Les deux Maçons 

Il nous semble intéressant de comparer, à celle (le lecteur se rapportera à cette page pour en connaître le contexte) figurant au recueil d'Orcel, cette autre version, assez différente dans la forme mais pas dans le fond, d'une chanson imprimée en 1865 dans le chansonnier du Mans (pp. 46-8 : c'est la dernière du recueil). 

Laquelle des deux est chronologiquement la première ? On peut supposer que c'est celle-ci, puisqu'elle émane d'une région (la Bretagne) plus proche du Mans que de Lyon, et que l'identité de l'auteur y est plus explicitement définie que chez Orcel.

Nous n'avons pu identifier cet auteur, le Frère A. Grout, ni rien trouver sur sa Loge malouine la Bienfaisante, sinon que sous le second Empire en fut membre Auguste-Cyprien Blaize de Maisonneuve, neveu du célèbre Surcouf.

Nous n'avons pas trouvé trace de l'air mentionné (pour les deux versions), Au fond d'un monastère. Tout au plus avons-nous relevé (mais la métrique est différente), dans la comédie (1800) Le Petit Jules de Jean-Baptiste Dubois, un air dont l'incipit est Julie au fond d'un monastère et qui doit se chanter sur l'air La pitié n'est pas de l'amour. La pitié n'est pas de l'amour est un vers de l'air Lorsque dans une tour obscure.

L'abri des canons de la France ingénue vise évidemment le soutien militaire de Napoléon III aux Etats pontificaux de Pie IX. 

On sait que la cause de l'unification italienne au détriment de la souveraineté temporelle du Saint-Siège était largement soutenue dans l'opinion maçonnique française (c'est précisément un vote au Sénat de Lucien Murat en faveur de cette souveraineté qui avait déclenché contre lui le mécontentement qui allait aboutir en 1861 à la fin mouvementée de sa Grande Maîtrise).

 

 

 

 

ci-contre : le Grand Maître Garibaldi en décors maçonniques

On notera l'utilisation (dans les deux versions) de septante pour l'écriture en toutes lettres de 70, comme il est d'usage dans la citation évangélique. Cela confirme bien (pour qui en douterait encore !) que septante n'est pas une novation belge ou suisse pour remplacer soixante-dix, mais que soixante-dix est bel et bien un caprice (dépourvu au demeurant de toute justification), qui n'a été imposé en France qu'a posteriori et par une sorte de particularisme.

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