la Fidélité

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Ces Couplets intitulés la Fidélité, dont la musique est de Charles Artôt, figurent à un recueil des chansons de Defrenne et ont été composés pour l'installation de la Loge gantoise homonyme.

Cette Loge fut constituée le 28 octobre 1838 pour combattre l'influence orangiste des autres Loges gantoises, et cette constitution fut une des causes provoquant l'hostilité du clergé et sa condamnation de la maçonnerie.

Sur une autre page, nous citons à ce sujet John Bartier :

En fait, la décision des évêques a été provoquée par l'apparition de nouvelles loges. En particulier la formation d'un atelier gantois parut au clergé entraîner de redoutables conséquences. Pour comprendre son émotion, il faut savoir que la franc maçonnerie du Grand Orient avait pour protecteur - protecteur nullement désintéressé du reste - Léopold Ier. Maçon lui-même, le roi estimait en effet qu'une franc-maçonnerie convenablement dirigée, pouvait rendre de grands services au pays sous le rapport de la propagation de l'instruction publique et sur celui de la nationalité. C'est pourquoi il avait encouragé, en 1835, un de ses hommes de confiance, le baron de Stassart, à accepter la grande maîtrise de l'Ordre. Par loyalisme monarchique et en particulier pour réaliser une conquête sur l'orangisme, Stassart décida d'établir à Gand, où les milieux maçonniques étaient dominés depuis la révolution par des partisans du roi Guillaume, une loge du Grand Orient qui, pour montrer son attachement à Léopold Ier, choisit de se nommer "la Fidélité". Cette création inquiéta la presse conservatrice qui prétendit que la formation de la loge allait diviser en catholiques et libéraux le parti unioniste.

Effectivement, les deux vicaires généraux, Guillaume de Smet et L. Sonneville, qui assuraient la direction  du diocèse de Gand pendant la maladie de l'évêque Mgr. van de Velde, écrivirent le 14 novembre 1837 à l'archevêque Mgr. Engelbert Sterckx (1792-1867) leur sentiment sur la constitution de la Fidélité :

... toutes les personnes bien pensantes en ont été profondément affligées en cette circonstance, et nous avons cru qu'il était de notre devoir de réagir : nous n'avons cependant encore rien fait, nous avons voulu savoir auparavant si peut-être Votre Grandeur ne jugera pas le mal assez grand et assez universel pour que l'Episcopat belge donne une instruction, ou fasse une démarche qui arrête ce mal, qui va se propager de plus en plus, que peut-être comme sous le gouvernement hollandais on finira par exiger qu'on soit francmaçon pour obtenir un emploi.

C'est à la suite de cette lettre que Mgr. Sterckx rédigea le projet de ce qui allait devenir la fameuse circulaire épiscopale.

(source : l'ouvrage - entièrement consultable sur le web - de Guy Schrans, Vrijmetselaars te Gent in de XVIIIde eeuw, publié par Het Liberaal Archief, p. 387)

Au cours de cette cérémonie, Franz Faider critiqua l'orangisme ; à ses yeux, un maçon orangiste se rabaisse au point de mendier un joug étranger et trouve quelque plaisir à vivre sous d’autres lois que celles de ses frères. (source : l'article d'Anaïs Maes Freemasonry as a Patriotic Society ? The 1830 Belgian Revolution).

La Fidélité tomba en sommeil en 1854.

Ce dernier couplet fait évidemment allusion à Stassart, Grand Maître du Grand Orient de Belgique. Et les références suivantes permettent d'en comprendre les quatre derniers vers.

Stassart avait publié en 1818 une première édition de son recueil de fables, qu'il allait enrichir par la suite et qui connaîtrait un grand succès, étant notamment traduit en hollandais, en allemand, en suédois et même en provençal (sous l'Empire, il avait été préfet du Vaucluse, où il s'était marié) ... ainsi qu’en patois liégeois et namurois.

L'une de ces fables, intitulée Le Pinson roi, brocardait une des maladresses par lesquelles l’autoritarisme du roi Guillaume allait provoquer dans l'opinion belge un mécontentement croissant, qui allait aboutir aux événements de 1830 : l’imposition de l’emploi de la langue hollandaise dans les actes publics. En voici le texte :

J'ai lu qu'en Allemagne ou bien en Italie ...
Le lieu n'importe, mes amis ;
Un nom facilement s'oublie.
Bref, j'ai lu qu'en certains pays
Je ne sais quelle fantaisie
Prit aux oiseaux : ils élurent pour roi
Maître Pinson. Fier du pouvoir suprême,
Croyant servir l'honneur du diadème,
Dans ses États il proscrivit l'emploi
(Dût-on ne lui parler qu'avec un interprète)
De toute langue étrangère aux pinsons :
Ainsi du rossignol, de la douce fauvette,
On n'entend plus les aimables chansons.
Pour réussir aux champs, à la cour, à la ville,
Il fallait de sa majesté,
Ce qui n'était pas trop facile,
Que le fausset fût imité.
Du roi la bizarre ordonnance
Conduisait aux honneurs la médiocrité ;
Le mérite par là se trouvait écarté.
On rit d'abord de tant d'impertinence,
Mais bientôt les meilleurs esprits
Dirent de toutes parts : « Quoi ! Sommes-nous conquis ?
Et doit-on nous traiter avec cette arrogance ? »
Le mécontentement sur tous les points gagna...
Du monarque adieu la puissance !
Sur les seuls pinsons il régna ;
Il vit tomber son trône en décadence,
Fauvettes, rossignols, chez le cygne voisin
S'en vont jouir du droit de rompre le silence.
Hélas ! qu'importe au souverain
Si l'on parle allemand, français, grec ou latin,
Pourvu qu'on soit soumis à son obéissance !
C'est ainsi qu'en jugeaient Louis ou Charles-Quint ;
Mais de ces rois prudents on en compte un sur vingt :
Ils sont plus rares qu'on ne pense.

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