Peinture d'une réception 

Cette chanson datant de 1781 figure aux pages 153-6 du recueil édité en 1788 par le Frère de Saint-Aubin sous le titre les Oracles de la Vérité.

Son intérêt principal est de nous montrer comment était perçue à l'époque la cérémonie de réception - puisque c'est ainsi qu'alors on désignait ce qu'on appelle maintenant plus souvent l'initiation.

Le terme d'initiation ...   n’apparaît pour la première fois dans la terminologie maçonnique qu’en 1801, dans la préface du Vénérable, incluse dans le Régulateur du maçon. C'est le premier rituel imprimé en 1786 pour le Rite Français. Le mot initiation devient alors officiel en 1826, faisant son apparition dans l'article 217 de la constitution du Grand Orient de France ... En France, durant tout le XVIIIe siècle, la cérémonie d’apprenti est simplement appelée réception.

 

Irène Mainguy, La Symbolique maçonnique du troisième millénaire (Dervy, 2002), p. 35

La loge mentionnée est la Loge parisienne des Coeurs Simples de l'Etoile Polaire, et l'auteur est le Frère Jean-Nicolas Chuppin de Germigny.

L'air Des Bergères du Hameau est donné par la Clé du Caveau sous le n° 146.

CANTIQUE

 

Présenté à la Respectable Loge des Cœurs, S. de L* P., par le Frère Ch***, Vice-Orateur, 1781.

 Air : Des Bergères du Hameau

 

Faisons des efforts nouveaux,
Et de la Maçonnerie,
Muse, essayons, je vous prie,
D'esquisser quelques travaux ;
Mais sans talens comment peindre
De si majestueux tableaux ?
Douce amitié ! prends mes pinceaux,
Et je n'ai plus rien à craindre.     bis.

 

 

 

De notre entrée en ces lieux,
Retraçons-nous la peinture ;
Pas tremblans, marche peu sûre,
Un voile épais sur les yeux ;
Tel est l'Homme sur la terre, 
Dans un sentier presque inconnu,
Tombant, s'il n'est pas soutenu
Par un ami, par un frère.     bis.

S'il n'est ni nud, ni vêtu,
Quand le Prophane entre en Loge,
C'est, je crois, faire l'éloge
Des mœurs & de la vertu ;
Tout nous dit que la Nature
D'un art trompeur fait peu de cas ;
Et la Vertu n'exige pas
Dans son Temple la parure.     bis.

 

 

 

Le bandeau tombe ; à l'instant
De trois flambeaux la lumière
Vient éblouir sa paupière ;
Le Soleil au Firmament,
Du Jour ouvrant la barrière ;
La Lune remplaçant le Jour ;
Le Vénérable qui toujours
Et nous guide & nous éclaire.     bis.

 

 

 

Dépouillé de tous métaux,
Admis dans ce Sanctuaire,
Pourquoi former en équerre
Trois grands pas toujours égaux ?
Si les métaux sont des vices
L'emblème, il faut les rejetter ;
Un Sage ainsi doit éviter
Les dangers, les précipices.     bis.

S'il faut marcher à grands pas ,
C'est pour trouver la Sagesse,
Eviter la folle ivresse
Qui nous endort dans ses bras ;
Un point qui nous intéresse,
Par un équerre est désigné ;
Au seul Maçon il est donné
D'en connaître la justesse.     bis.

 

 

 

Ce point, c'est l'égalité
Qui doit régner entre Frères ;
Dès qu'on connait nos mystères,
On chérit l'humanité.
Notre origine est la même,
Premier ou dernier des Humaíns, 
Nous sommes tous sortis des mains
De l'Architecte suprême.     bis.

 

 

 

Un sincère attouchement,
Des vrais Maçons le symbole,
Et le signe & la parole,
Garantis par le serment,
Sans danger nous font connaître
Un Frère qui chérit nos jours ;
Ces mots secrets sont un secours
S'il faut démasquer un traître.     bis.

De ce serment solemnel
Reconnaissons l'avantage ;
La vertu qui nous engage
Le reçoit sur son autel :
Nous jurons à la Patrie
D'aimer nos devoirs & nos Rois ;
Amis des moeurs, amis des lois,
Voilà la Maçonnerie.
     bis.

Le 4e couplet se réfère aux Trois Grandes Lumières de la Loge, au sens d'origine (le Soleil, la Lune et le Maître de la Loge).

L'anté-pénultième nous rappelle l'importance primordiale de la notion d'Egalité dans la maçonnerie du XVIIIe.

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