Les FrancsMaçons et le Clergé Belge

Cantique à l'usage des Loges maçonniques belges

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Ce Cantique est un autre témoignage de la mentalité qui prévalait dans les Loges belges peu après la condamnation de la franc-maçonnerie par les évêques belges en 1837.

Il y est mentionné que les paroles sont de Defrenne et la musique de Zerezo, mais aucune autre indication de date ou de provenance n'y figure, à part la mention Gravé par Corvillain, rue de Ruysbroek N° 1

Fesch mentionne uniquement une autre édition, à Valenciennes en 1838, avec le sous-titre chanson par un vieux maçon excommunié.

Pour notre part, nous avons retrouvé ce texte, sous le même titre Les Francs-Maçons et le Clergé belge, dans la 49e livraison (février 1838) de Les Euménides, recueil de pamphlets et de libelles sur les hommes et les choses en Belgique (pp. 17-9), sous la signature Par un vieux maçon excommunié (le Messager de Gand). Le Messager de Gand était à l'époque un journal libéral et orangiste, aux mains de Metdepenningen et des maçons de sa Loge Le Septentrion (qui était par ailleurs en conflit avec Defrenne et le Grand Orient de Belgique). On voit effectivement ici que le texte avait antérieurement été publié par ce journal gantois, à la p. 3 de son édition du 22 janvier.



1.

Du vatican les serviteurs titrés,
Aux francs maçons déclarent-ils la guerre ?
Il est trop vrai ; ses adeptes mitrés
Déjà sur nous ont lancé leur tonnerre,
De la raison, sans fiel et sans aigreur,
Tournons contre eux, les armes redoutables ;
Ils ne sont plus ministres du seigneur,
Depuis qu'ils ont condamné leurs semblables.

2.

Oser flétrir ce qu'on ne connaît pas, 
Aux yeux du sage est charlatanerie ;
Et cependant ces aveugles Midas
Ont fait outrage à la maçonnerie ;
Du créateur l'indulgente bonté,
Déplorera cette inique méprise,
En pardonnant à l'imbécillité.
Des maladroits qui gouvernent l'église.

3.

Bravons sans crainte un inepte courroux ;
A l'ordre entier il devient efficace ;
Leur anathème amène parmi nous,
A chaque instant, néophites en masse.
Amour de Dieu, du prochain ; charité,
Sont des vertus au maçon familières :
Vil intérêt, fourbe et duplicité
Ne s'inscriront jamais sur nos bannières.

4.

Otons le masque à nos persécuteurs,
Entre eux et nous traçons un parallèle ;
Peintres du vrai, saisissons nos couleurs,
Dessinons-en l'astuce et le faux zèle.
Par un abus de la confession,
Que n'ont-ils pas désuni de ménages !
Combien aussi par mainte obsession,
N'ont-ils pas pris, usurpé d'héritages ?

5.

On les voit vendre au riche, à prix d'argent
Le paradis, les joies de l'autre monde ;
Même exciter, par la soif de l'argent,
A l'abandon des biens de ce bas monde ;
Absoudre, unir, toujours pour de l'argent;
Le regard louche, et d'un air méprisable,
Laisser sans honte, en absence d'argent,
Le pauvre en butte à la griffe du diable.

6.

Nos ennemis, à ce sombre portrait,
Seraient-ils gens à ne pas se connaître ?
Déconcertés, confus à chaque trait,
Qui ne sent pas leur embarras renaître ?
Ces tonsurés à qui Dieu fasse paix,
Renvoyons-les au fond de leur église,
En les sommant de laisser désormais,
Le maçon vivre et mourir à sa guise.

7.

A notre tour pleins de zèle et de foi,
Brièvement esquissons notre tâche ;
N'avons-nous pas pour précepte et pour loi,
De secourir le malheur sans relâche ?
Ce beau mandat de la Divinité,
Exige plus que stérile éloquence ;
Sobres de mots, chez nous la charité,
Sans nul éclat se pratique en silence.

8.

A l'invisible architecte des cieux,
Unissons-nous pour offrir notre hommage ;
Supplions-le, recueillis et pieux,
De se montrer propice à notre ouvrage !
Aidés par lui, que peuvent des pervers ?
Méprisons-les, suivons notre carrière.
Anime-nous, toi qui fis l'univers,
Du feu sacré de ta vive lumière !

Il nous a semblé intéressant de mettre ce texte en parallèle avec celui-ci (même s'il s'agit d'un poème plutôt que d'une chanson), paru lui dans la 53e livraison (février 1838) des mêmes Euménides, aux pp. 82-4 :

LE CLERGÉ BELGE EN 1838.

Si je m'avise encor de rimer et d'écrire,
C'est pour stigmatiser des traits de la satire,
Ceux dont l'esprit malin a troublé le cerveau,
Qui de l'homme sans cesse ont été le fléau.

Je parle, on le conçoit, des princes de l'église,
Dont le chef Malinois nous anathématise,
Eux qui, pour faire outrage à la religion,
Ont rêvé le retour de l'inquisition,
Tribunal odieux, de sang, contre nature,
Par qui plus d'un maçon endura la torture,
Dépouillé de ses biens, à force de souffrir,
Dans d'horribles tourments, trop heureux de mourir.

Oui, tel est le bonheur, qu'un clergé fanatique,
S'il n'est pas comprimé, réserve à la Belgique.
Hâtons-nous de dissoudre un pacte monstrueux
Qui ne saurait durer, tant il est dangereux !
Prêtres et libéraux, abjurant leur rancune,
S'étaient associés pour la cause commune ;
Cette ligue à présent ne saurait subsister,
Il est venu le jour, de le manifester.

Pour éteindre le feu, que l'ignorance attise,
Ces prêtres renvoyés au fond de leur église,
Doivent être bannis des conseils de l'état,
Du corps législatif, ainsi que du sénat.
L'architecte des cieux, de la terre et de l'onde,
Leur a dit : MON ROYAUME EST AILLEURS QU'EN CE MONDE.
Peu jaloux d'accueillir ce précepte divin,
Leur but évidemment tend à toute autre fin.

Aux maçons libéraux, s'ils déclarent la guerre,
C'est afin de régner en maîtres sur la terre ;
Sous peu viendra le tour des damnés huguenots,
Pour y substituer d'imbéciles dévots,
Gens, qui sous le boisseau, dans leur humeur altière,
Se feront un devoir, de cacher la lumière.
...

Oter le voile au mal est un puissant moyen
De le paralyser, de n'en redouter rien ;
Envers nos ennemis, usant de tolérance,
Leur fougueux anathème est notre récompense ;
Non, les ménagements ne sont plus de saison,
Notre droit est écrit, notre arme est la raison ;
Il nous faut conserver la dignité de l'homme,
Et n'être en aucun temps, les esclaves de Rome.

Sa lettre pastorale est une atrocité,
Un attentat flagrant contre la liberté,
Fait pour semer le trouble au coeur de la famille,
Divisant les époux, et le fils et la fille ;
Par un criant abus de la religion,
On provoque le trouble et la désunion ;
Ce que j'énonce ici, certes n'est pas un songe,
Car c'est votre oeuvre, à vous, apôtres du mensonge ;
A vous, salariés des deniers de l'état,
Et dont aucun maçon ne portera le bât !

Faire en secret le bien est son unique envie ;
Il croit en un sauveur, espère une autre vie ;
Vous ne l'ignorez pas impudents détracteurs ;
Avant de le damner, descendez dans vos coeurs ;
Qu'un repentir tardif pénètre dans vos âmes,
Il faut vous en dédire, à péril d'être infâmes ;
Loin d'avoir à trembler d'un impuissant courroux,
Le maçon est sans crainte, il a pitié de vous.

(DU COMMERCE BELGE,
ET D'UN HAUT DIGNITAIRE.)

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