Vénérable, nous voilà !

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Symbole de "valeurs" (?) particulièrement contradictoires avec les idéaux maçonniques, le Régime de Vichy est tellement honni dans les milieux maçonniques (la décision prise par le Conseil de l'Ordre du Grand Orient de France d'organiser à Vichy le Convent de 2010 y a d'ailleurs provoqué de vives contestations, traduites par une Lettre ouverte du Grand Chapitre Général, lettre qui s'est attirée une vive réplique) qu'on ne s'attendrait pas à y voir parodier sa chanson-culte, le fameux Maréchal nous voilà dédié au culte de la personnalité du maréchal Pétain.

C'est pourtant ce qu'ont osé Eric Giacometti et Jacques Ravenne dans leur polar La Croix des Assassins (Fleuve Noir, 2008). 

Il est vrai que cela se passe au cours d'une "Tenue" parodique en hommage à Léo Campion, Tenue qui se déroule au (pseudo) Rite PDA (Pierre Dac Actualisé), audace que d'aucuns jugeraient sacrilège.

Vénérable, nous voilà
Salut à toi et aux frères de loge
L'anarchie pour combat
Communards, nous marchons sur vos pas
Vénérable nous voilà
Fils d'Allais, de Léo et de Desproges
Fraternité et joie
Vénérable, vénérable, le voilà.

Une page d'histoire méconnue

Il est bien connu que, si quelques maçons renégats ont rejoint le camp de la collaboration et participé, tels Marquès-Rivière et Jean Mamy, à la propagande et même aux persécutions antimaçonniques, bien d'autres (dont beaucoup l'ont payé de leur vie) ont rejoint, notamment dans le cadre du réseau Patriam Recuperare, le camp de la Résistance.

*

Peu connaissent par contre cette autre page de l'histoire de la maçonnerie pendant la guerre, page peu glorieuse et, sans doute pour cette raison, quelque peu occultée : pendant l'occupation, quelques hauts dignitaires du REAA (dont Riandey, 1892-1976) rêvèrent de reconstituer une maçonnerie parfaitement régulière (NB : à part sans doute la reconnaissance anglaise ?), dans le sens qu'elle :

  • ne s'occuperait pas de politique - et serait donc loyale envers le gouvernement en place (considéré comme l'autorité légitime à laquelle sont censés se soumettre tous les maçons) ;

  • tournerait le dos aux déviations et aux perversions qui l'avaient caractérisée avant-guerre et qui avaient contribué à la dégénérescence de la Nation française, et dans ce cadre la débarrasserait des éléments pernicieux qu'elle renferme (sont manifestement visés ici les protagonistes du prétendu complot judéo-maçonnique responsable, aux yeux de la collaboration, de la décadence et de la défaite françaises ; Riandey avait d'ailleurs écrit en 1942 J'ai combattu avec beaucoup d'autres, au prix de pénibles épreuves, l'envahissement de la maçonnerie par les juifs) ;

  • renoncerait à l'agnosticisme, qualifié avec mépris d'andersonien, pour unifier la maçonnerie française dans le strict respect originel de l'écossisme basé sur la croyance en Dieu, en vue de constituer avec l'Eglise catholique une union des forces spirituelles ;

  • et, dans la foulée, abolirait la démocratie maçonnique (Riandey, qui n'était guère démocrate en maçonnerie - mais à la décharge duquel il faut souligner qu'il fut déporté à Buchenwald pour faits de résistance -, écrivit à Corneloup que nous sommes véritablement intoxiqués de démocratie) en remettant les Loges bleues sous la ferme autorité d’un Suprême Conseil, doté sur elles de pouvoirs exorbitants.

Dans un document cité (p. 81) par Joannis Corneloup (1888-1978) dans Histoires et causes d'un échec (Edimaf, 1976), on peut donc lire que Le Suprême Conseil de la Grande Loge de France a conçu le projet de reconstruire en France une Maçonnerie d'Etat avec l'autorisation et l'appui des Pouvoirs Publics de Vichy.

Par l'entremise du R. P. Berteloot, s. j. (1881-1955), de discrets contacts dans ce sens furent pris en 1943 avec Laval, homme pragmatique qui ne partageait guère l'antimaçonnisme viscéral des autres dignitaires du régime, mais qui, mis sous pression par ceux-ci, renonça rapidement à poursuivre dans cette voie.
 

Le compositeur

La musique de Maréchal nous voilà a été officiellement, mais abusivement, attribuée à Charles Courtioux en collaboration avec le parolier, André Montagard (1888-1963). Tragique ironie de l'histoire, le vrai compositeur, Casimir Oberfeld, était juif et est mort en déportation à Auschwitz en 1945 : Courtioux s'est contenté de piller sans scrupule la musique composée par Oberfeld pour le film La Margoton du bataillon.

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