(Van) Campenhout

Cliquez ici pour entendre (fichier midi) la Brabançonne, la seule oeuvre de Campenhout qui soit encore régulièrement jouée ...

 

Jean-François (ou François) Van Campenhout (1779-1848) fut violoniste, ténor - sa brillante carrière le conduisit notamment à Gand, Brest, Paris, Lyon, Rouen, Gand, La Haye et Amsterdam - et compositeur (il écrivit notamment 17 opéras). Il est surtout connu - et, sans doute, seulement par les Belges - pour avoir composé, en 1830 - année où la Belgique, intégrée depuis 1815 au Royaume des Pays-Bas, conquit son indépendance - leur hymne national, la Brabançonne. Nul n'oserait cependant prétendre que cela lui mérite une place de choix dans l'histoire de la musique ...

C'est lors de son séjour à Brest, au début des années 1800, que Van Campenhout décida de supprimer de son nom la particule Van et de s'appeler désormais Campenhout

Carte postale émise à l'occasion du 75e anniversaire de l'indépendance : sous les portraits de Léopold Ier et Léopold II, séparés par la Colonne du Congrès, la partition - avec encore un texte antérieur à l'actuel :

 

Qui l'aurait cru ? De l'arbitraire 

Consacrant les affreux projets, 

Sur nous de l'airain militaire 

Un prince a lancé les boulets.

C'en est fait ! Oui, Belges, tout change.

Avec Nassau plus d'indigne traité :

La mitraille a brisé l'Orange

Sur l'arbre de la Liberté. 

En 1832, à l'occasion de la grande cérémonie commémorative du cinquantenaire de la fondation  (le 29 avril 1782 par la Grande Loge des Pays-Bas Autrichiens) de la Loge bruxelloise les Vrais Amis de l'Union, Campenhout a composé un hymne maçonnique intitulé - titre qui est aussi la devise nationale - l'Union fait la Force. On le trouvera sur ce site.

Cela lui valut, simultanément, d'être fait membre honoraire dudit Atelier, comme on peut le voir à l'extrait (ci-dessous) d'une photocopie de la page 565 du Tableau général des membres de la Respectable Loge des Vrais Amis de l'Union et du Progrès Réunis depuis leur fondation et leur fusion (Bibliothèque Royale, Bruxelles) :

 410 -  Campenhout Jean-François - artiste-compositeur de musique; affilié en qualité de membre honoraire le 26.3.5832. Bruxelles. 30eme - Décédé

On peut lire dans le livre de Philippe Libert, Histoire de la plus ancienne Loge de Bruxelles (1996), que, d'après le livre de dépenses et recettes 1806-1840 de la Loge, Campenhout a reçu,  pour la composition de son hymne ... outre ses frais en papier à musique, deux bouteilles de bon vin.

Il avait été affilié aux Amis Philanthropes de Bruxelles le 24 avril 1830, sous le n° matricule 714. L'emploi du terme affilié pourrait indiquer qu'il ait été initié antérieurement - en France ou en Belgique - mais nous n'avons trouvé nulle part mention d'une trace le confirmant. 

Il participa à un cantique offert par Defrenne à cette Loge.

On lit également (malheureusement sans autre précision), au Tracé de la Pompe inaugurale du Temple du Grand Orient de la Belgique, le 23 février 1833 (p. 29), que, après la première Santé (celle du Roi) :

Cette Santé est suvie d'un morceau d'harmonie, paroles du Frère Dessessarts, musique charmante du Frère Dessessarts, chantée par les Frères Campenhout, Adrien et ...

On sait (source : Jo Gérard, la Franc-Maçonnerie en Belgique, J. M. Collet Ed.) que Campenhout atteignit  le 16e grade le 16 avril 1835 et le 18e le 25 mai 1837. Son parcours ne s'est cependant pas arrêté là, puisque, comme on le voit ci-dessus, il était 30e à sa mort.

En 1850, les Amis Philanthropes participèrent à la souscription pour l'érection d'un monument à Campenhout, avec la mention : de la part de deux cents membres de la Société maçonnique les Amis Philanthropes. (source : L. Lartigue, Précis historique, E. Guyot, 1893) 

La signature de Campenhout, telle que figurant
sous le manuscrit original de la Brabançonne

  

Petits bouts d'Histoire

Brabançonne, ... 

Vint la révolution de 1830 : Van Campenhout réalisa une seule et même composition musicale pour les deux versions de la Brabançonne de Jenneval. L'hymne vint à point car, au début de la révolution, les Belges n'avaient d'autres refrains patriotiques que la Marseillaise et la Parisienne. Et ce fut l'oeuvre commune de Jenneval et de Van Campenhout que le ténor Lafeuillade fit entendre pour la première fois sur la scène de La Monnaie le 12 septembre 1830, où les deux auteurs reçurent les acclamations du public bruxellois. Le 28 au soir, Van Campenhout chanta lui-même la deuxième version de la Brabançonne dans un estaminet de Bruxelles; le Courrier des Pays-Bas signala que tout l'auditoire partageait l'émotion du compositeur.

ci-contre : Van Campenhout chante la Brabançonne en présence de Jenneval au café Cantoni

Le 4 janvier 1831, les artistes de La Monnaie organisèrent une représentation au bénéfice de la mère de Jenneval, tombé sous les balles hollandaises; on joua une pièce patriotique et Van Campenhout vint lui-même chanter la Brabançonne : il produisit une profonde émotion dans la salle lorsqu'il apparut, au cinquième tableau, sous les traits de Jenneval.

(Lucy Peellaert, la Représentation Maçonnique dans les noms des rues de Bruxelles, 1982)

ndlr : La Monnaie a joué un rôle symbolique important dans la révolution belge; c'est en effet l'air Amour sacré de la patrie, rends-nous l'audace et la fierté qui, lors d'une représentation sur la scène de ce théâtre, le 25 août 1830, de la Muette de Portici, a été l'étincelle des émeutes qui en donnèrent le signal.

... Solidarité ...

... quand François Van Campenhout vieillissant commença à voir ses revenus baisser, deux francs-maçons volèrent à son secours : Félix Delhasse et Charles Rogier. Celui-ci obtint du parlement le vote à l'unanimité d'une rente annuelle de trente et un mille deux cents francs en faveur de l'auteur de la Brabançonne.

(Jo Gérard, la Franc-Maçonnerie en Belgique, J. M. Collet Ed.)

... et Loyalisme

En 1837, Campenhout adressa au Roi  Léopold Ier la lettre suivante (le cantique y mentionné n'a à notre connaissance pas été retrouvé : merci à qui pourrait nous remettre sur sa trace) :

 

A S. M. le Roi des Belges.

Sire !

Membre de la Respectable Loge des Amis Philanthropes, à l'Orient de Bruxelles, à la prospérité de laquelle Votre Majesté n'a cessé de concourir en qualité de Frère; j'ai composé pour sa fête solsticiale, un cantique, en me proposant d'en faire hommage à Votre Majesté.

Je prends donc la respectueuse confiance de le joindre à la présente, et j'ose espérer un accueil plein de cette indulgence caractéristique du meilleur des monarques, en faveur de l'auteur de la Brabançonne, lui dont le coeur ne cesse jamais de battre pour le bien être de sa patrie et le bonheur de son Roi.

Je m'estimerai heureux si Votre Majesté daigne sourire à mes efforts. Puissé-je trouver souvent l'occasion de lui offrir des gages d'un zèle inaltérable, et de pouvoir lui réitérer l'assurance du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être

Sire !

De Votre Majesté,

Le dévoué serviteur.

CAMPENHOUT,

décoré de la Croix de fer.

(source : O. Hennebert, Aperçu de l'histoire de la Loge des Vrais Amis de l'Union et du Progrès Réunis à l'Orient de Bruxelles depuis sa fondation en 1782 jusqu'à l'heure actuelle, rédigé d'après des documents authentiques - Bruxelles 1892)

A la p. 223 de l'histoire de la Monnaie parue en 1890, on peut lire :

François Van Campenhout — dit Campenhout — né à Bruxelles, le 5 février 1779, y est mort le 24 avril 1848.

Ce millésime 1779 était une date fatidique pour Campenhout, qui affectait d'oublier son acte de naissance quand on avait l'indiscrétion de la lui demander. A un sien ami (Delhasse) qui avait révélé son âge en publiant sa biographie, le coquet vieillard, le beau d'autrefois, adressa une épître des plus lamentables « Quelle diable d'idée avez-vous eue là, lui dit-il, d'aller exhumer cette date atroce que vous venez de clouer à mon front sexagénaire ? Quand le fossoyeur a rempli son office, et que le cadavre a reçu sur la face et sur le ventre, quatre à cinq pieds de terre, n, i, ni, c'est fini ; la farce est jouée. Pour lors, les dates peuvent arriver à foison ; le défunt n'a plus rien à redouter de l'impitoyable vérité. Si le vieil artiste a conservé jusqu'au terme de ses derniers travaux, quelques étincelles d'un talent remarquable, oh ! alors, c'est tout autre chose ; on dirait : c'est-il Dieu, possible ! quoi ! le défunt avait cet âge là ? c'est prodigieux ! Mais lui jeter au visage et de son vivant, ce terrible 1779 ; c'est le tuer moralement... Pour en finir, mon cher Delhasse, mon extrait de naissance seul a tort, seul, il est vieux ! et je sens que mon cerebrum est encore assez solide pour être bon à quelque chose ; tout n'est pas épuisé, il reste de l'huile dans la lampe ; nous verrons bien, Apollon nous aidant. »

Campenhout possédait une magnifique voix, qui lui valut de longs succès sur les plus grandes scènes. Il composa, en outre, plusieurs oeuvres lyriques.

Bibliographie

On trouvera un chapitre consacré à Campenhout dans l'ouvrage Illustres et Francs-maçons, rédigé par un collectif d'auteurs coordonné par Luc NEFONTAINE et publié en 2004 par les Editions Labor (Collection La Noria).

 

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