Antoine CLESSE

En cliquant ici, vous entendrez la célèbre (elle s'entend encore fréquemment dans les sociétés estudiantines et folkloriques) chanson La Bière, dont Clesse est l'auteur des paroles et de la musique, dans un fichier midi emprunté à une page du site de la chorale de l'ULB, site qui en donne également une partition, dont l'original est visible ici.

 

Antoine CLESSE (1816-1889) est un chansonnier qui mérita le surnom de Béranger montois

Dans son petit dictionnaire, le site de la ville de Mons (Hainaut, Belgique) le présente ainsi :

Chansonnier, compositeur, armurier, il se servit de son art pour développer les idées à connotation sociale, la défense de l’ouvrier, de l’artisan.

il est mentionné en 1887 dans La Belgique Maçonnique (ouvrage qui n'est pas toujours considéré comme fiable) comme Antoine Clesse - chansonnier; mais aussi dans le Dictionnaire maçonnique et liste des maçons célèbres de Maurice Cock. Paul Delsemme lui consacre une page dans son ouvrage Les écrivains francs-maçons de Belgique.

On sait qu'il fut membre de la Loge montoise de la Parfaite Union, à laquelle, avec le compositeur Hippolyte Héro, il dédia en 1851 l'hymne La Lumière ! dont il avait fait le texte.

Le 24 juin 1854, le Grand Orient de Belgique célébra une grande fête solsticiale nationale pour saluer le retour sous les drapeaux de l'Art royal belge des Loges de la Parfaite Intelligence et l'Etoile Réunies et des Philadelphes. A la p. 23 du Tracé de cette fête, on peut lire que, pendant l'intervalle des services du Banquet, le Frère Antoine Clesse gratifia l'Assemblée d'une de ses belles compositions lyriques. Celle-ci, qui est intitulée Les petits airs et les petites chansons, y est même reproduite, et cela permet de voir qu'il s'agit d'une chanson qui ne présente aucun caractère maçonnique.

 

Il a publié :

  • une plaquette de Poésies en 1841

  • Chansons, édition complète avec les airs notés et le portrait de l'auteur (1866 - Bruxelles-Paris-Tournai, A. Lebègue Editeur)

  • Nouvelles chansons et poésies (1888 - Maison Hector Manceaux ; c'est de ce recueil qu'est extrait le portrait ci-dessus)

Il a décrit lui-même ses chansons populaires comme contribuant à une oeuvre moralisatrice et démocratique. Dans sa chanson (1848) Ce que veut l'ouvrier, il réclamait l'instruction obligatoire et le droit de vote pour l'honnête homme qui sait lire et écrire.

Il compta Henri Conscience parmi ses amis.

En 1873, il fut nommé président d'honneur du Caveau liégeois.

On trouve quelques-unes de ses chansons dans Le chansonnier belge, choix de chansons des poëtes belges, suivi d'un choix de chansons françaises, édité à Bruxelles en 1850.

A la p. 27 de son ouvrage La musique à Mons, notice historique, Léopold Devillers écrit en 1879 :

Mons compte aujourd'hui plusieurs compositeurs dont les productions ont été favorablement appréciées ... Je dois une mention spéciale à notre illustre chansonnier M. Antoine Clesse ...

Un buste d'Antoine Clesse se trouve sur la Place du Parc à Mons. Il surplombe une statue (signée Paul Dubois), et on peut lire sur le socle : 

  • Ce monument enlevé en 1918 par les Allemands fut réédifié en 1932 par la ville de Mons, l'industrie de la brasserie (NDLR : sans aucun doute à cause de sa chanson la Bière) et ses amis.

  • la phrase (extraite du refrain de ladite chanson) : A plein verre, mes bons amis, il faut chanter la bière du pays !

  • son célèbre adage : Soyons unis !... flamands, wallons, ce ne sont là que des prénoms, belge est notre nom de famille ! 

(ces informations, ainsi que les photos ci-contre et ci-dessous, ont été empruntées à une page wikimedia, dont l'auteur est Renardeau).

Clesse et ses amis

 Anspach

Jules Anspach (1829-1879), qui fut Vénérable des Amis Philanthropes, participa, en ses qualités d'échevin de l'Instruction Publique puis de bourgmestre de Bruxelles, à la lutte de nombreux maçons belges, au cours de la seconde moitié du 19e siècle, pour un enseignement communal laïc et de qualité, ouvert à tous, programme libéral qui provoquait l'hostilité du parti catholique. 

C'est manifestement à ce que conflit que fait allusion Antoine Clesse dans ses Couplets à M. Jules Anspach, chantés en 1877 au Banquet de la Grande Harmonie après qu'Anspach ait placé un de ses toasts sous l'invocation de notre ancienne amitié, et particulièrement dans le couplet suivant :

Il faut ici s'aimer les uns les autres ;
C'est avant tout l'humble que je défends,
Disait un jour le Christ à ses apôtres
Qui, loin de lui, repoussaient les enfants.
Nous demandons, forts de cette parole,
Afin qu'ils soient d'utiles citoyens,
Qu'aux malheureux partout s'ouvre l'école.
Mon Cher Anspach, nous sommes bons chrétiens.

On voit que, même s'ils avaient été mis à l'index 40 ans plus tôt par leurs évêques, les maçons belges restaient persuadés que leur programme humaniste faisait d'eux des bons chrétiens s'inspirant du message évangélique - et peut-être plus que leurs adversaires.

détail du monument Anspach à Bruxelles (image empruntée au site les francs-maçons belges)

Lachambeaudie

Pierre Lachambeaudie (1806–1872) a dédié à Clesse - qu'il a sans doute rencontré au cours de son exil à Bruxelles après la révolution de 1848 - une chanson, intitulée LES CHANSONS ET LES FUSILS D'ANTOINE CLESSE, qui figure aux pp. 516-8 de ses Fables et poésies, et dont voici quelques extraits (il est vraisemblable que l'air soit celui de la faridondaine) :

A Mons il est un armurier
Bon, jovial, honnête;
Si le sort le fit ouvrier,
Le ciel l'a fait poète.
Il forge de bonnes chansons.
La faridondaine, la faridondon.
Et forge aussi de bons fusils.

Loin de ne suivre sans retour
Qu'une verve insensée, 
Il consacre au travail le jour,
La nuit à la pensée. 
Pour la gloire il fait des chansons
Et pour vivre il fait des fusils.

Du progrès fixant le flambeau
Qui brille devant l'Arche,
Avec la lyre et le marteau
Vers l'avenir il marche. 
Fils du progrès par ses chansons,
Il l'est autant par ses fusils.

On ne dira pas en parcourant ce livre : ce sont les chansons d'un grand poète ;
j'espère qu'on pourra dire : ce sont les chansons d'un honnête homme.

Antoine Clesse, 1866

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