SOUVENIR D'UN BEAU JOUR

Hommage à mes Frères qui vont recevoir la médaille du Cinquantenaire

  

Cette touchante chanson (dont on ne connaît malheureusement pas l'air) de Montéhus a été publiée en 1953 par la Chaîne d'Union, et a été reprise par Ligou dans Chansons maçonniques des 18e et 19e siècles (ABI éd.).

Je crois sentir le choc de la Lumière quand vous m'avez retiré le bandeau : la phrase de Montéhus évoque ce personnage sous le bandeau qui orne le Temple de la Loge montluçonnaise Union et Solidarité, laquelle nous a aimablement autorisé à le reproduire ici.

Il s'agit d'une sculpture sur bois (chêne de Tronçais), oeuvre de Jean-Claude Bryon.

 

Cinquante années qu'a jailli l'étincelle
Qui enflamme mon cœur et mon cerveau.
Qui me fit voir l'existence plus belle
La Vérité me tendant son flambeau.

Alors, guidé par sa belle Lumière
Fuyant le mal, j'allais droit vers le bien
Je me sentais une âme haute et fière
Ayant en vous l'exemple et le soutien.

J'appartenais à la grande Famille.
Unie, mais libre, et c'est là sa fierté
En regardant notre Etoile qui brille
Je me suis dit : c'est pour l'Eternité.

Je me revois cinquante ans en arrière
Tout est resté gravé en mon cerveau
Je crois sentir le choc de la Lumière
Quand vous m'avez retiré le bandeau.

Je vois toujours les épées symboliques
Pour me punir, ou bien pour me venger
J'ai vécu là une heure magnifique
Il me semblait sortir d'un grand danger.

Oui, je croyais remonter d'un abîme
Et je sentais de joie, mon cœur grisé
Là, le mot « Frères » m’a paru sublime
Mon plus beau rêve était réalisé.

Auprès de vous, frères, j'oublie mon âge
Cœur de Maçon ne doit jamais vieillir
Et puis, je n'ai pas fini mon ouvrage
Je dois toujours marcher vers l'avenir.

Un avenir où la vie sera belle,
Où règnera partout l'Egalité,
Où nous pourrons, dans la paix fraternelle
Chanter l'Amour et la Fraternité.

 

Le Frère Montéhus 

Auteur (seulement pour les textes, car il semble qu'il n'ait jamais composé) et interprète de plusieurs centaines de chansons, monologues et pièces de théâtre populaires, militant dreyfusard (ses ennemis diffusèrent des tracts contre le juif Brunswick qui éructe des infamies à l'adresse des chefs de l'armée française) puis SFIO, ami personnel de Lénine, Gaston Mardochée Brunswick, dit Montéhus (1872-1952) fut, écrit Léo Campion dans Le drapeau noir, l'équerre et le compas, « le chantre anti-militariste et révolutionnaire de la Belle Epoque ». 

Il fut initié le 5 mars 1902 à la Loge parisienne du Grand Orient de France L'Union de Belleville, où il devint successivement Compagnon et Maître l'année suivante.

Selon Campion, il fut également membre de trois autres Loges : l'Etoile de la Vallée du Grand Orient de France à Eaubonne, et Eleusis ainsi que la Semence, toutes deux de la Grande Loge de France, et fut assidu aux travaux jusqu'à sa mort, laquelle suivit de quelques mois son cinquantenaire maçonnique évoqué par la chanson.

Quelques extraits de ses chansons

Dame nous ne sommes plus sous l'Empire
Où le peuple ne comptait pour rien.
La République s'inspire
Des droits de l'homme et du citoyen.
(Deux ans pour tous)

Ils prennent sans souci les gens pour des gourdes
Ils font une fortune avec l'eau de Lourdes
(Montéhus contre les moines)

Contre les vendeurs de bêtises,
Contre ceux qui faussent le cerveau,
Contre les tenanciers de l'Eglise,
De la raison levons le drapeau.
Au lieu d' bâtir des cathédrales.
Et d' faire des chapelles pour Jésus,
Nous voulons, chose plus idéale,
Faire des gîtes pour les pieds nus.
Refrain :
C'est la chute finale
De tous les calotins,
L'anticléricale
Voilà notre refrain

(La Marche Anticléricale).

Pour faire de ton fils un homme
Tu as peiné pendant vingt ans
Tandis que la gueuse en assomme
En vingt secondes des régiments 
( La Grève des mères)

Salut, salut à vous
À votre geste magnifique
Vous auriez en tirant sur nous
Assassiné la République
(Gloire au 17e - ce régiment avait en 1907 refusé de tirer sur des vignerons en colère - cliquez ici pour entendre cette chanson sur youtube)

La butte rouge, c'est son nom, l'baptême s'fit un matin
Où tous ceux qui grimpaient roulaient dans le ravin.
Aujourd'hui y'a des vignes, il y pousse du raisin,
Qui boira d'ce vin là, boira l'sang des copains.
(la Butte rouge - la chanson fait allusion aux combats de la butte de Bapaume, en Champagne - cliquez ici pour entendre cette chanson sur dailymotion)

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