Cantique 

adressé aux Frères nouvellement initiés

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Ce cantique figure aux pp. 25-7 du recueil d'Honoré. Nous n'en avons pas trouvé d'autre édition.

On remarque, aux notes des 2e et dernier couplets, combien l'auteur est sensible aux mythologies, répandues par Ramsay dans son fameux discours, qui faisaient des Croisés (protagonistes des guerres ici appelées Saintes) les fondateurs de la maçonnerie. 

Mais tous les thèmes plus classiques du chansonnier maçonnique du XVIIIe sont également énumérés dans ce cantique, dans un style qui littérairement nous semble assez faible.

Pierre Guérin de Montaigu, cité au dernier couplet, fut le supérieur de l'Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem.

Honoré étale ici, comme à son habitude, son goût immodéré pour les abréviations maçonniques (avec trois points alignés), y compris les plus inusuelles telles que (au dernier couplet) ba... de p... (pour ba[rils] de p[oudre], ce qui est le terme consacré pour bouteilles de vin).

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C A N T I Q U E

 

Adressé aux Frères nouvellement initiés.

 

Air : Elle aime à rire, elle aime à boire, elle aime à chanter comme nous.

 

Frères, admis à cette Loge, 
Daignez écouter mes leçons 
Des vertus qui font les Maçons,
Elles vous offriront l'éloge :
Eloignons d'ici le poison
De ces couplets nés de l'ivresse ;
Nous ne chantons que la sagesse,
Et pour égayer la raison.

 

De la bravoure & du courage
Naquit notre fraternité (1),
Cette noble intrépidité, •
Des vrais Maçons est l'héritage :
(A tous les Frères
Consacrons-la dans nos chansons.
Des héros gardons la mémoire,
Et pour en célébrer la gloire,
Faisons grand feu de nos canons.

(1) L'Histoire des guerres Saintes.

 

Nous ne pouvons, comme nos pères,
Nous signaler dans les combats ;
Mais nous affrontons le trépas
Pour la défense de nos frères ;
Ne regrettons point les moissons
Que l'on fait aux champs de Bellone ;
La palme que l'amitié donne
Est un prix digne des Maçons.

 

D'un Frère accueillir l'indigence,
Adoucir ses calamités,
Sont ici des faits plus vantés
Que les exploits de la vaillance.
(A tous les Frères)
Pour nous, quoi de plus glorieux
Que cette pieuse assistance !
L'humanité, la bienfaisance,
Rapprochent les Maçons des Dieux.

 

Dans ce temple quelle harmonie !
C'est l'asile heureux de la paix ;
Il est impénétrable aux traits 
De l'odieuse calomnie ; 
Nous y bravons en sûreté
Le souffle empesté de l'envie :
Voit-on ce fléau de la vie
Naître au sein de l'égalité.

 

La médisance & la satyre,
N'y souillent point nos entretiens ;
Nous n'y cherchons que les moyens,
Et de plaire & de nous instruire :
Nous y retenons la gaieté, 
Qui ne blesse point la décence ;
Et nous y plaçons la prudence
A côté de la liberté.

 

Nous y fêtons la tempérance ;
Elle préside à nos repas, 
Et nous opposons aux débats,
La charité, l'obéissance : 
Sans cesse ici nous exaltons,
De nos préceptes l'excellence ;
Les pratiquer avec constance, 
Est le triomphe des Maçons.

 

(A tous les Frères)
Témoignons, amis, notre zèle, 
Au Maître qui règne en ces lieux ; 
Sage, sensible & généreux,
Il est des vertus le modèle :
Pour ce Montaigu (1) des Maçons 
Epuisons nos barils de poudre,
Et que l'éclat que fait la foudre
Le cède au bruit de nos canons.

(1) Guérin de Montaigu, Français, Grand Maître des Chevaliers de St. Jean de Jérusalem, en 1206, & qui donna par ses vertus, encore plus d'éclat à sa maison & à sa dignité, qu'il n'en avoit reçu d'elles.

 

                      Par le Très Cher Frère Courteil de Maupas.

L'auteur

Nous n'avons trouvé aucun détail biographique sur l'auteur, le Très Cher Frère Courteil de Maupas.

Celui-ci est également l'auteur de Couplets pour les Loges d'Adoption à la p. 24, et Honoré le mentionne aussi comme la personne qui lui a transmis les textes de deux autres chansons de son recueil, celles des pages 28 et 74.

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