Couplets de Pain 

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Au XIXe comme au XVIIIe, il arrive occasionnellement qu'on trouve des chansons maçonniques dans un recueil profane.

C'est bien le cas avec cette chanson de Joseph Pain, qui est, avec celle-ci, une des deux chansons maçonniques apparaissant en 1808 (pp. 162-6) dans le Chansonnier du Vaudeville.

Les Dîners du Vaudeville constituaient une Société apparentée au Caveau, dont les publications poétiques étaient régulièrement imprimées, par exemple sous le titre éponyme, ou sous celui Choix des Dîners du Vaudeville ou encore, comme ici, le Chansonnier du Vaudeville.

 

Pain multiplie ici, dans le style (alors fréquent) du  ... tartinage de culture, les références historico-biblico-mythologiques, en commençant par Amphion, personnage fort prisé en ce temps, et en continuant par l'attribution, très à la mode à cette époque, de la qualité maçonnique à quelques grands hommes de l'antiquité

Le couplet 2 montre que, comme au XVIIIe, l'égalité restait considérée comme une caractéristique majeure de la maçonnerie.

Anderson nous l’avait pourtant fait comprendre dans ses Constitutions : Adam, notre premier Père, créé à l'Image de Dieu, le Grand Architecte de l'Univers (ndlr : en 4.004 avant J.-C.), doit avoir été le premier maçon. Pain prouve au couplet 5 qu'il ne doit pas l'avoir lu.

La chanson ne peut évidemment (cfr couplet 7) se terminer sans l'obligatoire manifestation de dévotion à l'omniprésent Cambacérès, auquel le même Pain consacrera encore des couplets particulièrement serviles, parus dans la Lyre de 1812 à l'occasion de son anniversaire.

Voir ici sur l'air J'aime ce mot de gentillesse (air que Pain utilise également dans sa pièce La chaumière moscovite en 1808).


              
    
       

        

COUPLETS

 

Chantés à l'un des Banquets de la Loge de l'Athénée.

 

Air : J'aime ce mot de gentillesse.

 

1. 

Aux maçons j'ai voué ma lyre,
Je t'invoque, aimable Amphion,
Et toi, Dieu de l'humide empire,
Qui bâtis les murs d'Ilion.
Mais hélas ! Boileau m'inquiète,
J'entends sa terrible leçon,
Je crains de n'être pas poëte
Et je suis sûr d'être maçon.

 

 2.

Ces grands philosophes naguère
Tant commentés, si peu compris
A l'égalité sur la terre
Consacroient leurs nobles écrits ;
Son règne heureux parmi nous brille.
Frères, nous l'avons conservé,
Et nous jouissons en famille
Du bonheur qu'ils avoient rêvé.

 

 3.

Parmi vous étoit plus d'un frère,
Grands hommes de l'antiquité.
Socrate voyoit la lumière
En prêchant l'immortalité ;
Horace, divin métromane,
Tenoit loge au sacré vallon ;
Quand il dit : Loin d'ici, profane,
On voit bien qu'il étoit maçon.

 

 4.

Frondez nos signes maçoniques,
Profanes qui les ignorez,
Et nos épreuves symboliques
Et tous nos mystères sacrés.
Lorsque nous soulageons un frère
A qui souvent vous dites : non :
Nous avons encore un mystère,
Et c'est celui de notre nom.

 

 5.

Sobriété, c'est la devise
De tous les francs-maçons ; ainsi
Ce n'est donc pas la gourmandise,
Mais l'amitié qui règne ici.
Il fut gourmand le premier homme ;
Moi, mes frères, j'ai le soupçon
Qu'il n'auroit pas croqué la pomme,
Si Dieu l'avoit reçu maçon.

 

6. 

De voyageurs jouons le rôle,
Et, si le hasard nous conduit
A cette extrémité du pôle
Obscurci par six mois de nuit,
Du grand astre qui nous éclaire
Rendons les bienfaits aux Lapons ;
Amis, portons-leur la lumière ;
En les recevant tous maçons.

 

 7.

Quel transport votre nom fait naître !
O vous, notre chef bien-aimé (1),
Vous que l'on nous donna pour maître,
Et que nos coeurs auroient nommé.
Nul profane ici ne partage
Les voeux que nous vous adressons ;
Mais, pour vous offrir leur hommage,
Tous les Français sont des maçons.

 

 8.

D'une réunion parfaite
Pour mieux savourer les douceurs,
Rendons la famille complète,
Frères, il nous manque des Soeurs.
Nous fêtons des Dieux d'importance ;
Dans nos banquets le Dieu Comus,
En Loge le Dieu du Silence ;
Mais par-tout adorons Vénus.

 

 

( 1 ) S. A. S. le Prince Cambacérès, Grand-Maître de l'ordre.

 

 

                                       Joseph Pain.

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