est un prince endormi ;
Voyez, soldats, voyez vous-mêmes,
Ce cordon rouge, ce crachat ;
Ces marques sont autant d'emblêmes,
Qui désignent un potentat.

 

 

Air : La faridondaine.

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Camarades, empressons-nous
D'avoir une voiture. 
Prince, par malheur auriez-vous
Reçu quelque blessure ?
Daignez nous dire votre nom,
La faridondaine, la faridondon ;
Car nous devinerions ici,
Biribi,
A la façon de Barbari,
Mon ami.

 

 

Air : De la pipe de tabac.

cliquez ici (midi) ou ici (MP3)  pour entendre le fichier de cet air

Le frère à moitié se réveille,
Bégayant des mots sans esprits;
Les soldats, en prêtant l'oreille ,
L'ont entendu nommer Louis.
C'est le prince Louis lui-même,
Dit le sergent, tout enchanté;
Vite à l'hôtel, bonheur suprême !
Que le prince soit transporté.

 

 

Air : Gué, gué, gué, mon officier.

  cliquez ici pour entendre le fichier mp3 de cet air

Eh ! pan, pan, pan, vite ouvrez-donc !
S'écrie la cohorte :
C'est le maître de la maison,
Qu'ici nous conduisons.
Le priuce, dit le suisse,
Est ici dans son lit ;
Sur un lit de justice.
Portez votre bandit.
Et vite, vite décampez !
Si j'éveille le maître,
A vos dépens vous apprendrez
Combien vous vous trompez.

 

 

Air : Du menuet d'Exhaudet.

  cliquez ici pour entendre un fichier midi du Menuet d'Exaudet

A ces mots,
Nos héros
De se taire,
Et de leur prince impromptu,
Qu'ils voyent méconnu,
Ne savent plus que faire.
Le sergent,
Concluant
Comme un suisse,
Dit qu'il faut incontinent
Le traduire devant
Justice.
On vient chez le commissaire,
Qui se trouvant être un frère,
Sans répit,
Se saisit
Du coupable ;
Le fait sur le champ lier,
L'attache à son pilier
De table.

 

 

Air : De la baronne.

Voir ici sur cet air

Le commissaire,
Pour punir le frère buveur
Par une épreuve salutaire,
Voulut au moins lui faire peur....
Du commissaire.

 

 

Air : Des pendus.

  cliquez ici pour entendre le fichier midi de cet air

A peine fut-il éveillé,
Qu'étonné de se voir lié,
Il veut réclamer la parole ;
Mais le juge, jouant son rôle,
D'un air et d'un ton de prescrit,
L'arrête tout court, et lui dit :

 

 

Air : La faridondaine.

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Vous m'avez tout l'air d'un fripon
D'une nouvelle espèce ;
Pourquoi ces marques, ce cordon,
Jouons-nous quelque pièce ?
Soldats, qu'on le mène en prison ;
La faridondaine, la faridondon :
Donnez-lui la torture aussi,
Biribi,
A la façon de Barbari,
Mon ami.

 

 

Air : De la pipe de tabac.

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Soudain guéri de son ivresse,
On vit le pauvre patient
Faire le signe de détresse,
Pour éviter le châtiment.
Le commissaire, en vénérable,
Lui fit cette courte leçon :
Mon frère, un être raisonnable
Ne compromet point sa raison.

Cette chanson n'est pas sans évoquer la célèbre gravure (ci-contre) Night (1738) de William Hogarth, la quatrième et dernière de sa série Times of the Day.

La taverne dont sortent deux maçons passablement éméchés a été identifiée comme the Rummer and Grapes (le gobelet et les raisins), lieu de réunion d'une des quatre Loges fondatrices en 1717 de la Grande Loge de Londres.

Le Prince Golitsyn commentait comme suit - avant de parler de la maçonnerie en Russie - cette gravure dans son journal :

Ma visite hebdomadaire chez le libraire m'a fait découvrir un étrange dessin du célèbre caricaturiste anglais Hogarth. La nuit tombée, dans une ruelle qu'éclaire à peine un réverbère, un homme muni d'une équerre en sautoir et d'un tablier noué autour de la taille titube, soutenu par un autre qui arbore un cordon. Tous deux sortent d'une taverne. A voir les insignes dont ils sont revêtus, il s'agit manifestement de francs-maçons qui sortent d'une tenue ou assemblée de loge (elles se réunissent traditionnellement dans les tavernes en Angleterre). Les agapes ont dû être arrosées. Hogarth, dont on dit pourtant qu'il est maçon, se moque ici des débordements festifs de ses frères.

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