Cuvelier de Trye

 

Antoine CUVELIER de TRYE (1766 - 1824) est surtout connu comme littérateur. Même s'il rencontra de grands succès en son temps, il n'a pas laissé de souvenir marquant dans l'histoire de la littérature, et est aujourd'hui totalement oublié.

Son souvenir dans l'histoire de la musique est encore plus évanescent. Mais, comme (voir ci-dessous), on lui attribue  la musique de quelques-unes de ses romances (ce que confirme, voir ci-contre, une de ses chansons maçonniques, présentée ici), nous pouvons le considérer - même si ce n'est pas à titre principal - comme compositeur et donc lui faire une place sur ce site.

Cuvelier est également l'auteur - mais cette fois sur une musique, non de lui-même, mais d'Alexandre Piccinni - du texte d'une autre chanson également visible sur le site Chansons et chansonniers maçonniques, la Tolérance.

C'est précisément sur une musique du même Piccinni qu'il a écrit le mélodrame en trois actes, en prose et á grand spectacle intitulé Le vieux de la Montagne ou Les Arabes du Liban.

C'est sans doute son goût (qu'il a communiqué à sa Loge) pour l'égyptomanie qui lui a inspiré sa Bataille d'Aboukir ou son mimodrame historique et militaire en deux actes intitulé La mort de Kléber ou Les Français en Égypte.

Cuvelier est également le fondateur en 1801, avec d'anciens membres de l'expédition d'Egypte, de l'Ordre sacré des Sophisiens, Ordre très égyptomaniaque. Cet Ordre comprenait 3 degrés (aspirant, initié, membre des Grands Mystères) mais n'était accessible qu'aux maîtres maçons, comme l'expriment en termes fleuris ses Règlements (datés de la Grande Pyramide, l'an 15509 de l'ère des Sophisiens) : Nul, dans les pyramides de la République française, n'est aspirant s'il ne connaît l'acacia.

Contagion de l'orgueilleuse prétention du système impérial ? Les années de l'Empire sont bien, avec les débuts de l'égyptomanie maçonnique, avec l'Ordre royal militaire, religieux et hospitalier du Saint-Sépulcre de Jérusalem de l'ineffable Chevallier, ou encore avec l'Ordre du Temple de Fabré-Palaprat - sans même parler de la fondation du REAA - celles de l'inflation des délirantes imaginations mythiques et des titres ronflants ...

Voici ce que dit de lui Bésuchet :

CUVELIER DE TRIE (Jean-Guillaume-Auguste), auteur dramatique, naquit à Boulogne-sur-Mer en 1766. Il fut d'abord avocat dans sa ville natale ; puis, par suite de la révolution, il fut employé dans les administrations publiques, et entra comme hussard dans la garde du premier consul Bonaparte ; il parvint au grade de capitaine de première classe commandant des guides-interprètes. Sa santé s'étant affaiblie, il quitta le service et se livra exclusivement aux compositions dramatiques. De 1793 à 1824, il a fait représenter cent dix pièces, comédies, drames, prologues, pantomimes, mélodrames et ballets ; très peu de ces productions ont été faites en société avec d'autres littérateurs : le nom de Cuvelier est célèbre aux petits théâtres, où on lui a donné le surnom de Corneille des boulevards. C'était aussi un homme d'esprit, et on remarque de jolies poésies dans le recueil qu'il a publié. Fondateur et premier vénérable de la loge des Frères Artistes, en 1802, il a rendu des services à l'ordre en consacrant un temple nouveau qui n'a pas cessé d'être remarquable, soit par les doctrines qui y sont professées, soit par les honorables membres qu'il a admis à la lumière, ou affiliés. Cuvelier est mort à Paris le 25 mai 1824.

Fayolle, dans la Biographie universelle, ancienne et moderne, est moins clément à son égard :

CUVELIER de Trye (JEAN-Guillaume-Antoine), qu'on a appelé le Crébillon du mélodrame, comme un de ses rivaux en était surnommé le Corneille, naquit le 15 janvier 1766, à Boulogne-sur-Mer, où il était avocat avant la révolution. Il en adopta les principes avec beaucoup de chaleur, fut nommé, en 1793, commissaire dans les déparlements de l'ouest, puis employé dans l'administration des armées. En 1804, Bonaparte, projetant une descente en Angleterre, décréta la formation de guides interprètes à qui la langue anglaise serait familière, et Cuvelier partit pour Boulogne, avec le titre de commandant en chef de cette compagnie. Le camp de St-Omer quitta brusquement le blocus de l'Angleterre, et devint l'avant-garde de la grande armée. Cuvelier, voyant sa compagnie licenciée, vint a Paris, en 1806, remplir les fonctions de sous-chef dans les bureaux de la commission d'instruction publique, et composa un grand nombre de mélodrames pour les boulevards. Ce dramaturge n'avait alors pour rival que M. Guilbert de Pixérécourt. Depuis il s'est livré au genre du roman, mais avec moins de succès. Il est mort a Paris le 27 mai 1824. Les titres de ses divers mélodrames et pantomines, qu'on ne joue plus , et qui ne reparaîtront sans doute jamais, se trouvent dans les Annuaires dramatiques. II serait inutile et fort long de les donner. Quant au style de ces pièces, on peut s'en former une idée, d'après les phrases suivantes : La bienfaisance est un coupon de la vertu ... L'oreiller du crime est bourrelé de remords. Un brigand dit en a parte: Feignons de feindre, pour mieux dissimuler ! - Voici la liste des romans de Cuvelier : I. Damoisel et bergerette, historiette du XVe siècle, 1795, 1 vol. in-8°. II. Nouvelles, contes , historiettes, anecdotes, mélanges, 1802, 2 vol. in-8°. III. Le bandit sans le vouloir et sans le savoir, 1809, 3 vol. in-12. On lui attribue encore plusieurs ouvrages lyriques, et la musique de quelques-unes de ses romances.

En 1825, l'Almanach des Spectacles lui a consacré la notice nécrologique suivante :

Jean-Guillaume Cuvelier de Trie naquit à Boulogne-sur-mer, le 15 janvier 1766 ; dès sa plus tendre enfance, il manifesta un goût décidé pour l'honorable profession des armes. Il avait à peine atteint sa douzième année, que son père, militaire respectable, se le fit adjoindre comme garde d'artillerie d'Ambleteuse. Bientôt il vint à Paris, pour y faire ses études au collège des Grassins.

En 1789, Cuvelier, reçu avocat au barreau de Boulogne, fut plus d'une fois conseillé de suivre cette honorable carrière, qu'un extérieur noble et distingué, et les dispositions les plus prononcées, semblaient l'appeler à parcourir avec succès ; mais entraîné par ses premiers penchans, il préféra le mousquet à la plume, et reçut le grade de capitaine de la garde nationale de Boulogne. Il n'avait alors que vingt-trois ans ; brûlant du désir de revoir Paris, il y revint en qualité de député de sa ville natale. Il fut tour à tour, simple grenadier de la garde nationale de Paris, commissaire dans les départemens de l'Ouest, sous-chef à l'instruction publique. Il reprit encore l'uniforme comme hussard du premier consul, servit à la deuxième armée du réserve en Suisse et dans les Grisons, ensuite à l'armée du Rhin. Ayant été licencié, il se livra à des travaux littéraires. Le 15 prairial an XII, nommé capitaine de première classe, commmandant les guides interprètes, il fit les campagnes les plus pénibles de Prusse, et de Pologne. Les fatigues de ces campagnes ont été la cause de ces douleurs aiguës qu'il a ressenties depuis et malgré lesquelles il conserva pendant plusieurs années ce calme, cette gaîté et cette douce philosophie qui rappelaient le beau côté de Scarron.

Cuvelier consacra les trop courts intervalles que lui laissait la souffrance, à cultiver le commerce des lettres et de l'amitié.

La mort d'une fille chérie lui porta un coup funeste ; et lorsqu'avec le mois de mai revint le fatal anniversaire, il voulut chanter son malheur, ce fut le Chant du cygne !...

Il laisse une veuve inconsolable et sans fortune ; ses amis et ses frères de la loge dont il était vénérable honoraire, ont donné dans la salle de la Redoute, rue de Grenelle, une fête funèbre en son honneur.

Le nombre de ses pièces s'élève à plus de 110. La première (le Codicile, comédie), fut jouée en 1793, au théâtre Montansier. Il a aussi publié trois romans, dont il a fait ensuite des pantomimes. On cite encore comme un modèle, dans ce genre, la Fille hussarde ou le Sergent suédois. On le regarde comme le créateur du mélodrame.

Ses nombreux liens, mentionnés ci-dessus, avec sa ville natale de Boulogne-sur-Mer, expliquent qu'il ait été en 1817 le député de la Loge de cette ville, St-Frédérick des Amis Choisis.

Un de ses cantiques obtint en 1806 un accessit au concours de Littérature Philanthropique et Maçonnique organisé par la Loge de Calais.

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