La première pierre

Cliquez ici (midi) ou ici (mp3) pour entendre l'air, séquencé par Christophe D.

En février 1841, le Grand Orient de France, désireux de voir la Maçonnerie parisienne posséder un temple plus digne de nos augustes mystères que ceux qui existaient jusqu'ici, publia son projet de construction d'un nouveau bâtiment, dont la première pierre fut posée le 9 août sur un terrain dont il était propriétaire, rue Neuve-Sanson vis-à-vis la Nouvelle Douane de Paris. Dans le Globe en 1841, on trouve aux pp. 387-393 le procès-verbal de cette cérémonie (le texte ci-dessous y est aux pp. 392-3).

Au cours de la cérémonie, le Frère Tardieu prononça les paroles de consécration suivantes :

Pierre cubique ! Je te consacre à la Maçonnerie ! Je te consacre au Rite Français ! Je te consacre au Rite Écossais ! et à tous les Rites reconnus par le Grand Orient ! Sur toi, nous allons bâtir un temple qui brillera d'un vif éclat sur l'horizon maçonnique avec l'aide de mes frères. Je te bénis ! Je te sanctifie par les signes et les batteries que le vieil Hiram a transmis à ses enfants. Luceat, luceat, luceat in aeternum !

puis s'écria : Réjouissons-nous donc, mes Frères, dans un an cet édifice sera construit et inauguré.

Un cantique maçonnique, La Première Pierre, du frère Bourgouin (qui, avec une orthographe un peu différente, est peut-être l'auteur en 1830 de couplets pour Vassal), fut créé pour cette occasion.Une édition antérieure de ce cantique a été mise en ligne par la BNF ; il y est précisé que le Frère Bourgouin était le Vénérable de la Sincère-Amitié ; le fichier Bossu nous apprend qu'il s'agit de Pierre-Jean-Marie Bourgouin, (1778-1845), graveur, officier du Grand Orient.


       

LA PREMIÈRE PIERRE.

 

Air de la Treille de sincérité.

Base d'un sublime édifice 
Qu'à l'instar du grand Salomon
Nous désirons rendre propice 
Au culte saint de la raison : 
Première pierre, ton assise 
Appui d'un temple glorieux 
Sous nos auspices s'éternise 
Et doit passer à nos neveux 
Belle et fière 
Solide pierre 
Sers de siège à la vérité 
Et de trône à la liberté.

 

Sur toi, déjà notre espérance
Enfante mille fictions ;
Nous plaiderons pour l'indigence,
Briguant ses bénédictions.
Nous repousserons la discorde,
Et pour mieux émousser ses traits,
Nous cimenterons la concorde
Par de brûlants baisers de paix.
Belle et fière,
Solide pierre,
Sers de siège à la vérité,
Et de trône à la liberté.

 

Ah ! pour Dieu ! que rien ne nuise
Au niveau de l'égalité,
Adoptant la franche devise
D'union et fraternité ;
Fais que le schisme ni l'envie
Ne viennent desserrer nos nœuds ;
Mais que par l'amitié chérie
Chaque frère entre dans ces lieux.
Belle et fière,
Solide pierre,
Sers de siège à la vérité,
Et de trône à la liberté.

 

Dans ce palais, cour de justice,
Des grands principes tous imbus,
Tu verras réprimer le vice
Et récompenser les vertus.
Tu verras la juste balance
De l'opprimé peser les droits ;
Tu verras pour toute puissance
L'équité seule avec les lois.
Belle et fière,
Solide pierre,
Sers de siège à la vérité,
Et de trône à la liberté.

 

Mais si nos mains ici te couvrent
Pour te donner gloire et prandeur ;
Que mille siècles te retrouvent
Debout, dans toute ta splendeur.
Autre phénix, il faut t'attendre
Que le Maçon, de jour en jour,
Plus grand renaîtra de sa cendre
Pour t'étayer de son amour.
Belle et fière,
Solide pierre,
Sers de siège à la vérité,
Et de trône à la liberté.

 

Cet enthousiasme allait cependant faire long feu, comme l'avait d'ailleurs prévu le Globe (cfr bas de la p. 413). Et en 1843 le Grand Orient - sans doute à court de finances pour poser d'autres pierres - inaugura plutôt (à l'occasion de sa Fête de l'Ordre le 24 juin) un autre bâtiment, situé à proximité (12, rue de la Douane), mais loué. Il le quitta en 1846 pour s'installer, toujours en locataire, près de l'ancien hôtel de Cluny, avant d'acquérir en 1852 son siège actuel de la rue Cadet.

Une de nos sources pour cette page est l'ouvrage de Pierre Chevallier, Histoire de la Franc-maçonnerie française, Fayard, 1974, Tome II, p. 231.

Voir l'air de La Treille de sincérité.

La pose de la première pierre d'un bâtiment est traditionnellement l'occasion de grandes cérémonies et festivités.

La franc-maçonnerie ayant pour objet la construction, une telle occasion a d'autant plus de cachet quand la première pierre est celle d'une futur bâtiment maçonnique !

On trouve dans les archives des traces d'autres grandes cérémonies des siècles passés, par exemple :

pose de la première pierre du nouveau Freemason's Hall à Londres en 1864

Pose de la première pierre du Temple maçonnique de Tarbes en 1889, en présence de l'homme politique Georges DAZET, donateur du terrain

Et n'oublions pas la célèbre pose de la première pierre du Capitole par Washington au cours d'une cérémonie ... maçonnique !

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