Cantique de Dessessart

pour l'installation du Grand Commandeur Stevens

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Ce cantique est le premier des deux chantés au banquet ayant suivi l'installation de Pierre-Albert-Joseph Stevens comme Grand Commandeur du Suprême Conseil de Belgique le 16 février 1840.

Nous lisons au tracé que, après les premières Santés, 

Des sons harmonieux se font entendre ; les Très Chers Frères Kerckx, C. Artot, Cavallini, Dessessart fils, Vanderkelen, se joignent, dirigés par le Frère Bosselet, au Très Illustre Frère Dessessart, qui fait hommage au Souverain Grand Maître de couplets de sa composition.

Plus d'un Dessessart ...

On voit que deux Dessessart participaient à cette cérémonie ; l'un, musicien, est désigné comme fils et l'autre comme Très Illustre (l'expression n'est généralement utilisée que pour les 33es ; la liste des membres du Suprême Conseil, p. 55, nous apprend qu'il s'agit de Louis-Pierre Desessarts, professeur à l'école normale de Bruxelles, Grand Maître des Cérémonies du Saint-Empire).

On rencontre à plusieurs reprises dans ce site, sous différentes orthographes (Desessarts, Dessessarts, Desessart, Dessessart, Des Essarts), des personnes de ce nom, sans que rien permette de les distinguer avec précision.

L'un fut, de 1834 à 1837, 1er Surveillant des Amis Philanthropes, dont il fréquenta les Travaux pendant 47 ans et fut nommé Surveillant d'honneur ad vitam. Son décès se situe entre 1848 et fin 1853, date de la Tenue funèbre quinquennale où il lui fut rendu hommage. Est-ce le Louis-Pierre ci-dessus ou l'Eugène ci-dessous ?

Dans l'histoire de la Monnaie de Bruxelles parue en 1890, un Eugène Dessessarts - qu'on peut raisonnablement supposer être celui mentionné ici comme Frère -, est mentionné comme première basse-taille notamment en 1802-3 (p. 103), 1803-4 (p. 106), 1824-5 (p. 193), en 1834-5 (p. 265). A la p. 336, nous apprenons qu'il s'était domicilié à Bruxelles en 1800 et qu'en 1845 il était septuagénaire et accablé par l'âge et les infirmités qui le suivent. A la p. 368 nous voyons qu'en 1850 son épouse était devenue sa veuve.

Par ailleurs, nous trouvons au Dictionnaire théâtral la mention suivante (p. 116) qui pourrait - s'il s'agit bien du même - nous éclairer sur la période précédant son installation à Bruxelles et/ou sur celle (1807) où il aurait (suivant l'Histoire du Théâtre français en Belgique, où il est également mentionné, p. 231, qu'en 1811 il était à Rouen) tenté de percer à Paris :

Desessart. (Opéra-Comique) Ancien officier supérieur. Basse-taille médiocre, comédien raisonnable, qu'on a cru propre au théâtre Feydeau parce qu'il était déplacé au Gymnase. 

Signalons aussi qu'un autre volume de l'Histoire du Théâtre français en Belgique mentionne (p. 304) :

Hommage à Grétry, Scène lyrique (v. lib.), paroles de Dessessart. musique de C.-L. Hanssens ; représentée, pour la première fois, au Théâtre royal de Liège, le 17 juillet 1842. Liége, S. Ronsa, 1842 In-8° de 8 pp.

Parmi les autres mentions sur ce site d'un de ces Desessarts figurent les pages concernant :

  • le Tracé concernant Stassart et intitulé Franche-Maçonnerie belge

  • un Hommage à Eugène Defacqz (1845)

  • des cantiques à l'occasion du mariage du Prince Frédéric en 1825

  • plusieurs cantiques chantés lors du solstice d'hiver du 17 janvier 1825 à la Loge de l'Espérance

Par ailleurs, dans le Tome VI (années 1825 à 28) des Annales chronologiques, littéraires et historiques de la maçonnerie des Pays-Bas à dater du 1er janvier 1814 (accessible via la digithèque des bibliothèques de l’Université Libre de Bruxelles), Auguste de Wargny donne (pages 404 à 440) un compte-rendu de la Pompe Funèbre du Frère Honorez dans sa Loge de l'Espérance, le 29 mars 1828. On y trouve (p. 430) un chant Musique du Frère Cassel, paroles du Frère Eugène Desessarts artistes au Théâtre Royal, chantés par les Frères Desfossés, Sallard, Desessarts fils, Kerkx et Leroux. Il est précisé (p. 413) que Desessarts était à ce moment chef de la Colonne d'harmonie de la Loge.

Quant à Desessarts fils, dont l'initiale était L., il travaillait également à la Monnaie (basse).

Pour repousser l'injuste intolérance, Grand Orient et Suprême Conseil, marchez d'accord !

A l'instar de Defrenne dans le cantique qui suivra, Dessessart, dans le 3e couplet, évoque l'ennemi clérical malgré lequel l'Eternel accorde sa protection aux maçons. 

Mais le thème des autres couplets est l'union retrouvée de tous ceux-ci contre l'ennemi commun, quel que soit leur Rite : voilà qui donne à penser qu'il y avait eu quelques tensions entre le Grand Orient et le Suprême Conseil, à l'instar sans doute - mais avec moins de virulence, car nous sommes en Belgique - de ce qui se passait en France à cette époque ; la lecture des Annales chronologiques, littéraires et historiques de la maçonnerie des Pays-Bas à dater du 1er janvier 1814 de Wargny montre d'ailleurs qu'entre Rites les tensions, jalousies et coups fourrés avaient commencé dès la création à Bruxelles en 1817 d'un Suprême Conseil

On sait qu'en 1838 le Suprême Conseil avait accordé une patente à une Loge bleue namuroise (rapidement disparue), les Amis de l'Union - ce qui constituait un véritable casus belli. Il semble cependant qu'en 1840 le péril clérical avait ressoudé les factions, au moins ce jour-là. Cela n'était cependant que partie remise, puisqu'un épisode de rupture totale allait intervenir en 1854, avant qu'en 1880 seulement, un Traité d'union et d'alliance soir signé entre les deux partenaires.

CANTIQUE.

 

Air : Te souviens-tu, disait un capitaine.

 

I.

Parez vos fronts, enfants de la lumière,
D'acacias et de myrtes fleuris !
Voici le jour où la même bannière
Voit des Maçons les rites réunis ;
Où ces amis de la philanthropie,
Rivalisant de noble ambition,
Malgré les coups redoublés de l'envie,
Vont resserrer la plus tendre union.

 

 

II.

Ils sont passés ces temps où la discorde,
Monstre sorti du gouffre des enfers,
Voulut troubler l'éternelle concorde
Qui doit régner entre dogmes divers.
Également l'architecte du monde
Reçoit l'encens et les vœux des mortels ;
Et du même œil, sa sagesse profonde
Voit les tributs offerts sur ses autels.

 

 

III.

Tremblez enfin, vils suppôts d'imposture,
Voyez ici vos efforts impuissants !
L'être éternel, père de la nature,
De son égide entoure ses enfants.
D'un pas égal, au chemin de la gloire
Ils marcheront sans redouter vos traits.
Le Roi des Rois les mène à la victoire ;
C'est l'offenser de douter du succès.

IV.

Pour repousser l'injuste intolérance,
Grand Orient et Suprême Conseil,
Marchez d'accord ! la voix de la prudence
Vient de donner le signal du réveil.
C'est vainement que l'implacable haine
Veut rallumer ses livides flambeaux ;
Des fils d'Hyram la victoire est certaine,
Quand l'union préside à leurs travaux.

Voir l'air Te souviens-tu, disait un capitaine

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