Lefèvre

En cliquant ici, vous entendrez un extrait du 4e mouvement (Rondo-Allegretto) de son quatuor avec clarinette n° 6, interprété par Eduard Brunner à la clarinette, Ana Chumachenco au violon, Hariolf Schlichtig à l'alto et Wen-SinnYang au violoncelle (CD Tudor 7150)

 

Suisse d'origine, Jean Xavier Lefevre (1763-1829) fut un brillant clarinettiste mais également un pédagogue de son instrument, et aussi un pionnier dans le domaine de la facture instrumentale.

Dans le Tome 5 de sa Biographie universelle des musiciens, Fétis lui consacre la notice suivante :

LEFÈVRE (Jean-Xavier), clarinettiste distingué, né à Lausanne, le 6 mars 1763, se livra de bonne heure à l'étude de la musique, et alla fort jeune à Paris pour cultiver les heureuses dispositions qu'il avait reçues de la nature. Il se mit sous la direction de Michel Yost, connu généralement sous le nom de Michel, et le plus habile clarinettiste de son temps. Ce fut aux soins de ce professeur et à ses études constantes qu'il dut la belle qualité de son et la netteté d'exécution qui furent les qualités distinctives de son talent. Ses études n'étaient pas encore terminées lorsqu'il entra dans la musique des gardes françaises.

Le 1er novembre 1787, Lefèvre se fit entendre pour la première fois en public, au concert spirituel, dans une symphonie concertante de Devienne, pour clarinette et basson, qu'il exécuta avec Perret. Son succès fut brillant, et dès lors il y eut peu de solennités musicales où il ne fût appelé pour y jouer quelque solo. Au mois d'avril 1791, il entra dans l'orchestre de l'Opéra, où il fut chargé plus tard d'exécuter les solos dans les opéras et dans les ballets. Quelques personnes se souviennent encore de la manière brillante dont il exécutait dans Anacréon, de Grétry, un point d'orgue long et difficile, sans accompagnement, sur lequel on dansait un pas dialogué avec l'instrument. Lefèvre ne se retira de l'Opéra que le 1er janvier 1817, après vingt-six ans de service.

A l'époque de la formation du Conservatoire de musique, il avait été compris parmi les professeurs de cet établissement. Le comité d'enseignement le chargea de la rédaction d'une méthode de clarinette, qui fut adoptée à l'unanimité par ce même comité et qui a été seule en usage jusqu'au moment où des améliorations importantes ont été faites à la construction de l'instrument. Lefèvre y avait ajouté la sixième clef (celle de sol dièse) ; avant lui, la clarinette n'en avait que cinq. Une gradation bien entendue des difficultés, et d'excellentes observations sur la respiration, les coups de langue et les modifications du son, rendent l'ouvrage de cet artiste fort recommandable. Il a été gravé à Paris, en 1802, in-fol. ; rien ne prouve mieux son utilité que la traduction qui en a été faite en allemand et qui a été publiée chez André, à Offenbach, car on sait que la clarinette était alors cultivée en Allemagne avec beaucoup de succès.

Lefèvre a formé beaucoup d'élèves, qui ont occupé les premiers emplois de clarinettistes dans les divers orchestres de Paris. Il ne s'est retiré de ses fonctions de professeur qu'au mois de février 1825, après les avoir remplies pendant vingt-huit ans. Entré dans la chapelle de Napoléon, le 7 mars 1807, il a conservé sa place à la restauration, et l'a remplie jusqu'à sa mort. Lefèvre était chevalier de la Légion d'honneur. Il a cessé de vivre le 9 novembre 1829.

Ses compositions consistent : 1° en six concertos pour la clarinette avec accompagnement d'orchestre ; Paris, Sieber, Naderman, Troupenas. — 2° Deux symphonies concertantes pour clarinette et basson ; Paris , Sieber. — 3° Une concertante pour hautbois , clarinette et basson ; Paris, Janet. — 4° Deux œuvres de quatuors pour clarinette, violon, alto et basse ; Paris, Hentz-Jouve, Sieber. — 5° Onze œuvres de duos pour deux clarinettes. — 6° Un œuvre de duos pour clarinette et basson. — 7° Six sonates pour clarinette et basse. — 8° Six trios pour deux clarinettes et basson. Tous ces ouvrages ont été publiés à Paris, et l'on en a fait diverses éditions en Allemagne. Lefèvre a laissé plusieurs autres œuvres en manuscrit.

La qualité de son que Lefèvre tirait de son in.strument était volumineuse, mais elle appartenait à l'espèce que les Allemands désignent sous le nom de son français, c'est-à dire qui est plus puissant que moelleux. Il n'aimait pas le son de l'école allemande, et peut-être ne rendit-il pas au talent de Baermann la justice qui lui était due. Il ne fut pas non plus partisan des essais qu'il voyait faire pour le perfectionnement de la clarinette ; il croyait que la multiplicité des clefs nuit à la sonorité de l'instrument, ce qui pouvait être vrai, car un tube percé de beaucoup de trous et chargé de corps étrangers est moins sonore qu'un autre qui a moins d'ouvertures ; mais il aurait dû comprendre que la qualité principale de l'instrument est la justesse, qui ne peut s'acquérir qu'en multipliant les clefs. 

Fétis ne mentionne cependant pas qu'il se produisit également à la Société Olympique et, en 1790, à Londres, ni que son traité fut également traduit en russe en 1830, ni qu'il est également l'auteur d'hymnes et marches militaires révolutionnaires, dont un Hymne à l'agriculture en 1791.

Cotte le mentionne avec l'indication aurait été franc-maçon d'après G. Bord. La recherche a heureusement fait quelques progrès depuis lors, puisque dans son remarquable ouvrage Les Musiciens francs-maçons au temps de Louis XVI (Véga, 2009),  Pierre-François Pinaud le donne comme membre de Saint-Jean d'Ecosse du Contrat Social en 1783-6 et de Sainte-Cécile en 1784.

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