Le Globe

 

De 1839 à 1842 est parue à Paris la revue Le Globe, archives générales des Sociétés secrètes non politiques (dès 1840, ce titre est devenu Le Globe, Archive des Initiations Anciennes et Modernes), Publiées par une société de Franc-Maçons et de Templiers sous la direction principale du Frère Louis-Théodore Juge.

Selon le Dictionnaire de la Franc-maçonnerie de Ligou (PUF), il s'agissait d'un organe libéral, mais modéré, qui combattit avec vigueur pour la démocratisation des Obédiences. La revitalisation de la maçonnerie est en effet visiblement la préoccupation de Juge, qui écrit dans son exposé des principes au premier numéro que notre institution est au-dessous de ses promesses et que nous avons, pour ainsi dire, en mains la preuve qu'elle ne demande qu'une direction forte et vigoureuse pour marcher et recouvrer son rang.

On peut en consulter sur Google les recueils du Tome premier (première année, 1839), du Tome 2 (deuxième année, 1840), du Tome 3 (troisième année, 1841) et du début du Tome 4 (quatrième année, 1842).

Tout en reprenant le titre d'un journal ayant paru de 1824 à 1832 (et devenu en 1830 un organe saint-simonien), et en ambitionnant comme lui d'avancer rapidement et sans hésitation dans des voies de jeunesse et de progrès, Le Globe reprenait en fait - mais sous une forme mensuelle plutôt que trimestrielle - une tradition instaurée sous l'Empire par les Annales maçonniques de Caillot.

Le centre d'intérêt en est essentiellement maçonnique (traitant de questions non seulement françaises, mais aussi étrangères) ; dans son mot d'introduction au premier numéro, le gérant écrit d'ailleurs que Notre premier titre devait être : Le Globe, revue maçonnique ; nos lecteurs comprendront facilement la haute pensée qui nous l'a fait changer. Comme l'écrit en effet Juge dans son exposé des principes : plus particulièrement institué en faveur de la franche-maçonnerie et pour la bien faire connaître, il [Le Globe] reproduira plus volontiers, soit en partie, soit en totalité, les discours qui auront été prononcés dans ses divers ateliers, les pièces diverses qui y auront été lues, et le compte-rendu ou les procès-verbaux eux-mêmes des séances qui présenteraient quelque intérêt général ; il donnera des articles, soit inédits, soit déjà publiés, sur l'histoire et le but de ces sociétés, sur leur biographie et leur bibliographie, et racontera toutes les belles actions qui lui seront révélées.

Une large place y est cependant faite à l'Ordre du Temple, dont Juge était commandeur grand-croix. Certains articles traitent, sans nécessairement faire de référence explicitement maçonnique, de questions philosophiques (Le libre-arbitre), scientifiques (ossements fossiles découverts à Rancogne), historiques (La bataille de Waterloo) ou sociétales (Le duel). Une gravure est insérée dans chaque numéro.

Plusieurs des rédacteurs - dont Juge lui-même et Desanlis - étaient des personnalités de La Clémente Amitié ; il ne faut donc pas s'étonner que les activités de cette Loge y tiennent une place prépondérante. On note aussi dans le Comité de Rédaction des noms aussi connus que ceux de Bouilly, Destigny et Wargny.

Nous y avons relevé un certain nombre de chansons (l'ouvrage contient aussi quelques poèmes), dont l'une ou l'autre fait ou fera l'objet d'une page de ce site :

 

Juge

Louis-Théodore Juge est né à Tulle le 18 avril 1803. Il fut Vénérable de La Clémente Amitié.

Son père, Antoine Juge, né en 1763, fut commissaire des guerres, intendant militaire et chevalier de la Légion d'honneur. Selon l'article de son fils, La bataille de Waterloo, paru aux pp. 51-55 du Tome premier, il fut aussi membre de La Clémente Amitié et des Neuf Sœurs, et se signala au cours de ladite bataille en sauvant la vie d'un officier prussien désarmé qui avait fait le signe de détresse maçonnique. En outre, il se désigne lui-même comme membre de la Loge des Chevaliers de la Croix.

Louis-Théodore Juge a fait imprimer, sous le titre Hiérologie et Bébèlologies, un tirage de luxe de ses articles du Globe, qu'il réservait à ses amis.

Il fonda à Paris en 1840 la Société Phaïnotélète qui faisait des recherches sur les mystères de l'initiation.

On relève parmi ses imprimés un Discours sur le but de la Franche-Maçonnerie et la nécessité aux nouveaux initiés d'en étudier les fondements, les attributs et les résultats (Paris, 1835), une Histoire curieuse de la démission d'un grand-chancelier de l'Ordre du Temple (Paris, 1837), ainsi que 3 ouvrages qui ont ont été réédités par les éditions Lacour-Rediviva :

  • Appel à l'amitié, à la concorde et à la paix entre les maçons des diverses obédiences
  • Du fouriérisme dans la franc-maçonnerie 
  • Initiation de Voltaire et pompe funèbre

Juge et la liberté de la presse maçonnique

Dans le premier numéro du Globe, Juge fait un intéressant historique des prédécesseurs du Globe, depuis les Annales maçonniques de Caillot :

... Puis surgissent en 1818 l'Encyclopédie maçonnique par le frère Chemin-Dupontès, la Bibliothèque maçonnique du frère Joly, et l'Hermès du frère Ragon ; ces trois publications ont cessé de paraître : la première a donné plusieurs volumes; la seconde un seul, ou pour mieux dire cinq livraisons seulement ; la troisième n'a pu dépasser son second volume.

A la Bibliothèque maçonnique il est arrivé ce qui doit arriver nécessairement à tout journal de parti. Publié aux frais d'une puissance maçonnique, et dirigé contre une puissance rivale, ce journal ne pouvait avoir une bien longue durée, parce qu'on ne sait point haïr chez les maçons, et qu'une polémique haineuse et violente ne peut s'y maintenir longtemps. Le suprême conseil du 33e degré, qui le soldait, eut la douleur de le voir mourir dès son apparition, sans même qu'il eût le moins du monde arrêté dans sa course l'ennemi contre lequel il avait été lancé. Malgré la Bibliothèque et ses efforts, le Grand-Orient de France n'en demeura pas moins en possession de dicter des lois à la maçonnerie française.

Vint ensuite, en 1829, l'Abeille maçonnique, dont il n'a paru que cent treize numéros comprenant un total d'environ quatre cent cinquante pages d'impression.

La guerre civile venait d'allumer ses brandons, lorsqu'à Paris naquit, en 1830, sous la mitraille de juillet, la Revue historique, statistique et morale de la Franche-Maçonnerie, publiée par le frère Bègue-Clavel, et dont il n'a paru que six numéros (le dernier en janvier 1833).

Cette publication, dans laquelle vint se fondre presqu'à son début un excellent journal dont nous parlerons tout à l'heure, qui se publiait en Belgique sous le titre d'Annales maçonniques des Pays-Bas, ne put se maintenir, et cependant elle ne manquait pas d'intérêt.

Puis vint plus tard encore une publication de beaucoup supérieure, ce nous semble, à la plupart de celles que nous venons d'examiner ; celle-ci fut tuée, dès son troisième numéro, par un événement déplorable, l'incendie qui eut lieu à Paris, près la place Saint-Sulpice, dans les ateliers de brochure de la rue du Pot-de-Fer. Nous voulons parler de l'excellent recueil intitulé l'Univers maçonnique, du frère César Moreau ; ce journal, mieux conçu que les précédents, présentait une variété plus grande et plus d'intérêt dans le choix de ses articles. Nous lui adresserons cependant deux reproches : celui d'abord de contenir quelques poésies un peu légères et qui ne devaient pas se rencontrer dans un recueil destiné, non pas seulement aux hommes, mais aussi aux dames et aux jeunes personnes, puisqu'elles aussi appartiennent à l'institution maçonnique ; puis, lorsqu'il s'était soumis par un traité spécial au Grand-Orient de France, n'avait-il pas eu un grand tort et n'avait-il pas renoncé de son plein gré au principal avantage qu'on attend de nos jours de la presse, celui de faire cesser les abus, si quelques-uns pouvaient exister ? n'avait-il pas renoncé aussi à donner de l'intérêt à son recueil, lorsque par ce traité il s'était engagé à ne parler jamais des mystères de la franche-maçonnerie et à ne jamais rendre compte, soit des travaux des ateliers, soit de ceux du Grand-Orient de France ? La décision en vertu de laquelle ce corps le prenait sous son patronage à de telles conditions portait, en outre, qu'il serait tout de doctrine et de littérature maçonniques et qu'il ne devrait jamais dégénérer en une polémique de personne. Ces dernières prescriptions, bonnes et sages sans doute, étaient peu nécessaires avec le frère auquel elles étaient imposées, les premières étaient inutiles et dangereuses ; à quoi bon interdire à un journal de rendre compte des travaux des ateliers et de ceux du Grand-Orient de France, si ce compte-rendu devait être impartial, et si l'esprit de parti et la malveillance ne pouvaient pas s'y glisser ? et où était l'intérêt de lui défendre de parler jamais des mystères de la franche-maçonnerie, en présence surtout de quelques ouvrages dont le Grand-Orient n'a jamais empêché la publication, et qui ne laissent rien à désirer à ceux qui les veulent connaître.

Ce n'est point un examen consciencieux des travaux d'une société quelconque qui peut lui nuire, et s'interdire de relever les actes mauvais auxquels elle peut se laisser entraîner, c'est manquer au premier devoir qu'on s'impose en se faisant journaliste. Il faut éviter sans doute avec soin les personnalités et la polémique haineuse, ce sont les actes et non les individus qu'il faut attaquer, et encore faut-il le faire avec cette réserve et ces ménagements qu'on se doit entre gens voulant le bien, entre gens qui doivent se traiter en frères.

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