Un Banquet fraternel à Liège en 1869 :

une évocation précoce des futurs États-Unis européens ?

 Cliquez ici pour entendre le fichier midi de cette partition, séquencé par Christophe D.

 

La Fête des tireurs étrangers

En 1869 - peut-être dans le cadre de la promotion de l'industrie locale de l'armurerie, qui a toujours été florissante dans la région - fut organisée à Liège une grandiose fête des tireurs étrangers, à laquelle participèrent notamment 1300 riflemen anglais, accompagnés par le lord-maire de Londres. 

Léopold II, récemment monté sur le trône, présida à cette occasion un banquet de 3400 couverts. 

On apprend par le Mémorial édité en 1985 par le Souverain Chapitre Charles Magnette de la PIER à Liège (p. 200) que La Loge liégeoise de la Parfaite Intelligence et l'Etoile Réunies saisit cette opportunité de se faire connaître en Europe : elle organisa le 19 septembre une Tenue extraordinaire en l'honneur des Très Chers Frères Etrangers et le Frère Brichaut offrit une médaille commémorative et des jetons de présence.  

Il faut mentionner que cet événement intervint pendant une période (de 1854 à 1879) où le Grand Orient de Belgique se trouvait en froid avec la plupart des Obédiences étrangères.

On remarque au jeton, à l'avers (ci-contre à gauche), sous le triangle avec l'oeil, le maillet et la truelle sur l'équerre et le compas à côté des armoiries de la province de Liège (comprenant le perron en haut à gauche), et, au revers (ci-contre à droite) deux mains jointes dans un triangle (voir description dans THE MEDALS OF THE MASONIC FRATERNITY, p. 33, n° XLI).

Comme l'indique son sous-titre, c'est manifestement dans ce cadre qu'a été composée la présente chanson, que nous avons trouvée (pp. 51-2) dans les Nouvelles chansons et poésies publiées à Mons par le Frère Antoine Clesse en 1888.

Sans être explicitement maçonnique (car la notion de Banquet fraternel n'est pas nécessairement spécifique à la maçonnerie), elle fait un large écho aux valeurs généralement mises sur le pavois par les maçons à l'époque : pacifisme, internationalisme, fraternité, droits de l'homme, patriotisme, lutte contre la misère et l'ignorance (l'apparente contradiction entre pacifisme et patriotisme étant adroitement éludée par l'opposition entre criminelles guerres d'agression et saintes guerres de défense).

Il est remarquable qu'elle évoque déjà la notion d'États-Unis européens (sans doute inspirée pour le vieux monde à celle d'Etats-Unis d'Amérique pour le nouveau monde).


 

            

LE BANQUET FRATERNEL.

 

 

LIÈGE, GRAND TlR INTERNATIONAL, 21 SEPTEMBRE 1869.

 

 

Air du Credo des quatre saisons (90).

 

 

Enfants de l’Europe énergique,
Batave, Anglais, Français, Germain,
Tambours battants, de la Belgique,
Vous avez repris le chemin. (1)
Nos ennemis sont la misère,
L’ignorance, aux bandeaux épais :
Au bruit de nos armes de guerre, (2)
Chantons les oeuvres de la paix.

 

 

Gloire à Liège qui nous convie
Sur le vieux sol des grands combats,
Où la foule acclame, ravie,
Partout les citoyens soldats.
Du peuple nous portons la flamme
Sous un belliqueux attirail ;
Et nous crions, du fond de l’âme :
Honneur aux soldats du travail !

 

 

La guerre est un horrible crime
Au Caïn qui dit : J’envahis !
Elle est saintement légitime
Au bras qui défend son pays.
Ici point de sang, point d'alarmes ;
En frères donnons-nous la main :
Jurons de lutter, sous les armes,
Pour tous les droits du genre humain.

 

 

Les hommes rangés à ces tables
Représentent les nations ;
Rentrez vos griffes redoutables
Léopards, aigles ou lions.
Qu’un jour, chassant la haine immonde,
Le peuple, aux bras cyclopéens,
Inscrive aux drapeaux du vieux monde :
États-Unis européens !

 

 

Fils des Wallons, fils de la Flandre,
Nos aïeux montraient, sans fléchir,
Comment ils savaient se défendre
Et comment ils savaient mourir ;
Leur âme, aujourd’hui libre et fière,
Du haut du séjour éternel, (3)
Répand une vive lumière
Sur ce grand banquet fraternel.

Notes :

Nous avons trouvé la partition de l'air (due à Alfred Mutel, 1820-1892) à la page 90 de l'édition, dite complète en 1866, des Chansons de Clesse (c'est en effet à cet ouvrage de 1866 que renvoie le n° 90 mentionné en 1888) ; on la voit ci-dessous (le texte est celui d'une autre chanson de Clesse, Une immoretelle), au centre entre deux vues de l'édition originale :

        

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