Santé du Roi

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Après les délires de l'enthousiasme bonapartiste, le Grand Orient de France allait-il se trouver a quia au moment de la Restauration ?

Loin de là : il a au contraire aussitôt proclamé, vis-à-vis de Louis XVIII, autant d'indéfectible fidélité qu'il en affichait naguère envers l'Empereur. C'est qu'à cette époque le patriotisme est censé impliquer la fidélité, non au régime qui incarne la nation à tel moment donné, mais à l'autorité qui détient les rênes du pouvoir, pourvu que cela puisse être considéré comme légitimement - et quel pouvoir pourrait être alors considéré comme plus légitime qu'un pouvoir de droit divin ?

A la p. 18 de son ouvrage Morale de la Franche-maçonnerie, Bazot se livre en 1827 à un remarquable exercice de casuistique pour justifier ces palinodies : 

La franche-maçonnerie, en France, est essentiellement amie du gouvernement ; ne le jugeant jamais, le respectant toujours, l'aimant avec une sorte d'idolâtrie, lorsqu'il fait le bonheur public. Avant la révolution , les francs-maçons étaient royalistes, car ils étaient nés sujets des rois. La royauté disparaît : comme elle, ils disparaissent aussi. Le gouvernement consulaire demi-républicain, demi-monarchique est établi ; les francs-maçons renaissent, simple société morale, et profitent de la tolérance sans soumettre à leur jugement le pouvoir qui leur rend la vie. L'aigle impériale est substituée aux faisceaux consulaires : c'est la monarchie sous l'emblème de l'aigle. Ils saluent avec la nation entière le nouvel ordre de choses qui répare bien des maux, qui encourage et protège les Maçons. Ils deviennent fidèles sujets de l'empereur comme ils ont été fidèles sujets du roi. A son tour le lis reprend son antique puissance ; replacés sous le pouvoir r o y a l , les maçons rendent à cet ancien pouvoir l'hommage de leur fidélité, de leur reconnaissance, de leur amour. La franche-maçonnerie est donc politique en ce sens qu'elle est royaliste sous les gouvernements monarchiques , et républicaine sous les gouvernements démocratiques. Mais cette couleur politique est une couleur territoriale, et non une couleur dogmatique. Citoyens d'une république ou sujets d'un prince, les maçons de tous les points de l'univers se regardent comme frères ; ils ont entre eux une sainte alliance morale qui dépend d'une volonté bien au-dessus de celle des hommes.

C'est donc sans état d'âme que la première santé des banquets redevient, non plus celle de l'Empereur et de son auguste famille, mais celle du roi, comme faisaient nos pères.

En témoigne ce cantique, qui figure au Manuel du franc-maçon de Bazot dans sa 3e édition, de 1817.

Il a cependant disparu de la sixième, de 1835. L'amour idolâtre affiché à la Restauration n'était peut-être plus de mise sous Louis-Philippe ? 

Il s'agit en tout cas d'une des dernières manifestations d'un attachement servile à la personne royale, qui apparaît comme d'autant plus indécent si l'on se réfère à celui porté naguère à Napoléon

On verra plus tard que la fonction du Chef de l'Etat sera honorée plutôt que sa personne.

          

Voir l'air.

On remarquera que le dernier vers comme l'étaient nos pères fait référence au texte de la chanson d'origine, comme faisaient nos pères.

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