Cantique (pour Cambacérès)

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Ce cantique, qui figure (pp. 295-6) à la Lyre de 1830, est repris - comme c'est le cas de nombreuses chansons de ce recueil - d'une publication antérieure : la Lyre maçonnique de 1812 (pp. 213-5).

Il est un témoignage supplémentaire du fait que le culte de la personnalité envers Napoléon s'étendait également aux créatures que celui-ci avait désignées pour contrôler la maçonnerie.

Jean-Jacques Régis Cambacérés (Montpellier 1753 - Paris 1824), duc de Parme, successivement conseiller à la Cour des comptes du Languedoc, conventionnel, ministre de la Justice, deuxième consul, président du Conseil d'Etat, archi-chancelier, est surtout connu par son oeuvre de législateur.

Homme de confiance de Napoléon, et maçon actif (initié à Montpellier, selon les sources en 1772 à Saint-Jean du Secret et de l’Harmonie ou en 1779 à la Loge Ancienne et de la Réunion des Élus, dont il fut en tout cas membre à partir de cette date), c'est à lui que celui-ci confie la supervision de la maçonnerie pour s'assurer sa fidélité et son loyalisme, conditions de son (officieuse) autorisation. 

Il cumulera donc les plus hautes fonctions dans tous les corps maçonniques, du Grand Orient de France (dont il est Grand Maître-adjoint de 1806 à 1815, en suppléance du Grand Maître titulaire Joseph Bonaparte) au Suprême Conseil du REAA (dont il est, comme l'indique une médaille, Souverain Grand Commandeur), en passant par d'autres organes moins importants (Hérédom, Rite Ecossais Philosophique, Rite Primitif, RER). Il est aussi le dédicataire des Annales maçonniques de Caillot et y bénéficie à ce titre d'un hommage signé Acrin.

On lira avec intérêt l'article de Jacques Declercq, Cambacéres, archichancelier et franc-maçon.

D'autres cantiques honorant Cambacéres font l'objet d'autres pages du présent site (par exemple 1, 2, 3, 4, 5, 6).

 

Cambacérès vu par Clavel

Voici ce qu'en dit Clavel dans son Histoire pittoresque de la franc-maçonnerie et des sociétés secrètes (p. 243) :

... De tous ces hauts personnages, le prince Cambacérès était celui qui s'occupait le plus de maçonnerie, soit qu'il voulût remplir en conscience les fonctions de surveillant qui lui avaient été assignées par l'empereur, soit qu'il fût animé d'un véritable zèle pour cette institution. Il présidait toutes les fêtes du Grand-Orient et en dirigeait les travaux de table. Il signait toutes les constitutions de loges et même les simples diplômes. Il prenait connaissance de toutes les opérations du Grand-Orient, et il se montrait accessible à tous les frères qui avaient à élever des réclamations ou à demander des secours. Il s'attachait à rallier à la maçonnerie tout ce qu'il y avait en France d'hommes influents par leur position officielle, par leurs talents ou par leur fortune : il les réunissait souvent dans une loge qu'il avait fait disposer pour cet usage particulier, dans le faubourg Saint-Honoré ; et il accordait une préférence marquée au rite écossais ancien et accepté, dont les qualifications pompeuses favorisaient la tendance monarchique que l'empereur s'efforçait d'imprimer au pays. La part qu'il prenait aux affaires de la franc-maçonnerie, les services personnels qu'il rendait à beaucoup de frères, l'éclat qu'il répandait sur les loges, en amenant à leurs séances, par son exemple et par ses sollicitations, tout ce qu'il y avait d'illustrations militaires, judiciaires et autres, contribuèrent puissamment à la fusion des partis et à la consolidation du trône impérial. En effet, sous son administration active et brillante, les loges se multiplièrent à l'infini ; elles se composèrent de l'élite de la société française ; elles devinrent un point de réunion pour les partisans du régime existant et pour ceux des régimes passés. On y célébrait la fête de l'empereur ; on y lisait les bulletins de ses victoires avant qu'ils fussent rendus publics par l'impression ; et d'habiles gens y organisaient l'enthousiasme, qui graduellement s'emparait de tous les esprits.

Voir la partition.

Il s'était fait connaître comme auteur dramatique et librettiste avec un proverbe en un acte (1799) intitulé Il faut un état ou la revue de l'an six (en coopération avec François Léger et Eugène Buhan). Sous l'Empire, il produisit avec Bonnafond des comédies mêlées de vaudevilles comme Le vin, le jeu et les femmes, ou les trois défauts (1805) et Roquelaure (1806).

En 1811, Napoléon, en visite aux Pays-Bas avec l'Impératrice, l'emmena dans ses bagages (ainsi que Talma) pour organiser à Amsterdam la représentation d'un vaudeville en l'honneur de Leurs Majestés.

Après la Restauration il continuera à mettre sa plume au service du pouvoir (le Journal politique et littéraire de Toulouse et de la Haute-Garonne écrira qu'il a donné aux Bourbons des preuves multipliées de zèle et de dévouement) en publiant en 1820 un Eloge historique de son Altesse Royale Charles-Ferdinand d'Artois, Duc de Berry, Fils de France et La nuit et la journée du 29 septembre 1820, ou détails authentiques de tout ce qui s'est passé le jour de la naissance de Monseigneur le Duc de Bordeaux ; dédié aux Bordelais et en présentant en 1821, sur une musique de Boieldieu et Berton, Les arts rivaux, intermède exécuté le jour de la fête offerte par la ville de Paris à S. A. R. Monsieur et à LL. AA. RR. Mgr. le duc d'Angoulême, Madame et Madame, duchesse de Berry. Cela lui vaudra, de 1822 à 1827, la charge de censeur théâtral.

En 1830 il publiera Des Moeurs, des Lois, des Abus, tableaux du jour, précédés de la vie de M. de Montyon, dont le chroniqueur du Globe écrira : M. de Chazet a-t-il été plus heureux en traçant l'éloge historique de M. de Montyon ? Il apprendra quelque chose à ceux qui ne savent rien à ce sujet ; je ne puis en conscience le louer davantage.

En 1837, il publie encore Charles X, esquisse historique et des Mémoires, souvenirs, oeuvres et portraits.

  • Désaugiers (La Statue de Henri IV, ou la Fête du Pont-Neuf, tableau grivois en 1 acte, 1818 - Les Poètes en voyage, ou le Bouquet impromptu, vaudeville en 1 acte, 1813 - Le Mot de l'énigme, vaudeville en 1 acte, 1803 - Un dimanche à Passy, ou M. Partout, tableau-vaudeville en 1 acte, 1821 - M. Partout, ou le Dîner manqué, tableau-vaudeville en 1 acte, 1819 - L'Amour et l'argent, ou le Créancier rival, comédie en 1 acte, en prose, mêlée de vaudevilles, 1803 - Chacun son tour, ou l'Écho de Paris, divertissement villageois en vaudevilles, 1816 - Le Berceau du prince, ou les Dames de Bordeaux, à-propos vaudeville en 1 acte, 1820)
  • Emmanuel Dupaty (Bayard à Mézières, opéra-comique en 1 acte, 1814 - Les Français à Cythère, comédie en 1 acte, en prose, mêlée de vaudevilles, 1798 - Les Vélocifères, Comédie-parade en un acte, mêlée de vaudevilles, 1804 - Ossian cadet, ou les Guimbardes, vaudeville en 3 actes, 1804)
  • Jacquelin (L'Ecarté, ou Un lendemain de bal, comédie en 1 acte, 1822)
  • Armand Gouffé (Philippe le Savoyard, ou l'Origine des ponts-neufs, divertissement en 1 acte et en prose mêlé de vaudevilles, 1801 - La Journée de Saint-Cloud ou le 19 Brumaire, Divertissement-vaudeville en 1 acte et en prose, 1799)
  • Henri Berton (Le Présent de noces ou Le Pari, opéra comique, 1810)

  • Spontini (L'Impromptu de Neuilly, divertissement en 1 acte, 1807)

Voici ce qu'en dit Bésuchet :

CHAZET (André-René-Balthasar Alissan de), littérateur, bibliothécaire du roi, chevalier de la Légion-d'Honneur, est né à Paris le 23 octobre 1774 - Vaudevilliste spirituel, poète gracieux, il a souvent embelli nos réunions des heureuses productions de sa muse. En 1807, il était membre de la loge de l'Amitié. Cette même année il remporta les deux prix proposés par la loge des Neuf Sœurs, par deux odes, l'une sur le travail, l'autre sur les vertus ou les lois de la maçonnerie (ndlr : ces odes furent publiées en 1808). Dans la seconde partie du concours, il eut pour concurrent M. P.-F. Tissot, suppléant de l'abbé Delille, au collège de France. Son redoutable rival n'obtint que l'accessit. M. de Chazet se montra noble confrère et digne maçon. En partageant avec lui sa couronne, il lui adressa cet impromptu :

Quand j'obtiens un double suffrage,
On croit que je suis trop payé;
Mais je prétends avoir un plus grand avantage,
Et de mon prix je vous rends la moitié
Pour gagner encor davantage.

On le trouve parmi les collaborateurs de la Lyre maçonnique en 1809, 1812 et 1813. Il est également l'auteur en 1812 d'un Hommage au Grand Maître.

Dans son riche ouvrage (avec préface de Pierre Mollier) Les francs-maçons au théâtre : de la Révolution à la Belle Epoque (Véga, 2011), François Cavaignac consacre deux pages (191-2) à Chazet.

En 1832, le Nouveau Dictionnaire des Girouettes ironise cruellement (p. 24) sur les volte-face de sa courtisanerie, citations à l'appui.

 

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