Cantique du Frère Leblanc de Marconnay 

pour une Loge d'Adoption en 1828 à la Clémente Amitié

Nous ne disposons pas encore de fichier midi pour cette partition, et serions particulièrement reconnaissant à qui pourrait en établir un.

Ce cantique est un des deux chantés au Banquet qui suivit la Fête d'Adoption donnée par la Clémente Amitié le 15 mars 1828 et reproduits par Auguste de Wargny dans son compte-rendu de cette Fête. 

Il est dû au Vénérable de la Loge, Leblanc de Marconnay.

L'air mentionné, Je pars demain, est une romance de l'opéra comique Marie de Planard et Hérold (1826) ; l'air porte le n° 2214 dans la Clé du Caveau et se trouve ici.

 

Air : Je pars demain (de Marie).

 

 1.

C'est une Sœur à qui, dès notre enfance,
Est confié le soin de notre cœur ;
Qui sait alors guider avec prudence
Nos premiers pas, notre heureuse ignorance (innocence dans certaines éditions) ?
C'est une Sœur. (bis)

 

 2.

C'est une Sœur, dans notre adolescence,
Qui nous apprend la route du bonheur.
Qui fait goûter tant douce jouissance ?
Qui sait donner des leçons de constance ?
C'est une Sœur. (bis)

 

 3.

C'est une Sœur qui calme la souffrance
De nos guerriers blessés au champ d'honneur.
Et dans l'asile ouvert à l'indigence
Qui sait encor ramener l'espérance ?
C'est une Sœur. (bis)

       

4.

Quand le jour vient où de notre carrière
Nous atteignons le terme de rigueur,
Qui peut au ciel adresser la prière ?
Qui doit aussi fermer notre paupière ?
C'est une Sœur. (bis)

 

Le repos du guerrier ?

Le début du 3e couplet, C'est une Sœur qui calme la souffrance de nos guerriers blessés au champ d'honneur, préfigure la phrase qu’on trouvera en 1881 (tout juste quelques mois avant l’initiation de Maria Deraismes) dans un article (dont l’objet avoué est de s’opposer à une campagne dont l'initiation de la femme est le but) publié dans le journal La République maçonnique :

Non, la femme n'est pas l'égale de l'homme ... A l'homme l'action extérieure, les luttes de la vie et de la tribune ; à lui le côté actif et brillant, et peut-être un peu superficiel. A la femme l'action lente, douce et persévérante du foyer. A elle d'être le conseiller avant la bataille, la consolatrice après la défaite, la récompense après la victoire. 

C’est bien la vieille idée du repos du guerrier … Voilà bien exprimés, sous une forme quasi-caricaturale, les clichés de la société patriarcale, si bien théorisés par Rousseau et si dominants au XIXe. La lutte dans l’arène publique, la bataille - et la guerre - sont l’affaire de l’homme, l’aménité, la douceur et la paix du foyer sont celle de la femme. Ce sont les stéréotypes, dans notre culture, de l’opposition solaire-lunaire : Mars et Vénus, force et beauté (des stéréotypes toujours bien vivants d’ailleurs, cfr le succès du best-seller de John Gray, Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus).

Dans un opuscule imprimé en France en 1891 par la Loge le Héros de l’Humanité, on lit que la femme doit rester en dehors de nos luttes et de nos angoisses ; elle doit se conserver tout entière pour panser nos blessures. La Franc-maçonnerie serait-elle donc, pour ces Héros de l’Humanité, un lieu de luttes, d’angoisses et de blessures ???

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