Le cantique des exilés

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Ce cantique provient des pages 104 à 106 du recueil édité par Desveux en 1804.

Comme pour les autres Cantiques et Couplets des pages 100 à 128 de ce recueil, il est mentionné qu'il a été chanté à la Loge de l'Aménité à l'Orient de Philadelphie. Cette Loge constituée sous le n° 73 par le Grand Orient de Pennsylvanie y était dénommée Loge française ; son nom apparaît au 2e vers.

Comme on peut le voir à cette page, elle était en bonne partie formée d'exilés français venus de Saint-Domingue.

Et, comme on le voit aux deux derniers couplets, il s'agit bien ici d'un chant d'exilés, lors d'une festivité de cette Loge (à l'occasion peut-être de la nouvelle d'une prochaine possibilité de retour ? Sous le consulat, Napoléon avait en effet, dans la cadre de sa politique de réconciliation nationale, favorisé le retour des émigrés).

Le couplet

Quand il fallut célébrer la mémoire 
D'un vrai héros dont nous priva le sort, 
En lui rendant tous les traits de sa gloire
L'Aménité le vengea de la mort.

fait manifestement allusion à la tenue de deuil pour Washington qu'avait organisée la Loge de l'Aménité en 1800.

L'air désigné ici comme Apprentice Song est évidemment le célèbre Chant de l'Apprenti anglais. 

Nous n'avons rien trouvé concernant l'air proposé en alternative et intitulé de ce refus pénétrez mieux la cause. Mais il existe une romance (de même métrique) de Madame de Beaufort d'Hautpoul[t], ayant pour incipit De ce refus pénétrez-vous la cause ?, parue dans l'Almanach des Muses de 1801, et mise en musique par un certain Ed. de Marin.

                               

CANTIQUE

 

Air : du Cantique Anglais appelé Apprentice Song, ou de ce refus pénétrez mieux la cause 

 

 Célébrons tous avec reconnaissance
Ce jour si beau pour notre Aménité,
Dans cette fête on voit la bienfaisance
S'orner des traits de l'aimable gaîté.

Depuis l'instant où la sainte lumière 
Vint éclairer le cœur des vrais Maçons, 
Elle n'eut point de plus beau sanctuaire , 
Que les cœurs purs que nous lui consacrons. 

Voyez les pleurs que versait l'indigence 
Céder au don que prodiguent vos mains, 
J'entends sa voix bénir la providence 
D'avoir, par vous, consolé les humains.

L'Ambition, la vengeance, la guerre 
Sur l'Univers promènent leurs fureurs,
Mais le Maçon, à l'ombre du mystère,
Sait par un mot rapprocher tous les cœurs.

Vaines grandeurs, que le profane admire,
Nous vous fixons, vous ne nous touchez plus ; 
Notre niveau ne reconnait d'empire
Que celui seul que donnent les vertus.

En partageant tous les maux de la vie,
Le Franc-Maçon n'en sent que la moitié, 
Et du plaisir la guirlande chérie,
Vient s'embellir aux yeux de l'amitié. 

Quand il fallut célébrer la mémoire 
D'un vrai héros dont nous priva le sort, 
En lui rendant tous les traits de sa gloire
L'Aménité le vengea de la mort.

Charmant, ainsi, loin de notre patrie,
Pour des français un exil rigoureux ;
J'entends déjà sa voix tendre et chérie
Nous rappeler sur son rivage heureux.

Obéissant à la voix d'une mère
Nous reverrons ce pays enchanté,
Nous oublierons un destin trop sévère,
Mais non le bien que fit l'Aménité.

Les images de cette page proviennent de l'édition du recueil détenue, sous la cote Bibliothèque municipale de Lyon SJ R 335/30.4, par la Bibliothèque municipale de Lyon, laquelle nous a obligeamment autorisé à faire usage sur ce site des clichés (crédit photographique Bibliothèque municipale de Lyon, Didier Nicole) qu'elle nous en a fournis, clichés que nous avons adaptés pour les mettre aux normes du présent site.

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