Hommage à Louis Brune

 

En arrivant à Rouen, un petit homme alerte et simple s’est emparé de mes caisses. J’ai découvert en lui parlant que j’avais affaire au célèbre Louis Brune, qui a eu la croix et je ne sais combien de médailles de tous les souverains pour avoir sauvé la vie à trente-cinq personnes qui se noyaient. Ce qui est bien singulier chez un Français, Louis Brune ne s’en fait point accroire ; c’est tout à fait un portefaix ordinaire, excepté qu’il ne dit que des choses de bon sens. Comme toutes les auberges étaient pleines, il m’a aidé à chercher une chambre, et nous avons eu ensemble une longue conversation.

— Quand je vois un pauvre imbécile qui tombe dans l’eau, c’est plus fort que moi, me disait-il ; je ne puis m’empêcher de me jeter. Ma mère a beau dire qu’un de ces jours j’y resterai, c’est plus fort que moi. Quoi ! me dis-je, voilà un homme vivant qui dans dix minutes ne sera plus qu’un cadavre, et il dépend de toi de l’empêcher ! Ce n’est pas l’embarras, l’avant-dernier, celui d’il y a trois mois, s’attachait à mes jambes, et trois fois de suite il m’a fait toucher le fond, que je ne pouvais plus remuer. 

Stendhal, Mémoires d’un Touriste, T. 2, p. 82

06/04/1840 : Remise d'une médaille en vermeil décernée à Louis Brune par la Société Montyon et Franklin, de Paris. Louis Brune est introduit dans la salle du Conseil, et, en lui remettant cette médaille, le Maire prononce l'allocution suivante : « Monsieur, la Société Montyon et Franklin vous a décerné une médaille d'honneur en vermeil, en témoignage de la reconnaissance publique pour les nombreux services que vous avez rendus à l'humanité, au péril de vos jours. Elle nous a chargé, de vous remettre cette médaille, qui sera pour vous, Monsieur, un nouvel encouragement à continuer vos nobles et périlleux succès. Nous saisissons avec empressement la réunion actuelle du Conseil municipal pour vous en faire la remise en sa présence. Honneur au courage et à l'abnégation de soi-même ! » Louis Brune adresse ses remerciements au Maire et témoigne de sa résolution de ne laisser échapper aucune occasion de prouver son dévouement à la cause de l'humanité.

Les délibérations du Conseil Municipal de Rouen (1800-1925)

Comme on peut le voir ici, un des lauréats des médailles de récompenses du Grand Orient de France décernées le 27 décembre 1842 fut le Frère Brune, sauveteur, membre de la loge rouennaise de la Constance Eprouvée

Ce fait est d'ailleurs rappelé ici dans un récapitulatif établi en 1847 pour le Grand Orient (et republié en 1864), où est mentionnée la médaille accordée en 1842 au Frère Louis Brune, membre de la Loge de la Constance éprouvée, à l'Orient de Rouen, dont on ne saurait compter les actes de dévouement, honoré par l'Institut du prix Montyon, et qui, le [un blanc est laissé ici à la place de la date], est allé recevoir le couronnement de toutes ses bonnes actions dans le sein du Grand Architecte de l'Univers.

Louis Brune

Louis Brune (1807-1843), surnommé "le Petit Plongeur", fut un sauveteur particulièrement renommé, auquel 63 personnes durent la vie. En témoignage de reconnaissance, la ville de Rouen lui a octroyé une pension, donné une petite maison et édifié sur ses quais le monument représenté ci-contre mais disparu lors de la guerre 40-45.

                              

Titulaire d'innombrables distinctions profanes (il était notamment chevalier de la Légion d'honneur dès 1836 et avait reçu en 1838 le prix de vertu Montyon de l'Académie française), Louis Brune fut aussi honoré par la maçonnerie, non seulement par la médaille du Grand Orient mentionnée ci-dessus, mais bien avant cela, le 22 décembre 1838, et alors qu'il était encore profane, par une couronne et une médaille d'honneur décernées par la Loge parisienne de la Clémente Amitié, lors d'une Fête d'Adoption (dont on trouve ici la première partie du compte-rendu) au cours de laquelle furent honorés 10 lauréats (le Vénérable Juge qualifia alors Brune de Terre-neuve de l'humanité). Il fut initié peu après (le 25 avril 1839 selon le fichier Bossu) à la Constance Eprouvée de Rouen et, le 25 juillet 1839 lors de la fête d'Ordre de cette loge, un représentant de la Clémente Amitié, le Frère Delachanterie (médecin oculiste qui était officier du Grand Orient), vint lui remettre ces distinctions.

Un compte-rendu de cette manifestation, reproduisant notamment le discours de Delachanterie (où il rend hommage avec emphase aux vertus sublimes dignes des temps antiques de ce digne enfant de l'antique Neustrie), a été publié par Le Globe. Il donne aussi (pp. 16-17) les couplets qui, lors du banquet qui a suivi, ont été improvisés et chantés (mais l'air n'est pas  mentionné) par le frère Vossier (qui selon le fichier Bossu était directeur d'assurances à Rouen).

Les dangers de l'eau

L'eau et ses dangers sont doublement évoqués dans cette chanson :

                   

Brune est là ! (bis.)
Vieille grimacière. 
Ta faux si meurtrière 
Bientôt se rouillera. 
Brune est là ! (bis.)
Pour toi, faucheuse antique, 
Plus de moisson nautique, 
Car nul ne se noiera.
Brune est là ! (bis.)

 

 

Brune est là ! (bis.)
Enfans de la Neustrie, 
Au banquet de la vie 
D'eau plus on ne boira.
Brune est là ! (bis.)
Pour la santé si chère, 
Au canon, chaque frère ; 
Chargeons, feu !... bien cela. 
Brune est là !

 

 

Dans le liquide abîme 
Que tombe une victime, 
Partout on entendra :
Brune est là ! 
Puis bientôt, sur la plage, 
L'on redira l'adage : 
Qui déjà but boira. 
Brune est là ! 

En 1841, la même revue Le Globe a publié (pp. 70-75) une longue notice biographique sur Louis Brune.

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