La Clémente Amitié

 

La Loge de la Clémente Amitié

 Avers : un homme, les bras croisés, traverse des flammes. Revers : un compas ouvert et une équerre, dans le centre desquels sont entrelacées les lettres C et A. (du site médailles napoléoniennes)

Créée en 1805, La Clémente Amitié eut en 1826 de sérieux démêlés avec le Grand Orient de France.

Cette adresse du Grand Orient à tous les Ateliers de sa Correspondance pour leur annoncer sa démolition (elle fut réintégrée en 1834) commence par les mots suivants :

Un scandale affligeant vient d'être donné à la Maçonnerie de France, par la Loge de la Clémente Amitié, Orient de Paris.

Des Maçons irréguliers, agitateurs inquiets et ambitieux, après être parvenus à s'y introduire, y ont fait adopter leurs principes, destructeurs de notre harmonie ; ils ont entraîné dans leur parti la Loge tout entière.

En 1838, elle procéda à une solennelle distribution de prix et de médailles récompensant de belles actions profanes et maçonniques.

à gauche : objet commémoratif du centenaire (1805-1905) du Conseil Philosophique de la Clémente Amitié.

 

 

Le Globe rapporte (T. 2, p. 110) qu'en 1840 elle donna un concert au profit de la fondation d'une maison de secours pour les Maçons malheureux.

La médaille ci-dessous montre qu'elle avait développé son propre système de Hauts Grades

 

En 1944, après avoir été un foyer de Résistance, La Clémente Amitié fut la première Loge à se réinstaller au siège du Grand Orient de France, rue Cadet.

Personnalités

En 1844, La Clémente Amitié eut comme Vénérable Bègue-Clavel, l'auteur d'une Histoire pittoresque de la Franc-Maçonnerie et des sociétés secrètes anciennes et modernes (qui a été rééditée en fac-simile par Elibron Classics et dont Roger Dachez écrit qu'elle contribua puissamment, notamment à travers ses trop célèbres – mais souvent belles – gravures, à fixer la vulgate d’une histoire maçonnique parfois très fantaisiste). Cet ouvrage valut à son auteur un procès orageux au Grand Orient de France : Clavel, qui a toujours été très critique avec le Grand Orient, était devenu sa bête noire

A cette époque, la Loge avait été dénoncée - pour activités politiques - par le préfet de police au Grand Orient, qui instruisit l'affaire mais ne put sanctionner faute de preuves ; on lira avec intérêt à ce sujet l'article paru dans l'Orient (on y notera en particulier, avec étonnement, que c'est la Loge qui avait été sommée de faire la preuve que ces accusations étaient sans objet). 

C'est sur base d'un autre reproche, celui d'avoir directement écrit aux autres Loges de l'Obédience pour exposer ses propositions en matière de modification des statuts, que le Grand Orient finit par avoir la peau de La Clémente Amitié, en ordonnant sa démolition (peine réduite ensuite à deux mois de suspension), tout en radiant 17 membres.

Libraire-éditeur républicain, Antoine Pagnerre (1805-1854) en fut Vénérable en 1844.

 (ci-contre, caricaturé par Daumier)

Rebold, l'auteur d'une Histoire générale de la franc-maçonnerie (1851) et d'une Histoire des trois grandes loges de francs-maçons en France (1864), fut également membre de cette Loge, avec laquelle il entra d'ailleurs en conflit en 1860.

En 1875, elle se rendit célèbre par la cérémonie d'Initiation de Littré et Jules Ferry (le Tracé de sa Fête anniversaire de cette réception est consultable ici). En 1879, elle souscrivit pour une part importante au capital de la Nouvelle Revue dirigée par Juliette Adam-Lambert.

Selon Yves Hivert-Messeca dans le Tome II de sa monumentale tétralogie l'Europe sous l'acacia (Dervy, 2012, p. 597), peu avant l'initiation de Maria Deraismes par la Loge du Pecq en 1982, un projet de l'initier à La Clémente Amitié n'avait pas abouti.

En 1881, sous le vénéralat de Charles Cousin, elle atteignit le nombre record de 285 membres, parmi lesquels Alfred Rambaud.

Son secrétaire le Frère Baudouin publia en 1878 (ci-contre) sous le titre Travaux franc-maçonniques ses Conférences sur divers sujets d'économie sociale.

De 1891 à 1898, le Vénérable en fut Edgar Monteil (1845-1920, initié en 1884).

Elle compta notamment parmi ses membres Victor Schoelcher et Louis-Théodore Juge, directeur du Globe (qui y fut Vénérable), dont le conflit avec Bègue-Clavel (largement commenté dans l'Orient) fut mémorable. Camille Pelletan en fut membre de 1892 à 1895 et, maçon fort peu assidu, y devint Compagnon en 1892, 22 ans après son Initiation dans une autre Loge.

Augustin Grégoire Gérard (1857-1926) y fut initié en 1904, avant de devenir, de 1921 à 1923, le Président du Conseil de l'Ordre du Grand Orient de France. Sa Loge (associée à son Chapitre et à son Conseil Philosophique) lui rendit hommage par une plaque commémorative que l'on voit ci-contre.

Meyerbeer en fut membre d'honneur.

René Guilly (1921-1992), fondateur, sous le pseudonyme de René Désaguliers, de la revue Renaissance Traditionnelle, y fut initié en 1951.

Le compositeur André Bloch en fut également membre.

La Clémente Amitié est mentionnée à une chanson de 1841 de la Loge de Sens ainsi qu'à une chanson de la Paix Immortelle.

Loge Mère

On retrouve le nom de la Clémente Amitié dans celui de deux Loges fondées par certains de ses membres :

1. la loge newyorkaise Clémente Amitié Cosmopolite fut fondée en 1856, 9 de ses 25 membres fondateurs provenant de La Clémente Amitié parisienne. En 1857 elle reçut une charte de La Grande Loge de New York, l'autorisant à travailler en français. Elle comprend aujourd’hui une quarantaine de membres dont le dénominateur commun est la culture française.

A l’occasion de son 150e anniversaire, elle fit graver (ci-contre) par un artiste contemporain une médaille comportant les dates 1857-2007 et la mention FLCAC signifiant France - La Clémente Amitié Cosmopolite, son nouveau titre depuis 1996. 

2. La Clémente Amitié Cosmopolite fut fondée en 1858 à Paris. Charles Battaille (1822-1872), professeur de chant au conservatoire de musique de Paris, en fut un des fondateurs et la présida de 1860 à 1864 ainsi qu’en 1870 et 1871.

Le logo figurant sur son jeton de présence ci-contre ressemble remarquablement (avec un C supplémentaire) à celui (plus haut à gauche) de La Clémente Amitié.

Elle compta parmi ses membres Paul Burani (1845-1901), dont elle fit imprimer en 1890 les Impressions maçonniques.

Iran

Inaugurée sous l'Empire avec l'ambassadeur Askeri-Khan, la pratique de l'Initiation de personnalités iraniennes mettait en évidence l'influence du Grand Orient de France sur la propagation des idées de la Révolution française en Iran et constituait pour les Loges concernées une source de prestige. 

En 1857, la Clémente Amitié initiait plusieurs diplomates iraniens de haut rang (le Prince Reza-Khan, les généraux Mirza-Reza-Khan et Nehriman-Khan, et Mirza-Malcom-Khan, ministre ad interim des affaires étrangères), qu'elle allait fêter en 1873 à l'occasion de leur visite en France.

La gravure ci-dessous, parue dans le n° 889 (mars 1860) de l'Illustration, porte la légende Initiation Maçonnique de Hassan-Ali-Khan, Ambassadeur de Perse, et de 3 Officiers de l'Ambassade dans la loge de la Sincère Amitié : ce n'est plus ici la Clémente Amitié qui intervient, mais bien la Sincère Amitié.

Adoption

La Clémente Amitié eut également une Loge d'Adoption.

Nous avons trouvé des traces de plusieurs manifestations de celle-ci.

1. 1819

Dans son Histoire pittoresque de la franc-maçonnerie et des sociétés secrètes (p. 114), Clavel évoque cette manifestation prestigieuse :

De toutes les fêtes d'adoption qui furent célébrées à Paris sous la restauration, et au nombre desquelles il faut citer celles que donnèrent, en 1820, les loges du rite de Misraïm, sous la présidence du comte Muraire et de la marquise de Fouchécour, et, en 1826, la Clémente Amitié, présidée par le duc de Choiseul et la comtesse de Curnieu, la plus remarquable, sans contredit, est celle qui eut lieu le 9 février 1819, dans l'hôtel de Villette, rue du faubourg Saint-Honoré, 30. La loge avait pour titre : Belle et Bonne ; elle était tenue par le comte de Lacépède et par la marquise de Villette, nièce de Voltaire. Belle et Bonne était le surnom affectueux que la marquise avait reçu de ce grand homme. Lorsqu'en 1778, à son initiation dans la maçonnerie, le vénérable Lalande lui avait remis les gants de femme qu'il est d'usage de donner au néophyte, Voltaire les avait pris, et se tournant vers le marquis de Villette, il les lui avait remis, en disant : « Puisque ces gants sont destinés à une personne pour laquelle on me suppose un attachement honnête, tendre et mérité, je vous prie de les présenter à Belle et Bonne. » Tout ce que la France comptait alors de notabilités dans le parlement, les sciences et les arts, dans la carrière militaire et administrative, d'illustres étrangers, le prince royal de Wurtemberg et l'ambassadeur de Perse, entre autres, assistaient à la séance de la loge de Belle et Bonne. Outre l'élite des sœurs françaises, la duchesse de la Rochefoucault, notamment, on y voyait aussi lady Morgan et plusieurs autres sœurs étrangères, distinguées par leur naissance ou par leurs talents. Le buste de Voltaire y fut solennement inauguré. La sœur Duchesnois lut, en l'honneur de l'illustre écrivain, une ode que Marmontel avait composée et à laquelle le frère de Jouy avait ajouté deux strophes adaptées à la fête du jour ; elle déposa sur le buste de Voltaire la même couronne dont son front avait été ceint au Théâtre-Français, en 1778, par la célèbre tragédienne Clairon ; puis, avec le concours du frère Talma, elle récita la belle et terrible scène de la double confidence dans Œdipe. Beaucoup d'autres artistes se firent pareillement entendre, et une abondante collecte termina dignement la séance. A la suite, il y eut un bal qui se prolongea une partie de la nuit. (Clavel donne de ce bal l'illustration ci-dessous)

2. 1828

Voir ici sur cette fête qui se voulut particulièrement prestigieuse.

3. 1838

Aux pp. 15-18 du recueil du Tome premier (première année, 1839) du périodique maçonnique Le Globe, on trouve le compte-rendu d'une autre Tenue (900 participant(e)s !) de cette Loge d'Adoption, le 22 décembre 1838, au cours de laquelle fut lu par le Frère Raymond un éloge de la Soeur Impératrice Joséphine.

On peut voir, à une autre page de ce site, qu'elle pratiquait également des cérémonies d'Adoption d'enfants de maçons.

Résistance

En 2010, La Clémente Amitié, désireuse de rendre un hommage public à l'un de ses membres héros de la Résistance, a organisé, au siège du Grand Orient de France, une conférence publique (ouverte à tous) sur le sujet Des Francs-maçons dans la Résistance, événement qui a fait l'objet d'une annonce (ci-contre à droite, détail à gauche) dans le Franc-maçonnerie Magazine.

Fouriérisme

Dans son Histoire des trois Grandes Loges de francs-maçons en France, Rebold écrit ceci (p. 160) concernant l'année 1840 :

Les disciples de Fourier, successeurs de ceux de Saint-Simon, cherchèrent à cette époque à se procurer l'accès des tribunes maçonniques pour y prêcher leurs doctrines à Paris, et ils firent choix de la loge « La Clémente Amitié » qui par sa composition leur parut la plus propre à devenir un foyer de propagande phalanstérienne. Le F. de Pomperey demanda la permission d'y ouvrir un cours d'économie sociale ; mais cette tentative d'enseignement socialiste se borna au développement préliminaire des principes de l'école ; un grand nombre de membres de la loge, craignant que cette prédication ne fît dévier la franc-maçonnerie de sa marche, crurent devoir protester contre la continuation du cours.

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