Hommage à Eugène Defacqz

Cliquez ici pour entendre le fichier mp3 de cette partition, séquencé par Christophe D.

 

Fondateur en 1838 de la Loge bruxelloise des Amis du Progrès, Eugène Defacqz avait été élu en 1842 Grand Maître du Grand Orient de Belgique. 

Le 9 janvier 1845, sa Loge lui rendait un solennel hommage (particulièrement flatteur, mais c'était l'usage de l'époque). 

Les paroles sont du Frère Desessarts et la musique du Frère Hanssens. Le Frère Laborde mentionné comme l'interprète est vraisemblablement Dur-Laborde, dit Laborde, signalé par l'ouvrage de Jacques Isnardon Le théâtre de la Monnaie depuis sa fondation jusqu'à nos jours comme premier ténor à la Monnaie pour les 8 saisons consécutives 1840-41 à 1847-48, mais qui pendant cette dernière saison émigra pour Liège avec son épouse (née Villiomi, elle était depuis 1843 première chanteuse à roulades à la Monnaie et fit par la suite une brillante carrière internationale). On voit ici (p. 96) qu'il décéda en 1881.

Le 4e couplet fait allusion à la brillante carrière de Defacqz dans la magistrature.

Au 5e couplet, la mention L'ancien ami de l'espérance est aussi l'ami du progrès rappelle que sa Loge-mère s'appelait l'Espérance.

Christophe D., qui a numérisé la partition, fait à son sujet les commentaires suivants :

L'enchaînement des parties fait penser à une scène d'opéra. Le chant commence par un récitatif déclamé suivi d'un air plaisant et mélodique pour finir par une marche plus vive.

Ci-contre la première page de la partition ; la copie (merci à Ben G. qui l'y a obtenu) dont nous disposons provient du tirage d'un microfilm, ancien et fort abîmé, du Fonds Stevens de la Bibliothèque Nationale de Belgique. Pour les autres pages, la mauvaise qualité des images rend quelques notes peu lisibles. Cliquez ici pour voir aussi les pages suivantes (en pdf).

 

Hommage offert par la Respectable Loge des amis du Progrès à l'Orient de Bruxelles, au très illustre frère Eugène De facqz son vénérable ex-maître.

Paroles du Frère Desessarts.

Musique du Frère C. Hanssens, administrateur et chef d'orchestre du Théâtre Royal de Bruxelles.

Chanté par le Frère Laborde

3e jour 11e mois 5844.

 ô toi ma muse ô toi que j'invoque aujourd'hui
Daigne mieux que jamais me prêter ton appui ;
Ah ! si plus d'une fois pour des actes vulgaires
Tes accents à mes yeux n'ont pas été contraires
Pourrais-tu maintenant pourrais-tu me trahir
Lorsque je veux apprendre aux maçons à venir
Les talents, les vertus, les qualités d'un frère
Qu'au temple du progrès on chérit, on révère.

Pour le chanter divine poésie
Il nous faudrait tes sublimes accens
A leur défaut puissante mélodie
De tes attraits viens embellir nos chants.
Du sentiment favorable interprète
Inspire-nous les sublimes accords
Sois aujourd'hui l'ornement d'une fête 
Qui de nos coeurs excite les transports.

1er Couplet.

Offrons la palme maçonnique 
A l'ami de l'humanité
Joignons à l'estime publique 
Celle de la fraternité.
Déjà les filles de mémoire 
De fleurs ont couronné son front
Et dans les fastes de sa gloire
Le belge aime à placer son nom.

                                 

 

2me Couplet.

Defacqz, de la bienveillance
Est le type le plus parfait.
Chaque instant de son existence
Est marqué par quelque bienfait.
Celui qu'a frappé la misère
Chez lui trouve un appui certain
Tout indigent devient son frère,
En secret il lui tend la main.

 

3me Couplet.

Ennemi de l'obscurantisme,
Zélé défenseur de nos droits
Contre l'odieux fanatisme
On le vit élever la voix.
Confondant de l'hypocrisie
Les vains et coupables projets
Des vrais amis de la patrie
Il vint assurer les succès.

 

4me Couplet.

Des lois sage dépositaire
Il compte au palais de thémís,
Ainsi que dans ce sanctuaire,
Autant de frères que d'années d'amis.
Quand l'organe de la justice
Devient l'organe des vertus,
Il faut que chacun applaudisse
El lui paye justes tributs.

 

5me Couplet.

Amant des arts et de la lyre,
Aux fils des immortelles sœurs
On le voit sans cesse sourire
Et leur dispenser des honneurs
Sa bonté, sa douce indulgence
Applaudissent à leurs succès :
L'ancien ami de l'espérance
Est aussi l'ami du progrès.

 

6me Couplet.

En lui dédiant cet hommage
Au nom de la fraternité
Tout coeur a droit d'être en partage
Car c'est lui seul qui l'a dicté.
Dans ce tableau simple et fidèle,
Sans détours, sans apprêt, sans fard,
Pour mieux retracer son modèle
L'amitié n'a pas besoin d'art.

David Vergauwen, dans son ouvrage Maçonnieke chansons in negentiende-eeuws België (Liberaal Archief, 2017), donne de ce chant une version légèrement différente, qu'il atrouvée aux archives des Amis Philanthropes. Les différences sont les suivantes :

Texte à la partition ci-dessus

2me Couplet.

Defacqz, de la bienveillance
Est le type le plus parfait.
Chaque instant de son existence
Est marqué par quelque bienfait.
Celui qu'a frappé la misère
Chez lui trouve un appui certain
Tout indigent devient son frère,
En secret il lui tend la main.

6me Couplet.

En lui dédiant cet hommage
Au nom de la fraternité
Tout coeur a droit d'être en partage
Car c'est lui seul qui l'a dicté.
Dans ce tableau simple et fidèle,
Sans détours, sans apprêt, sans fard,
Pour mieux retracer son modèle
L'amitié n'a pas besoin d'art.

Texte alternatif

2me Couplet.

De l'honneur de la bienveillance
Defacqz est le type parfait.
Chaque instant de son existence
Est marqué par quelque bienfait.
Celui que frappe la misère
Ne l'implora jamais en vain
L'infortuné devient son frère,
Il lui tend sa bourse et sa main.

6me Couplet.

A l'offre de ce juste hommage,
Par tant de vertus inspiré
Chacun a droit d'être en partage
Car les coeurs de tous l'ont dicté.
Dans ce tableau simple et fidèle,
Sans détours sans apprêt sans fard,
Pour mieux retracer son modèle
L'amitié n'a plus besoin d'art.

Vergauwen signale également que l'interprète Laborde était encore à ce moment profane, puisqu'il ne fut initié que le 2 mars de la même année, aux Amis du Progrès.

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