Chant funèbre pour Cambry

Cette pièce de Lavallée et Foignet est la dernière des 3 qu'on trouve au Tracé de la Fête funèbre en mémoire du Frère Jacques de Cambry célébrée le 27 février 1809 par la Loge parisienne des Commandeurs du Mont Thabor.

Lavallée désigne Cambry comme un enfant des Neuf Soeurs : les convergences entre cette Loge et l'Académie celtique, notamment via la revue La Décade, sont effectivement soulignées par les commentateurs.

C'est Lavallée qui, en tant que Vénérable de la Loge, avait prononcé le discours d'ouverture de la Tenue. 

LAVALLEE

L'auteur des paroles, le Frère J. Lavallée, est le polygraphe Joseph LAVALLEE, marquis de BOISROBERT (1747-1816), qui était, tout comme Cambry lui-même, un des fondateurs de l'Académie celtique ; cette commune appartenance celtique se manifeste dans son texte. 

Selon Bésuchet, p. 168 :

LA VALLÉE (Joseph), ancien marquis de Bois-Robert, capitaine d'infanterie au régiment de Champagne, dut à la révolution sa sortie de la Bastille, où, à cause des écarts de sa jeunesse, il avait été enfermé par lettre de cachet délivrée sur les instances de sa famille. M. Lavallée, que le souvenir de cet acte arbitraire animait d'un vif ressentiment, répudia sa noblesse héréditaire et adopta avec chaleur les nouveaux principes politiques.

Homme instruit, et écrivant avec facilité, il attaqua dans divers écrits les abus de l'ancien régime, et se consacra ensuite à la carrière des lettres, où il a donné une foule d'ouvrages, comme journaliste, voyageur, et romancier. Ancien maçon, il reprit au commencement du dix-neuvième siècle la pratique de la maçonnerie, et fut successivement vénérable, et très-sage de la loge et du chapitre du Mont-Thabor et officier du Grand Orient. Quoique petit et contrefait, il présidait avec dignité et parlait avec éloquence. Il devint l'ami du comte de Lacépède, qui le nomma chef de division dans les bureaux de la chancellerie de la Légion d'Honneur, dont cet illustre frère était grand chancelier.

La chute du gouvernement impérial, en 1814, détermina M. Lavallée, qui perdit sa place, à s'expatrier. Il se retira à Londres, où la loge française de l'Espérance lui donna toutes sortes de secours, et le fit enterrer honorablement lorsqu'il mourut, le 28 février 1816. Durant sa carrière maçonnique il a prononcé des discours et allocutions qui ont été en partie imprimés dans les recueils maçonniques du temps.

Lavallée est l'auteur d'une très bonapartophile Ode lue, le 12 janvier 1814, au banquet de la loge maçonique de la Trinité.

On trouvera d'autres données sur Lavallée à cette page du très riche blog Si Fodieris Invenies.

 

CHANT FUNÈBRE.

Paroles du Vénérable Commandeur J. LAVALLÉE ; musique du Frère Commandeur FOIGNET père, Officier honoraire

CHOEUR.

Par les mois, ramené dans le palais des heures,
L'astre du jour a douze fois paru ;
Et cependant, vers nos saintes demeures,
Il n'a point ramené notre ami disparu.

RÉCITATIF.

Quels dieux à nos regards voilent tes destinées !
Cambry, de notre amour n'es-tu donc plus jaloux !
Loin d'une épouse et loin de nous,
Quelles vertus dépensent tes journées ?

                   AIR.

Aux nocturnes clartés des célestes flambeaux,
Le Druide, peut-être, ennemi de repos ;
Dans la sombre épaisseur de ses forêts antiques,
Des Celtes te redit les immenses travaux ;
Ou bien, foulant le sol des peuples armoriques,
D'un oeil religieux cherches-tu leurs tombeaux.

CHOEUR.

Par les mois, ramené, etc.

AIR.

Rassure-nous par ta présence ;
Reviens , exauce nos désirs ;
Rappelle-toi de nos plaisirs,
Pour mettre un terme à ton absence.

Les dieux aux mortels ont permis
De se livrer à la science ;
Mais le génie est sans puissance,
Quand on est loin de ses amis.

Termine notre inquiétude,
Et de toi-même prends pitié ;
On peut se passer de l'étude,
Se passe-t-on de l'amitié ?

CHOEUR.

Rassure-nous, etc.

UN CHORIPHÉE.

Mais quels éclairs, précurseurs des orages,
Sillonnent l'air de leurs feux pâlissans ?
La foudre gronde, et, du sein des nuages,
Ebranle des palais les vastes fondemens.
Quel dieu, porté sur les tempêtes,
A suspendu nos timides accens ?
Frémissez ! Voyez-vous ses regards menaçans ?
C'est l'ange de la mort qui plane sur nos têtes.

                L'ANGE DE LA MORT.

Peuples ! vos voeux sont superflus ;
La mort est sourde à la prière.
Il est tombé dans la poussière,
Et votre Frère ne vit plus.

CHOEUR.

Cambry n'est plus !
Jour de vengeance ;
Plus d'espérance !
Pleurez, vertus,
Cambry n'est plus !

UN CHORIPHÉE.

Horrible mort ! quel fut son crime,
Pour trancher le cours de ses ans ?
Quand tu le choisis pour victime,
N'était-il donc plus de méchans ?

CHOEUR.

Jour de vengeance ;
Plus d'espérance !
Pleurez, vertus,
Cambry n'est plus !

RÉCITATIF.

Fermez aux jeux ce superbe portique,
De nos plaisirs le dernier jour a lui ;
Couvrez de deuil ce Temple magnifique,
Les malheureux ont perdu leur appui.

DUO.

Pleure, patrie, un serviteur fidèle,
L'ami des lois et l'exemple des moeurs !
Hymen, pleurez des époux le modèle !
Talens, pleurez un enfant des Neuf Soeurs !
Mais rappelez à votre âme attendrie ,
L'ordre éternel de la Divinité :

                    Que sur les flots du fleuve de la vie,
Si l'homme juste est emporté,
Il est plongé, quand sa course est finie,
Dans l'océan de l'immortalité.

CHOEUR FINAL.

Pleure, patrie , etc.

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