Le curieux piégé

Cette amusante chanson figure sous le n° 62 au recueil de Stephen Jones (1763-1827), The Muse of Masonry (1797).

 

Un bienfaiteur de l'humanité méconnu.

Gavin Wilson est l'auteur de cette chanson (et de plusieurs autres dans le même recueil). 

Poet laureate to the Lodge of St. David n° 36 d'Edimbourg en 1788 (c'est cette Loge qui initia Walter Scott en 1801), il a publié la même année à  Edimbourg A collection of Masonic songs and entertaining anecdotes, for the use of all the lodges.

Cordonnier et maroquinier de son état, il fut aussi un prothésiste très créatif.

ci-contre : saisie d'écran sur une page de la COFEMER préparée avec la collaboration de la Faculté de médecine de l'Université de Nancy.

Le texte plein de drôlerie a été reproduit (n° CXI) aux pp. 133-4 des Masonic songs old and new publiés à Bury en 1885 par W. S. Barlow.

On le retrouve à la p. 13 du Volume 7 (1894) des Transactions of the Lodge Quatuor Coronati, pour illustrer un commentaire sur l'intéressant article de W. Fred Vernon, From labour to refreshment in the olden time.

Il est précisé là que Stephen Jones was the friend of Preston, and like him a P.M. of " Antiquity," formerly No. 1 on the Grand Roll of the " Moderns" (était un ami de Preston et comme lui passé Vénérable de la Loge Antiquity, anciennement n° 1 au Tableau des Moderns ; Antiquity est une autre désignation de la célèbre Loge fondatrice de 1717, The Goose and Gridiron, mais elle était passée du côté des Antients).

Un cowan est un ouvrier construisant en pierres sèches (sans mortier) ; il ne fait pas partie de la confrérie du métier et les anciens statuts interdisent aux maçons initiés de l'engager. Symboliquement, le mortier représente l'amour fraternel unissant les vrais maçons.

Nous avons rencontré beaucoup de références à l'air A Cobbler there was, and he lived in a Stall, mais aucune ne renvoie à une partition. Cependant son refrain Derry down semble être une composante fréquente de la chanson écossaise, et nous avons trouvé ici un exemple qui pourrait sans doute s'accorder au présent texte, et que vous pouvez entendre (fichier midi) en cliquant ici (ou ici pour un fichier mp3 partiel). On pourrait également penser à cette partition-ci.
 

By Gavin Wilson.

[Tune, A Cobbler there was, and he lived in a Stall.]

There once was a Mason who lov'd a long drink,
And a fop of a cowan, who fondly did think,
Could he get him fuddl'd, and find out this wonder,
He'd make all the Masons of Scotland knock under.
Derry down, down, down, derry down.

He went to the Mason, and told him his tale;
A bargain was struck for three dozen strong ale :
He told him some nonsense, and gave him in fine
What the cowan thought only the Free-mason's sign.
Derry down, etc.

Brimful of his learning, next day in the street,
With two or three Masons he happen'd to meet,
And, impatient to be recogniz'd a Free-mason,
Gave signs, words, and tokens, without hesitation.
Derry down, etc.

They saw he was bubbled; but, wanting some fun,
They adjourn'd to a tavern, where being sat down,
They told the young brother it was not discreet
To expose Masons' signs in the public street.
Derry down, etc.

And for this indiscretion he must pay a fine,
If I rightly remember, three bottles of wine,
Which he willingly paid, and e'en call'd for another;
For he firmly believ'd he was a true brother.
Derry down, etc.

But, presuming on this, to a lodge he did go;
Where, alas! he soon found he was in statu quo,
For they told him, to his no small mortification,
He had neither the face nor the heart of a Mason.
Derry down, etc.

Sur l’air de : Il était un cordonnier, qui vivait dans une échoppe.

Il était une fois un maçon aimant boire un bon coup
et un cowan petit maître qui pensait naïvement
s’il réussissait à le saouler et découvrir cette merveille
Il ferait se soumettre tous les maçons d’Écosse.

Il se rendit chez le maçon, et il lui conta son histoire :
un marché fut conclu pour trois douzaines de bières fortes
il lui dit n’importe quelle sottise et ne lui donna enfin
ce que le cowan prit pour le signe de la franc-maçonnerie.

Tout plein de son savoir, le lendemain dans la rue
Il vint à rencontrer deux ou trois maçons
et dans l’impatience d’être reconnu comme maçon
il donna les signes, mots et attouchements des maçons sans hésiter.

Ils virent qu’il était leurré ; mais voulant s’amuser, 
ils se rendirent à une taverne où, après s’être assis,
ils dirent au jeune frère que c’était un manque de discrétion
que de montrer dans la rue les signes des maçons.

Et pour cette indiscrétion il devait s’acquitter d’une amende,
si je me souviens bien, trois bouteilles de vin
qu’il paya volontiers, et en commanda même une autre
car il croyait fermement être véritablement frère.

Mais, comptant là-dessus, vers la loge il se dirigea
où hélas il découvrit bientôt qu’il était au même point qu’avant
car on lui dit, à sa grande mortification,
qu’il n’avait ni le front ni le cœur d’un maçon.

Avec tous nos remerciements à Georges Lamoine qui a bien voulu préparer cette traduction française. 

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