La maçonnerie de Cythère 

Ce badinage (quelque peu grivois) signé d'Antignac sur le thème de l'Amour maçon figure aux pages 181-2 de l'édition 1810 du Vocabulaire des francs-maçons

Il confirme, si besoin en était, le caractère platement guindaillant et hâbleur, sinon de toute la maçonnerie d'Empire, en tout cas de ceux qui, tels Antignac, donnent le ton dans son chansonnier. On est fort loin ici des gracieux marivaudages du XVIIIe sur le même thème, comme celui-ci.

LA MAÇONNERIE DE CYTHÈRE

 AIR : J'étais bon chasseur autrefois

Dans l'empire de Cupidon
S'il vient un récipiendaire,
On exige qu'en bon garçon
Il sache être heureux et se taire.
On n'admet pas pour travailler
Les membres un peu trop frivoles,
Car à Cythère il faut payer
En actions plus qu'en paroles.

 

 

Le nombre impair aimé des dieux,
Et parmi nous si respectable ,
Au sein de l'empire amoureux
Est d'un usage indispensable.
Il faut donc, en suivant les lois,
Que le nouveau venu voyage
Avec une belle trois fois
Pour entrer en apprentissage.

 

 

Quand le novice a, des amours,
Mérité la reconnaissance,
il se repose ; après trois jours,
Jusqu'à cinq fois il recommence.

 

On n'abuse jamais des droits
D'un compagnon faible et timide ;
Mais pour aller jusqu'à cinq fois,
Il faut un compagnon solide.

 

 

Heureux celui qui, sans trembler,
Vient à bout de son entreprise !
Mais son ardeur doit redoubler
Quand il aspire à la maîtrise.
C'est en triplant le nombre trois
Que l'homme instruit se fait connaître ;
Quand il a voyagé neuf fois,
Il a fait un vrai coup de maître.

 

 

Des hauts grades et dignités
L'amour aisément vous tient quitte ;
Car au pays des voluptés
Le savoir n'est pas le mérite ;
Mais lorsque l'on trouve un grivois
Bien discret et bien respectable
Qui, par an, voyage une fois,
On le choisit pour Vénérable.

 

ANTIGNAC,

Membre de la Loge d'Anacréon.

Voir l'air.

On retrouvera cette chanson aux pages 91-3 du Nouveau Code Récréatif des Francs-Maçons.

Il existe sous le même titre une chanson différente dans la Lyre maçonnique pour 1809 et sur le même sujet une chanson dans la Lyre maçonnique de 1810.

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