Les Freimaçons

En cliquant ici, vous entendrez le fichier midi de la partition de Naudot pour un texte semblable, mentionnée ci-dessous.

Cette chanson est peut-être la plus ancienne qu'ait jamais inspirée la franc-maçonnerie, puisqu'elle serait même bien antérieure à la date de 1717 généralement considérée comme celle des débuts de la franc-maçonnerie spéculative :

Les Freimaçons

Vaudeville (1) sur un air anglois

Nul n'a pénétré
Leur signe sacré
Partout visible et partout ignoré
De toute êternité
Nos maçons ont eté
Par nos maçons le monde fut vouté
Discret et fidelle
Jamais d'une Belle
Libre maçon ne s'est vû refusé
A t-il proposé ?
Autant de toisé
(2)
A nos macons tout ouvrage est aisé 

On appréciera particulièrement la modeste phrase, fleurant bon la référence opérative : Par nos maçons le monde fut voûté.

Notre source pour cette page est (p. 40) l'ouvrage de Charles Porset, Les premiers pas de la Franc-Maçonnerie en France au XVIIIe siècle - "Le secret" (Edimaf 2000, coll. Encyclopédie Maçonnique). Le bout de papier sur lequel ce texte a été trouvé provient d'un dossier de la Bibliothèque de l'Arsenal contenant des documents saisis en 1705 chez le sieur Huchet, trafiquant de livres prohibés. L'auteur y voit - sous réserve de l'authenticité de sa datation, qui n'est pas absolument établie mais qu'il considère néanmoins comme très vraisemblable - une indication en faveur de la tradition - qu'aucun autre document n'atteste - selon laquelle une paléo-maçonnerie, jacobite d'inspiration, se serait imposée en France dès 1689.

 

Comme l'écrit (p. 36) Ch. Porset, la maçonnerie londonienne de 1717 ne fut pas une création "ex nihilo": quatre loges au moins existaient qui elles-mêmes devaient procéder de formations qui les avaient précédées...

Il est donc logique de supposer que, parmi les membres de ces loges, certains faisaient partie des partisans malheureux du roi catholique Jacques II (d'où leur appellation de jacobites), qui furent nombreux à chercher refuge en France après que celui-ci eût été chassé du trône en 1688. La tradition leur attribue la fondation en France de loges pré-andersoniennes

Comme l'écrit Pierre Chevallier dans son ouvrage Les Ducs sous l’Acacia (Vrin éd., 1964, p. 33), l'origine jacobite de l'ordre en France paraît certaine et il n'y a pas de raison particulière de douter ainsi que le rapporte G. Bord que la première loge ayant existé en France bien avant 1725-1726, fut la loge de la Bonne Foi à l'Orient des gardes écossaises du roi d'Angleterre, c'est-à-dire le régiment de Dillon et qui avait son siège à St-Germain-en-Laye. 

Chevallier cite dans ce sens une note manuscrite (1737 ?) de Bertin du Rocheret qualifiant la franc-maçonnerie de société ancienne d'Angleterre ... introduitte en France à la suitte du Roy Jacques II en 1689.

Porset donne également les commentaires suivants, qui permettent d'éclairer le texte :

(1) Précisons que le vaudeville, avant de désigner un genre théâtral où alternent dialogues et couplets chantés, désigne anciennement, comme l'indique son étymologie (voix de ville), une "chanson de circonstance qui court par la ville, et dont l'air est facile à chanter" (Littré)

(2) On dirait aujourd'hui : "l'affaire est réglée". Les maçons (opératifs) d'alors mesuraient la toise, qui valait six pieds, soit 1,949 m.

On pourra faire des comparaisons intéressantes entre le texte ci-dessus et ceux, fort voisins (surtout le deuxième), des deux chansons Nos maçons figurant :
- à la page 33 du premier recueil (1737) de Naudot
- à la page 104 du
Recueil de chansons et poésies maçonnes (1782)

ainsi qu'avec une chanson de la pièce de Clément, Les Fri-Maçons (1737).

C'est de la première que, à défaut de connaître l'air anglois mentionné, nous vous donnons l'occasion d'entendre sur cette page le fichier midi, sur la partition de Naudot.

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