Le Temple des Vrais Zélés 

Nous avons trouvé ces deux chansons à une page du chapitre Fête d'inauguration de la Loge des Vrais Zélés de la partie non commerciale du site L'Edifice.

Celui-ci publie en effet les textes d'un fascicule (dont il donne un facsimilé des pages de couverture, voir ci-contre et ci-dessous) éditant le procès-verbal de l'inauguration du nouveau temple de cette Loge, le 29 avril 1838. 

Le contenu de ce fascicule a d'ailleurs été reproduit presque in extenso dans le Tome premier (première année, 1839) du périodique maçonnique Le Globe (pp. 130-138 et 395-404).

Il ressort de ce texte que cette Loge de Chalon-sur-Saône - dont nous ignorons la date de naissance, tout en sachant qu'elle était active en 1809, et qu'elle existe toujours - avait été réveillée le 11 juillet 1835.

Le tracé se termine par les textes de deux pièces chantées au cours du Banquet :

L'un ou l'autre point nous semble mériter d'être relevé à la lecture de ce Tracé :

- il mentionne de nombreuses interventions d'une colonne d'harmonie composée des meilleurs artistes chalonnais et placée sous la direction du Frère Vasselin, dont il loue l'exécution remarquable, le talent et le zèle.

- selon l'usage, l'événement a été marqué par un acte de philanthropie ainsi défini :

Le jour même de l'inauguration du temple de la Loge Les Vrais Zélés à Chalon-sur-Saône, il sera délivré aux pauvres 500 pains blancs de 3 livres. Il sera également remis à 24 enfants d'ouvriers peu fortunés, autant de livrets de Caisse d'Epargne, avec une première mise de 10 fr. pour chacun d'eux. Le montant de ces livrets est inaliénable pendant un an, et la Loge se réserve le droit d'accroître l'inscription de quelques-uns d'eux à son choix, l'année suivante ; de prendre sous sa protection, placer en apprentissage et veiller à l'avenir de ceux dont les parents auront augmenté ce petit pécule, et qui se recommanderont par une bonne conduite et quelque aptitude.

distribution de livrets de Caisse d'Epargne à des enfants méritants

Comme en témoigne le document ci-contre, cette pratique était courante dans les Loges au XIXe. 

Il s'agit ici d'une initiative commune des Loges du Havre partageant le même Temple, l'Aménité, les 3 H et l'Olivier Ecossais.

- quoique résidant à Paris, l'écrivain maçonnique Des Etangs, Vénérable des Trinosophes, était membre (d'honneur ?) de l'atelier. Absent pour raisons de santé, il s'est vu rendre un vibrant hommage.

Malgré leur caractère quelque peu verbeux et pompeux, bien dans le style des discours maçonniques du XIXe, il n'est pas sans intérêt de lire les nombreux discours prononcés. Comme d'autres documents de ce site à la même époque - et notamment le cantique chanté en la circonstance -, ils témoignent de l'évolution des préoccupations maçonniques à ce moment dans les Loges : malgré l'interdiction des débats politiques et religieux et le souci de ne pas rompre l'harmonie, est de plus en plus évoquée la nécessité pour la maçonnerie d'être un ferment des idées de liberté et de s'intéresser, sur le plan des principes, à tout ce qui peut contribuer au progrès de l'Humanité. Tout en restant empreint de religiosité, le discours devient aussi de plus en plus critique vis-à-vis de l'Eglise.

On en trouvera ci-dessous quelques extraits.
 

Florilège

... conserver ce feu sacré de liberté dont nos temples sont le foyer , et dont ils seraient encore l'asile, s'il pouvait arriver qu'il disparût du reste de la terre ...

... Ne craignons pas, Mes Frères, de porter atteinte à nos institutions ou à nos statuts en cherchant à nous éclairer sur les véritables principes qui doivent constituer l'état social, et en nous efforçant de répandre ensuite et de faire fructifier au sein de la société profane ces semences de félicité que nous cultivons dans nos temples avec tant de succès ...

... Le Maçon philosophe doit aussi, sans crainte, se produire au dehors avec ses convictions et avec la résolution ferme et inébranlable de ne pas reculer devant le danger et de proclamer la vérité lorsqu'il sera convaincu que la manifestation de ses principes peut contribuer au bonheur de ses semblables. Le culte de la Maçonnerie n'a de bornes que celles de l'humanité ; son influence doit donc s'étendre sur tout ce qui a rapport au bien-être intellectuel et matériel de la société profane. C'est pourquoi toutes les questions qui se rattachent à cette grande idée, soit qu'elles aient rapport à l'individu ou aux masses, doivent être librement agitées dans nos temples.

... Loin de moi en vous parlant de paisibles et philanthropiques discussions, loin de moi la pensée de vouloir soulever, dans nos tranquilles réunions, des questions trop acerbes et trop irritantes. Je sais que la politique est bannie de nos Temples, et à Dieu ne plaise que je cherche à en faire une arène tumultueuse où les débats auraient pour but la critique amère et directe des actes ou des institutions d'un gouvernement établi. Oh ! laissons au temps le soin de venger l'humanité des persécutions des méchants. Restons calmes et impassibles jusqu'à ce qu'arrive l'heure dé la délivrance des peuples ; la patience et la résignation sont aussi des vertus maçonniques. Toutefois je pense que, libres dans nos pensées comme dans nos actions, nous pouvons, sans nous écarter des bornes d'une polémique générale et inoffensive pour quel gouvernement que ce soit, je pense dis-je, qu'il ne nous est pas interdit de rechercher les causes de l'asservissement et des maux qui pèsent depuis tant de siècles sur le genre humain.

... Non, je ne viens point ici saper vos autels ni insulter vos dieux ! j'ai dans le cœur tout ce qu'il peut y avoir de dévoûment et de vénération pour les véritables principes ; mais je suis de mon siècle, et ma foi toujours vive, toujours progressive cherche son aliment ailleurs que dans des pratiques superficielles qui n'en imposent plus qu'aux esprits faibles et qui font sourire la raison. 

... Continuons notre oeuvre et poursuivons la réalisation de tous les progrès possibles dans l'ordre moral. On vous l'a dit avec cette chaleur d'âme et cette conviction profonde que nous serions heureux de rencontrer dans tous les hommes, que nos orateurs pouvaient se permettre quelques excursions dans le domaine de la politique. Je suis de leur avis, mais je ne veux dans nos loges que ce que vous y voulez tous, c'est-à-dire de la politique dégagée des petites influences du moment ; des principes généraux réduits à l'état de pure théorie, dont nous pouvons affirmer ou nier que l'application soit profitable au bonheur de l'humanité. Car nous ne devons pas oublier que c'est à l'intelligence surtout que la Maçonnerie a le droit de parler, mais qu'elle doit éviter avec le plus grand soin de s'adresser aux passions en faisant des applications erronées, des allusions injustes dont le moindre inconvénient serait de troubler la bonne harmonie et l'union si nécessaires pour donner à nos travaux de satisfaisants résultats.

... les erreurs et les passions des sectateurs de religions qu’on distingue sous le nom de chrétiennes. Il n’entre pas dans mes intentions de vous tracer ici un tableau des déplorables conséquences que ces erreurs ou ces passions ont entraînées ... Bornons-nous à quelques traits : Jésus apportait la paix et ses ministres y ont substitué le glaive ; il prêchait le mépris des richesses et des grandeurs, les grandeurs, les richesses sont devenues l'objet de leurs vœux ardents et la tiare a voulu dominer les peuples et les rois ! Il ordonnait la tolérance, et c'est par le fer et la flamme qu'ils ont prétendu imposer leur croyance, et la moindre controverse est leur ennemie ! Jésus prescrivait la charité, l'égalité ; et l'égoïsme, l'orgueil sont devenus leur partage, et chaque secte tour-à-tour persécutrice ou persécutée a immolé les autres sur ses autels ou entendu les cris de ses martyrs !

La Maçonnerie est ... la doctrine du Christ mise en pratique, moins les erreurs, les formes et les exigences de l'Eglise catholique ; elle ne repose que sur des principes de morale et de charité : elle tend la main à toutes les religions, laisse tous les cultes libres. Peu lui importe de quelle manière on adore Dieu pourvu qu'on l'honore par de divines actions !

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