Hymne maçonnique

Cet hymne provient des pages 241-2 de la Lyre maçonnique pour 1810, qui ne donne pas d'éclaircissement sur les circonstances de sa création.

L'intérêt de cet hymne (et particulièrement de son dernier couplet Soldats Français ... partout créez des ateliers ; le nombre des bons ouvriers peut amener la paix du monde) est de montrer à quel point, sous l'Empire, l'expansion du Grand Orient de France dans les régions annexées ou conquises, particulièrement à travers ses Loges militaires, était considérée comme un instrument politique pour l'instauration de la pax gallica.

Dans le Grand Empire, les loges du GODF avaient comme double objectif de franciser les élites et de les attacher au régime impérial français. Cette volonté s'inscrivait dans un projet plus vaste : la mise en place d’un systèrne maçonnique européen gallo-centré. Cette politique n’était que l'amplification et la généralisation des vœux du GODF d’Ancien Régime. Le projet était de constituer un contre-modèle au Commonwealth maçonnique à la britannique, en créant autour du GODF des obédiences européennes satellites, tout en ne s'interdisant pas d’administrer directement des loges françaises dans divers États européens. Le but était à la fois de consolider les alliances, protectorats et associations de l'Empire français, de séduire les notabilités des pays amis, alliés ou occupés et de créer un réseau de circulation des frères et des informations à travers le continent.

Le contexte était favorable. La France napoléonienne dominait peu ou prou l'Europe.

Yves Hivert-Messeca, l'Europe sous l'acacia, Tome II (Dervy, 2012), p. 93

    

HYMNE MAÇONNIQUE.

 

Air nouveau, du Frère Marchand.

 

Long-tems, hélas ! l'horizon nébuleux 
Nous refusait un rayon tutélaire :
Ce tems n'est plus, rendons grâces aux Dieux,
Un astre pur aujourd'hui nous éclaire.

*
*  *

Toi, qui joins aux plus heureux dons
Une éloquence enchanteresse,
La plus tendre amitié te presse
De présider a nos leçons,
Ton maillet met tous les Maçons
Sous l'égide de la Sagesse.

Long-tems, hélas ! etc.

*
*  *

Amans d'un utile repos,
Venez, accourez dans ce temple ; 
La fraternité s'y contemple,
La douceur unit les rivaux ;
Et le soutien de nos travaux
De l'amitié donne l'exemple.

Long-tems, hélas! etc.

*
*  *

Soldats Français, braves guerriers,
Soyez Maçons dans votre ronde,
Aux camps, sur la terre et sur l'onde,
Partout créez des ateliers ;
Le nombre des bons ouvriers
Peut amener la paix du monde.

Long-tems, hélas! etc.

Par le Frère BALZAC.

L'auteur, Balzac, est sans aucun doute Louis-Charles Balzac (1752-1820), architecte ayant fait partie de l'expédition d'Egypte (il leva les plans de la pyramide de Khéops), poète et librettiste, membre fondateur du Centre des Amis et du Grand Sphinx, Officier du Grand Orient et de la Grande Loge Générale Ecossaise (source : l'ouvrage de Pierre Mollier et Pierre-François Pinaud, L'état-major maçonnique de Napoléon, Ed. A L'Orient, septembre 2009). On lui doit un autre Hymne maçonnique à la p. 105 du Tome 2 des Annales maçonniques de Caillot. Thory mentionne qu'il est auteur de Cantiques maçonniques, entre autres de l'hymne Taisons - nous, plus de bruit, dont M. Riguel a composé la musique.

Nous n'avons aucune raison de penser que la partition du Frère Marchand - que nous n'avons pu identifier - ait été conservée.

Le premier couplet s'adresse manifestement à une personne particulière, réputée pour ses talents d'orateur, mais qui n'est ici pas autrement identifiée : de qui s'agit-il ?.

C'est le T. 1 des Annales maçonniques de Caillot nous éclairera à ce sujet : il publie en effet (pp. 85-119) le compte-rendu de la fête pendant laquelle, au cours du concert qui a suivi la Tenue et précédé le Banquet, l'hymne a été créé. Il s'agit de la 

Fête donnée le 30 mars 1807, par la Respectable Mère-Loge Ecossaise de France, et Son Souverain Chapitre Métropolitain Écossais, à l'Orient de Paris,

A  S. A. S. Mgr. LE PRINCE CAMBACÉRÈS, ARCHI-CHANCELIER DE L'EMPIRE,

A l'occasion de son installation à la dignité de Grand-Maître dans le rit particulier professé par cet atelier.

On y lit (pp. 111-3) que, aux cérémonies et discours, 

a succédé un concert harmonieux, dirigé par les frères Marchand, Riguel [ndlr : sans doute Henri-Jean Rigel] et Naderman, dans lequel on a entendu les premiers artistes de la capitale. Un hymne maçonnique [NDLR : celui de la présente page ; il est reproduit par les Annales], dont les paroles sont du frère Balsac, et la musique du frère Marchant, a fait la plus vive sensation.

et qu'ensuite 

Les frères Laforêt, Derivis, Bennicori, Théodore, tous membres de la respectable Loge de Saint-Jean d'Ecosse du Grand Sphinx, se sont fait entendre successivement.

L'astre pur qui aujourd'hui nous éclaire en apportant le rayon tutélaire si longtemps attendu pour dissiper l'horizon nébuleux et en joignant aux plus heureux dons une éloquence enchanteresse est donc bien Cambacérés, qui, pour mieux contrôler leur dévotion napoléonienne, collectionnait les présidences de tous les rites et organismes maçonniques (dans le cas présent, il ne s'agit pas du REAA, dont il était devenu Grand Commandeur en juillet 1806 comme en témoigne une médaille, mais d'un autre parmi les divers Rites écossais rivaux) ; à chaque fois, c'était une surenchère de festivités, d'apparat, de luxe ... et de servilité.

Un autre cantique chanté le même jour, de Piis celui-là, est également consacré, mais avec plus de flagornerie encore, à Cambacérès. En sus, il est mentionné au Tracé qu'au cours de cette journée fut décidée la frappe d'une médaille commémorative ; il s'agit sans aucun doute de celle reproduite ci-dessous :

Retour au sommaire de la Lyre maçonnique pour 1810 :

Retour au sommaire des Annales de Caillot :