Le bon Samaritain (Chatelain, version 1823)

Cliquez ici pour entendre la ligne mélodique (partie vocale, sans l'accompagnement) de l'air, séquencée par Christophe D.

Ce cantique (chanté en fin 1823 à la Loge des Artistes et dédié à son Vénérable Cuvelier de Trie) reprend le thème de la célèbre parabole évangélique éponyme. Il a été mis en ligne par la BNF.

Il est l'oeuvre de deux maçons fort jeunes (22 ans tous les deux, puisque nés en 1801) : Chatelain pour le texte et Guillion pour la musique. Ce n'est qu'une de leurs nombreuses collaborations, ce sont d'ailleurs d'excellents amis.

12 ans plus tard, Chatelain confiera le même texte à un autre compositeur.

Chatelain

L'auteur de ce cantique, J. F. Chatelain, est présenté, dans la version publiée en 1839 et dans d'autres couplets en 1836, comme : Vénérable d'honneur de la Loge parisienne de la Trinité, 30e, et député au Grand Orient de Loges de Bordeaux (où il avait résidé) et de Blois ainsi que (en 1836) de la sienne propre. 

Il s'agit du Chevalier Jean Baptiste François Ernest de CHATELAIN (1801-1881), poète, écrivain, journaliste et publiciste, auteur de nombreux ouvrages publiés en France et en Angleterre, où il publiait en 1825 l'hebdomadaire Le Petit Mercure (devenu en 1826 le Mercure de Londres) et où il s'établit définitivement en 1842 (il fut d'ailleurs naturalisé anglais en 1848) ; bon nombre sont consultables via la BNF ou Google.

Nous n'en avons trouvé de biographie qu'en langue anglaise, jointe à celle de son épouse Clara de Pontigny (1807–1876), auteur et compositrice. 

Esprit indépendant (en 1831 à Bordeaux, il avait été condamné à 6 mois de prison pour délit de presse), il fut un ami de Victor Hugo et un fervent républicain, qui se montra dans son recueil Ronces et Chardons aussi critique envers Napoléon III (le plus grand criminel des temps anciens et des temps modernes ; dans le Verrou en 1875, il le qualifie de Chenapan III) qu'envers le pape Pie IX (cet imposteur s'intitulant vicaire de Dieu).

On connaît également de lui des couplets chantés à la Loge de la Trinité le 21 décembre 1836.

ci-contre : l'agressif frontispice de Ronces et Chardons.

Le texte du cantique manifeste déjà ce qui deviendra une des caractéristiques de Chatelain : la détestation pour l'hypocrisie et le pharisaïsme. A cette époque, on verra souvent les maçons exprimer une profonde religiosité tout en soutenant que la maçonnerie est plus fidèle que l’Église au message évangélique : cette idée est déjà ici en filigrane.

LE BON SAMARITAIN.

CANTIQUE MAÇONNIQUE,

chanté à la fête d'ordre de la Loge des Artistes

Orient de Paris le 30 décembre 1823 (Ere Vulgaire)

Paroles du Frère J. F. Chatelain

Musique du Frère Albert Guillion

dédié au Vénérable d'honneur Cuvelier de Trie, chevalier de la légion d'honneur.

 

En passant, un prêtre, un lévite, 
S'éloignent d'un pauvre mourant ; 
De Samarie un prosélyte 
Le ranime en le secourant. 
Seul, dans les trois, de la souffrance 
Il se montre le vrai prochain. 
Gloire au mortel que bénit l'indigence ! 
Honneur au bon Samaritain !

Du bon pasteur de l'Évangile 
Telle est l'admirable leçon ; 
Chaque jour, la suivre, docile, 
Est le devoir du franc-maçon. 
Jésus louait la bienfaisance ; 
Du maçon le cœur est humain. 
Gloire au mortel que bénit l'indigence ! 
Honneur au bon Samaritain !

Certain lévite recommande 
Le précepte d'un ton divin ; 
Mais il refuse son offrande 
Au moribond sur un chemin. 
Sa redoutable intolérance 
Damne sans pitié le prochain. 
Gloire au mortel que bénit l'indigence ! 
Honneur au bon Samaritain !

Le culte de la tolérance 
Est le principe de tout bien,
Et celui de la bienfaisance 
Des maçons forme le lien. 
Si le Pharisien s'en offense, 
Répétons-lui notre refrain : 
Gloire au mortel que bénit l'indigence ! 
Honneur au bon Samaritain !

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