L'album d'Ortolan & Steiner

La Loge brestoise des Amis de Sully a publié en 1865 cet Album de chants maçonniques, de la composition, pour les textes, de son Vénérable A. Ortolan et, pour la musique, de son Maître de la Colonne d'Harmonie E. Steiner (que nous n'avons pu identifier plus précisément).

Le recueil comprend 6 chansons, portant chacune une dédicace :
 

TITRE dédicace
Invocation au Grand Architecte du Monde (Initiation) au Frère Aubry
Avant la Lumière  (Initiation) au Frère Lucien Rodanet, 1er Surveillant de la Loge l'Accord Parfait
Chant de fête solsticiale au Frère J. Roubaud, Maître des Cérémonies
Un rameau de Cyprès (Chant Funèbre) au Frère L. Melchissédec de l'Orient de Lyon Année Vulgaire 1863

Chant pour Agape des Rose-Croix

au Frère E. Garnault, Très Sage du Chapitre des Amis de Sully
Travaille ! Travaille ! au Frère Hersent, Frère Hospitalier

Le Vénérable A. Ortolan est-il l'André Ortolan, (1823-1896), mécanicien en chef de la marine en 1868, auteur d'un mémoire sur la distillation de l'eau de mer et coauteur en 1861 d'un Cours de machines à vapeur appliquées à la navigation ?

les Amis de Sully

C'est en 1745 que fut fondée la première Loge brestoise, l'Heureuse Rencontre (qui initia la Pérouse en 1779). En 1782, la guerre d'indépendance des Etats-Unis amène à Brest le 1er bataillon du régiment de Toul Artillerie, avec ses deux Loges militaires Henri IV (fondée en 1766 sous le nom l'Union) et Sully (constituée en 1777 sous le nom la Parfaite Union). A son départ en 1783, ses membres civils constituent les Elus de Sully, qui ne recevra ses Constitutions du Grand Orient qu'en 1785, suite à la violente opposition de l'Heureuse Rencontre

Sous l'Empire, les Elus de Sully deviennent la loge des marins et des amiraux.

Après la Restauration la Loge affiche des tendances libérales et même républicaines, et deviendra l'un des foyers de la pensée fouriériste en France (lire à ce sujet l'article de Jean-Yves GUENGANT, « Les Élus de Sully et de Fourier ». Une rencontre durable entre francs-maçons brestois et fouriéristes (1839), paru dans les Cahiers Charles Fourier, 2007, n° 18). Elle participera à la création de la Caisse d'Epargne et des premières sociétés de secours mutuel. En 1837, elle sera provisoirement exclue du Grand Orient de France.

Hostile au Grand Maître le prince Murat, elle adhère en 1855 au Suprême Conseil de France et se rebaptise les Amis de Sully.

En 1871, elle porte secours aux maçons communards détenus sur les pontons de Brest.

Devenue un foyer du socialisme breton, elle retourne en 1900 au Grand Orient de France et s'engage dans le combat laïque.

La Loge des Amis de Sully est toujours en activité sous le numéro 760 du Grand Orient de France.

Sur ses 222 premières années d'existence, environ 1750 maçons y furent initiés ou affiliés. On compte parmi eux quelques personnages célèbres comme :

  • l'amiral Ganteaume (1755-1818)

  • le Chevalier de Fréminville (1787-1848)

  • Hyacinthe-Martin Bizet (?-1869), premier maire de Brest élu au suffrage universel

  • Charles-Ange Laisant (1841-1920), député, directeur du Petit Parisien, président de la Société mathématique de France (initié dans la Loge en 1869, il prit en 1889 ses distances avec la maçonnerie avant d'être exclu pour boulangisme)

  • Emile Goude, commis des postes, initié en 1905, premier député socialiste de Bretagne en 1910,  Conseiller de l'Ordre du Grand Orient de France en 1924/25

  • Victor Aubert, ouvrier horloger, premier maire socialiste de Brest en 1904, initié en 1905

  • Hippolyte Masson (1875-1966), maire et député

  • Jules Le Gall (initié dans la Loge en 1921, Vénérable de 1930 à 1938), grande figure de l'anarcho-syndicalisme, mort à Buchenwald en 1944, dont la Loge continue de cultiver la mémoire

Dans les Archives secrètes du Vatican et de la Franc-maçonnerie (Dervy-Livres, 1989), José Ferrer-Benimeli signale (p. 735) qu'en 1799-1800 cinq prêtres espagnols (dont des aumôniers de la marine) en furent membres.

Comme on le voit à l'objet et à la dédicace d'une des chansons, elle avait un Chapitre, que le chevalier de Fréminville présidait en 1845.

La Loge l'Accord Parfait, dont le 1er Surveillant Lucien Rodanet est le dédicataire de la 2e chanson, est très probablement celle de Rochefort, autre Loge portuaire qui est une de celles partageant avec les Amis de Sully une longue tradition, encore vivace de nos jours, de relations privilégiées.

la Rencontre des cinq ports

Le n° 72 (2013) des Chroniques d'Histoire maçonnique consacre un dossier de 26 pages au sujet Brest et la franc-maçonnerie dans les ports. Il contient un article de Jean-Pierre Tandin intitulé Histoire du jumelage des loges des cinq ports de guerre (Brest, Cherbourg, Lorient, Rochefort, Toulon), illustré par le bijou de 1872 reproduit ci-contre.

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