La bonne union 

 Cliquez ici pour entendre le fichier midi de cette partition, séquencé par B. A.

Nous avons trouvé cette chanson à la p. 191 du recueil du Tome 3 (1841) du périodique maçonnique Le Globe. Elle date donc de 1840 ou (au plus tard) 1841.

L'auteur, le Frère de Tournay, avait déjà fait des Prédictions pour l'an 1839. Il en fait ici d'autres, qui à plus long terme se révéleront étonnamment exactes.

La Loge parisienne de La Bonne Union (fondée en 1773 selon Bésuchet), à laquelle ces couplets étaient destinés, est celle dont Bazot fut Vénérable. Il ne faut donc pas s'étonner que De Tournay vante ici (au 2e couplet) ses Chansons maçonniques et lui fasse (dans la note 1) de la publicité.

Trois autres personnages sont nommément cités dans les notes de bas de page, nous devons supposer qu'eux aussi étaient membres de cette Loge :

 De Tournay, plus fort que Nostradamus ?

Mais la partie la plus surprenante de la chanson est le pronostic suivant :

Bientôt, je le pronostique,
L'Ordre unira, par ses soins,
Sous le drapeau symbolique
Turcs, Arabes et Bédouins ;
Et déjà je vois sans peine
Abd-el-Kader Franc-Maçon,
Avec nous formant la chaîne ...

Rappelons en effet que nous sommes en 1841, moment où l'émir est une fois de plus en pleine guerre avec le colonisateur français, et que c'est seulement en 1864 qu'interviendra l'initiation maçonnique d'Abd el-Kader.

Faut-il considérer De Tournay comme un visionnaire ?

Plutôt que de voir en lui un extra-lucide, imaginons donc, plus modestement, qu'il a choisi, comme symbole d'un événement si improbable que seule l'universalisation de la fraternité maçonnique pourrait le rendre un jour possible, celui qui précisément lui semblait le plus utopique ... et qu'il a visé juste, sans aucunement avoir même imaginé qu'il allait bien se réaliser ... près de 25 ans plus tard !

L'air Eh ! ma mère, est-c' que j'sais ça ? est donné par la Clé du Caveau sous le n° 113 et les titres alternatifs dans la paix et l'innocence et ronde du club des bonnes gens (air également connu sous le nom de air du Cousin-Jacques).

A. B., à qui nous devons le fichier midi que vous pouvez entendre, a également confectionné un fichier image avec cette partition et le texte complet tel que ci-dessous. Vous le trouverez au bas de la présente page.

COUPLETS

 

Du frère De Tournay, officier du Grand-Orient, pour la loge de la Bonne union, orient de Paris.

 

Air : Eh ! ma mère, est-c' que j'sais ça ?

 

Quand l'amitié nous réclame,
Le moyen de résister ?
On m'a mis sur le programme,
Bien ou mal il faut chanter.
Mais peut-être allez-vous rire
De mon refrain sans façon,
Car il se borne à vous dire :
Vive la bonne union.       (bis.)

 

 

Pour ma voix faible et timide
J'obtiendrais un doux accueil,
Si du chef qui nous préside
J'eusse emprunté le recueil (1).
Aujourd'hui dans chaque Temple,
De son luth prenant leçon,
On répète à son exemple :
Vive la bonne union.       (bis.)

 

 

Aussi quelle ivresse pure
Charme ici nos coeurs jaloux !
Poésie, architecture (2)
S'y sont donné rendez-vous,
Et de l'Orient de France
Le moderne Cicéron (3)
Du goût et de l'éloquence
Y fait briller l'union,
La noble et bonne union.

 

 

Je dois aussi rendre hommage
Au Frère qui, le premier,
Dota l'africain rivage
D'un maçonnique atelier (4).

 

 

(1) Chansons maçonniques par le frère Bazot ; 2 vol. in-18, 1838-1839.

(2) Fromentin, architecte de la ville de Paris.

(3) Pinet, avocat à la Cour royale, auteur de plusieurs ouvrages de jurisprudence et de différentes pièces de poésie.

(4) Descous, négociant à Alger, ancien capitaine d'état-major, chevalier de la Légion-d'Honneur et de Saint-Louis.

Dans ces lieux où Bélisaire
Immortalisa son nom,
Il fait, sous notre bannière,
Fleurir la bonne union.
Vive la bonne union !

 

 

Bientôt, je le pronostique,
L'Ordre unira, par ses soins,
Sous le drapeau symbolique
Turcs, Arabes et Bédouins ;
Et déjà je vois sans peine
Abd-el-Kader Franc-Maçon,
Avec nous formant la chaîne,
Chanter vive l'union,
Vive la bonne union !

 

 

Grâce à ma belle patrie,
A nos frères de l'Atlas
Ceux d'Amérique et d'Asie
Bientôt vont tendre les bras.
Ainsi, franchissant l'espace,
L'Inde, New-York, Albion,
Fiers du nœud qui les enlace,
Crieront vive l'union,
Vive la bonne union !

 

 

Mais je dois céder la place
Aux aimables chansonniers,
Qui toujours sur le Parnasse
Cueillent de nouveaux lauriers.
Aux doux accents de la lyre
De ces enfants d'Apollon,
Cent fois nous allons redire
Vive la bonne union.       (bis.)

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