Hymne héroïque 

 Cliquez ici pour entendre le fichier midi de la partie de partition visible ci-dessous, séquencé par Christophe D.

C'est dans la partie historique du très riche site de la Loge caennaise du Grand Orient de France, Union et Fraternité, que nous avons trouvé cet hymne, dont il est mentionné qu'il fut composé par le F.·. LESTRADE lors de l'inauguration solennelle du buste de S.M. NAPOLEON Ier par la Loge la Constante Amitié au solstice d'été (1805). Le site donne également d'intéressants éléments sur les circonstances de cet événement.

Il est notamment mentionné que tous les Frères ont voté unanimement pour que le buste de SA MAJESTE IMPERIALE ET ROYALE NAPOLEON LE GRAND fût placé dans le temple. Ce que le Frère SABONARDIERE, pasteur de l'Eglise Réformée, a justifié en précisant que Ce n'est pas l'introduction d'une idole dans le temple ... mais un juste hommage au bienfaiteur de la France, à celui qui en est la gloire et l'honneur, et que la providence a visiblement choisi pour conduire ses destinées. (ndlr : on lira d'autres détails sur SABONARDIERE à la p. 4 d'une conférence de B. Dutour sur l'histoire de la maçonnerie au Calvados, au site des Loges caennaises de la Grande Loge de France).

Il s'agit donc bien d'une manifestation supplémentaire du culte de la personnalité napoléonien entretenu dans la maçonnerie française à cette époque.

Au cours de cette cérémonie, le Vénérable LECOMTE BRETON prononça un discours où figuraient notamment les mots suivants :

NAPOLEON, pareil à l'astre éclatant par qui le Grand Architecte de l'Univers manifeste sa grandeur, NAPOLEON éclaire des jours de lumière ... Sa gloire éclate dans des temps de gloire ... Vaillant parmi les héros ; savant parmi les savans ; vertueux parmi les sages ; la Grèce l'eût mis au rang des dieux. Nous le proclamons premier d'entre les hommes ... Quel culte plus digne de lui ? quel culte plus digne de nous ?

Aux ovations maçonniques qui saluèrent ce discours, succédèrent les sons harmonieux d'une musique guerrière qui accompagne un hymne héroïque composé par le Frère LESTRADE :

Quel Dieu, sous les traits d'un mortel
Préside à cette auguste fête ?
Pourquoi ces honneurs, cet autel ?
Cette pompe où chacun s'apprête ? ...
Mais déjà le nom du héros
Vole, annoncé par la victoire
Et l'Europe n'a point d'échos
Qui ne nous parlent de sa gloire
Chantons, amis, d'un doux accord
L'honneur de France et d'Italie. 

(choeur) Chantons, amis, d'un doux accord
L'honneur de France et d'Italie.
Et répétons avec transport,
NAPOLEON, gloire et patrie. 

Aux lieux où régna Sésostris,
Il va dans sa course héroïque,
Des sages qu'honora Memphis
Interroger la cendre antique.
Pareil à l'astre dont les feux
Embrasèrent la nature entière
L'Orient renvoie à nos yeux
Ce fils aîné de la lumière.
Chantons, amis, etc. (le chœur.) etc. 

Déjà de la cîme des monts
Que franchit sa brillante audace
Il fond avec ses bataillons
Sur l'ennemi qui nous menace.
Français ! là sont vos ennemis,
Que pour eux seuls soient les alarmes ;
Il dit ... l'Autrichien est soumis ...,
Et la paix couronne nos armes.
Chantons, amis, etc. (le chœur.) etc. 

Voyez dans ses augustes mains
Qui fument encore de carnage,
Du repos chéri des humains
L'olivier nous offrit le gage.
L'Europe entière avec transport
Reçoit son rameau tutélaire ;
Qu'il est beau d'être le plus fort,
Pour donner la paix à la terre !
Chantons, amis, etc. (le choeur.) etc. 

Au sein du commerce et des arts,
Tandis que l'univers respire,
Quel cri de mort ces léopards
Poussent dans leur affreux délire !
Tremble, Albion ! son bras vengeur
Au loin déjà punit ton crime,
Et bientôt te frappent au cœur...
Londres entendra ce cri sublime.
Chantons, amis, etc. (le chœur.) etc.

Thémis, objet de son amour !
Dépouille un bandeau trop austère.
L’œil d'un enfant craint-il le jour
Pour fixer les traits de son père ?
Viens tresser avec l'amitié
De fleurs une simple guirlande,
Son prix augmente de moitié 
Quand la justice en fait l'offrande
Chantons, amis, etc. (le chœur.) etc. 

AILLEURS, sur le marbre et l'airain
Respire son auguste image,
L'amitié d'un simple burin
Ici, lui consacre l'hommage,
Règne au milieu de tes amis
Dans ce modeste sanctuaire,
On vit au banquet de Baucis
Le Dieu qui lance le tonnerre :
Entends nos voix d'un doux accord
Chanter ta gloire et ton génie.
Chantons, amis, etc. (le chœur.) etc.

Entends nos voix d'un doux accord
Chanter ta gloire et ton génie,
Et répéter avec transport
NAPOLEON, gloire et patrie.

Au solstice suivant, le 10 janvier 1806, la Loge Thémis procéda à une cérémonie semblable (on peut d'ailleurs se demander si le texte ci-dessus, qui fait explicitement référence au nom de Thémis, et qui est suivi de la mention : Ici le Frère Lasseret, Vénérable ... de Thémis s'avance vers l'autel ... et dépose la couronne de fleurs sur le buste de l'Empereur et Roi, ne serait pas relatif à cette seconde cérémonie plutôt qu'à la première). 

Il est mentionné que l'air utilisé est celui de Méhul dans Guillaume le Conquérant. Le 16 décembre 1803 avait été créée la pièce d'Alexandre Duval (1767-1842) Guillaume le Conquérant, et nous savons que Méhul écrivit une partition (créée le 4 février 1804) pour agrémenter cette pièce. On voit à la p. 311 du Volume 3 de La Décade philosophique, littéraire et politique, que cette partition s'y trouve, à une page non numérotée qui suit la p. 320 (malheureusement celle-ci est illisible sur Google-livres).

En voici cependant la première page, d'après une autre source :

 

Au moment où Napoléon projette de débarquer en Angleterre (Tremble, Albion ! comme le chante l'hymne), le choix d'un tel air est sans doute significatif. Il a d'ailleurs existé à cette époque, à Falaise, une Loge, fondée précisément en 1805, sous le titre distinctif de Berceau de Guillaume-le-Conquérant - titre que cette ville revendique encore aujourd'hui.

On remarquera la symétrie de forme entre le texte ci-dessus et la Chanson de Roland (dont le dernier couplet valut à Duval de sérieux ennuis, l'allusion à la mort du héros ayant été peu appréciée) de la scène VII de l'acte III de la pièce de Duval :

Premier couplet.

Où vont tous ces preux chevaliers,
L'orgueil et l'espoir de la France?...
C'est pour défendre nos foyers
Que leur main a repris la lance.
Mais le plus brave, le plus fort,
C'est Roland, ce foudre de guerre ;
S'il combat, la faux de la mort
Suit les coups de son cimeterre.

Soldats français, chantons Roland,
L'honneur de la chevalerie,
Et répétons en combattant
Ces mots sacrés, Gloire et Patrie !

Second couplet.

Déja mille escadrons épars
Couvrent le pied de ces montagnes;
Je vois leurs nombreux étendarts
Briller sur les vertes campagnes.
Français, là sont vos ennemis ;
Que pour eux seuls soient les alarmes ;
Qu'ils tremblent ! tous seront punis !...
Roland a demandé ses armes !

Soldats français, etc.

Troisième couplet.

L'honneur est d'imiter Roland,
L'honneur est près de sa bannière ;
Suivez son panache éclatant ;
Qu'il vous guide dans la carrière.
Marchez, partagez son destin :
Des ennemis que fait le nombre ?
Roland combat : ce mur d'airain
Va disparaître comme une ombre.

Soldats français, etc.

Quatrième couplet.

Combien sont-ils ? combien sont-ils ?
C'est le cri du soldat sans gloire ;
Le héros cherche les périls,
Sans les périls, qu'est la victoire ?
Ayons tous, ô braves amis,
De Roland l'ame noble et fière ;
Il ne comptait les ennemis
Qu'étendus morts sur la poussière !

Soldats français, etc.

Cinquième couplet.

Mais j'entends le bruit de son cor
Qui résonne au loin dans la plaine....
Eh quoi ! Roland combat encor ?
Il combat !... O terreur soudaine !
J'ai vu tomber ce fier vainqueur ;
Le sang a baigné son armure :
Mais, toujours fidèle à l'honneur,
Il dit, en montrant sa blessure :

Soldats français ! ... chantez Roland,
Son destin est digne d'envie :
Heureux qui peut, en combattant,
Vaincre et mourir pour sa patrie !

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