Chanson sur la mort de La Dixmerie

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Cette chanson, préalable à la fête funèbre pour La Dixmerie (qui était décédé le 26 novembre 1791), a été trouvée (pp. 167-8) dans l'Almanach des Grâces pour 1793.
 

Nicolas Bricaire de La Dixmerie  (1731-1791), homme de lettres français, fut un membre éminent de la Loge des Neuf Soeurs devant laquelle il prononça le 28 novembre 1778 l'Eloge de Voltaire.

Il était, selon les mots d'Amiable, un littérateur distingué, un auteur fécond. Il fut pendant six ans environ un des Orateurs de la Loge des Neuf Sœurs. C'est lui aussi qui, dans son mémoire de 1779, présenta la défense de la Loge contre des sanctions arbitraires qui lui avaient été infligées par le Grand Orient :

La Maçonnerie est une institution libre. Elle est fondée sur l'union et l'égalité ... Ce n'est pas seulement la cause d'une loge qui est présentement défendue : les Neuf Soeurs plaident pour la Franc-Maçonnerie entière. Aucun atelier n'est sûr de son existence, aucun atelier n'existe réellement, si un arrêt arbitraire et clandestin peut subitement l'anéantir ; si quelques hommes, gouvernant le tribunal dont ils sont membres, peuvent s'arroger le droit de juger sans entendre et de proscrire sans examen. L'union, la confiance disparaîtront avec la sûreté. Elles sont la base de la Franc-Maçonnerie, qui s'écroulera si cette base est détruite ...

On attribue à La Dixmerie une chanson en l'honneur de Voltaire, dont un couplet dit :

Au nom seul de l'illustre frère
Tout maçon triomphe aujourd'hui;
S'il reçoit de nous la lumière,
Le monde la reçoit de lui.

Parmi les oeuvres abondantes de La Dixmerie, on peut citer des Contes philosophiques et moraux (1765), un Éloge de Montaigne (1781) et des oeuvres satiriques.

On lui doit également un hommage à Lalande qui figure à ce site.

On pourrait évidemment s'étonner de voir mentionner les Neuf Soeurs à un moment où, presque partout en France, et particulièrement à Paris, la maçonnerie s'était mise en veilleuse. Mais on remarquera qu'il ne s'agit pas ici de la Loge de ce nom, mais bien de la Société du même nom qui avait été créée en début 1790, peu avant que la Loge se mît en sommeil. Cette Société Nationale des Neuf Soeurs, qui publiait un périodique, n'avait aucune activité maçonnique et n'était qu'un club parmi d'autres - nombreux à cette époque. Ce qui ne l'empêcha pas d'être accusée d'aristocratisme et d'indifférentisme révolutionnaire, péchés mortels à l'époque, ce qui l'amena à cesser ses activités vers fin 1792.

Sa devise était reprise de Voltaire : Qu'il ne soit qu'un parti parmi nous, Celui du bien public et du salut de tous.


C O U P L E T S

Chantés chez M. Benoît, où s'étai[en]t réunis plusieurs Membres de la Société des Neuf-Soeurs, avec leurs épouses & plusieurs autres personnes, avant d'aller à la Séance publique, où l'on devait célébrer une Fête funèbre en l'honneur de la Dixmerie.

Air : Mon père était pot

Que j'aime ce Banquet heureux
Où la gaîté pétille,
Où divers talens précieux
Ne font qu'une famille !
Que ne puis-je aussi
Contempler ici
Ce bon la Dixmerie !
Car je ne crois pas,
Moi, qu'il ait là-bas
Si bonne compagnie.

Il verrait sous ce même toit,
Se réunir les Grâces,
Et de la sensible Benoît,
Les Jeux suivre les traces.
Boizot & Laleu,
Houdon & Jussieu,
Quelle troupe choisie !
Non, je ne crois pas, 
Moi, qu'il ait là-bas
Si bonne compagnie.

Qu'est-il besoin d'aller aílleurs
Tenir notre Séance ;
Ici j'entendrai les Neuf-Soeurs ;
Que Cubières commence. (1)
Oui, j'en suis d'avis,
Ici, mes Amis,
Chantons îa Dixmerie ; (2)
Car je ne crois pas,
Moi, trouver là-bas
Si bonne compagnie.

                                              Par M. Paris.

(1) M. Cubíères devait ouvrir la Séance par l'éloge de la Dixmerie.

(2) L'Auteur y a fait exécuter une Cantate, intitulée : à Dixmerie.

Sur cette fête funèbre qui suivit, on trouve plus de détails  aux pp. 88-93 du T. 2 de l'ouvrage Les sociétés badines, bachiques, littéraires et chantantes, leur histoire et leurs travaux de Dinaux, qui publie le texte de la Cantate demandée par la Société, et exécutée dans l'Assemblée publique du 22 Janvier 1792, paroles de M. Paris (ndlr : le même que ci-dessus) de l'Oratoire, musique de M. Bonési, qui a mis en musique Amasis, Opéra posthume de la Dixmerie.

Voir la page consacrée à l'air Mon père était pot

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