Chanson pour la Loge des Dames

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Cette chanson, dont l'incipit est De pied en cap Minerve armée et qui est un bon exemple du ton de décent marivaudage caractérisant les Loges d'Adoption au XVIIIe, figure à notre connaissance pour la première fois - ce qui pourrait authentifier la prétention de Jarrhetti à en être l'auteur - en 1766 (pp. 90-2) dans L'orateur franc-maçon dudit Jarrhetti.

On la retrouvera (p. 54) en 1775 dans l'ouvrage L'adoption ou La maçonnerie des femmes.

Elle paraîtra encore (pp. 212-4, reproduites ci-dessous) dans le chansonnier lausannois de 1779. 

Elle se retrouvera plus tard :

Voir l'air Vous qui du vulgaire stupide (qui est un des plus utilisés par le répertoire maçonnique).

On retrouvera la même chanson en 1806 dans le recueil d'Eleusine (pp. 11-13), avec un texte retouché par endroits, le titre Couplets et ici aussi la mention comme air de Comme l'amour soyons enfants.

On la retrouvera encore (pp. 14-16) dans la Lyre maçonnique de 1812, mais sous le titre Minerve, Bacchus et l'Amour, cantique d'Adoption, avec la mention d'air Pégaze est un cheval qui porte, et aussi avec pas mal de modifications de forme (par exemple, le début devient Pallas, des Maçons adorée, / Voulut autrefois de ces lieux, / Lance en main, défendre l'entrée / A tout profane curieux).

Voir ici pour ce qui concerne l'égide (cfr couplet 3) de Minerve-Pallas-Athéna, jouant ici le rôle de Couvreur.

On découvre dans cette chanson comment et pourquoi l'Amour - qui n'était pas encore aveugle - s'est vu couvrir les yeux d'un bandeau, dont seuls les maçons ont le droit de le débarrasser ... pour lui imposer le silence à la place.

On remarquera aussi l'ingénuité avec laquelle (au dernier couplet) Bacchus est reconnu comme fréquentable pour les maçons quand il se montre prudent : on trouve là une version d'époque de la recommandation actuellement intégrée dans le radiophoniquement correct :  ... mais avec modération. Le thème de la tempérance indispensable au bon usage de l'épicurisme est effectivement une constante du chansonnier maçonnique.
 

    
   
         

  CHANSON

Sur l'air: Vous qui du vulgaire stupide.

Loge des Dames.

 De pied en cap Minerve armée,
Voulut autrefois de ces lieux 
Défendre l'approche & l'entrée,
A tout indiscret curieux.
Pendant qu'elle est sentinelle,
L'amour qui lui garde une dent,
Envoye à petit bruit vers elle
Morphée en pavots abondant.

 

 

 

La déesse qui n'est pas tendre
Prit au colet le sombre dieu ;
Qui t'envoye ici me surprendre,
C'est cupidon votre neveu,
Mon neveu ! c'est un méchant drille,
Voyez un peu la trahison ;
Mais chut ; il faut que je l'étrille
En enfant de bonne maison.

 

 

 

Soudain méditant sa vengeance
Elle s'assied dans un fauteuil,
S'étend, s'endord en apparence
Et fait semblant de fermer l'œil,
Pour donner plus de confiance
Elle a posé son casque à bas,
Tenant négligemment sa lance
Et son égide entre ses bras.

 

 

 

L'Amour & Bacchus, dieu fantasque,
Viennent, commencent par piller,
Le Dieu des vignes prend le casque
Et sur son chef le fait briller ;
L'enfant ailé d'une main sûre
Touche aussi déjà son butin,
Il s'applaudit de l'avanture
Et rit tout bas d'un air malin.

 

 

 

Mais voici bien une autre fête,
Pallas se réveille en sursaut ;
L'amour veut fuir ; elle l'arrête,
Le pauvre diable reste sot.
En vain il crie, il hurle, il beugle
C'est peu de payer de sa peau,
Il n'étoit pas encore aveugle,
On lui mit alors un bandeau.

 

 

 

Tu voulois me voir endormie
Tes yeux ne verront plus le jour,
Le caprice avec la folie
En tous lieux conduiront l'amour ;
Mais, reprit la Déesse émue,
La main d'un Franc-Maçon pourra
Oter ce bandeau de ta vue
Que sur ta bouche il posera.

 

 

 

Et vous, Monsieur le bon apôtre, 
Mais Bacchus lui parut charmant,
Le casque le rendoit tout autre ;
Ah ! lui dit-elle en l'embrassant ; 
Pareil bonnet t'est nécessaire, 
Pour couvrir la tête à l'évent 
Je t'avouerai toujours pour frère
Quand tu te montreras prudent.

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