Présent, Passé, Avenir

 Cliquez ici pour entendre l'air Minuit, Chrétiens (emprunté à la page concernée d'un site spécialisé), qui pourrait bien être celui utilisé pour cette chanson

Dans Chansons maçonniques des 18e et 19e siècles (ABI éd.), Ligou donne (p. 147) ce cantique, qu'il a trouvé dans l'ouvrage d'André Bouton, Les luttes ardentes des francs-maçons manceaux pour l'établissement de la République, 1815-1914 (Le Mans, imprimerie Monnoyer, 1966). Il fut chanté le 20 décembre 1866 à la Loge mancelle La Rose du Parfait Silence (qui n'est pas à confondre avec celle du même nom à Paris) par le Frère Millois. 

Comme d'autres de ce site à la même époque, cette chanson répond à la condamnation par Pie IX de la synagogue de Satan.

Elle met l'accent sur les notions de Liberté (de pensée particulièrement), d'Egalité et de Progrès.

Le titre se justifie par le fait que les trois couplets concernent (comme le confirme la conjugaison du refrain successivement à l'imparfait, au présent et au futur) les trois thèmes qu'il mentionne.

Ligou mentionne Air connu, mais sans préciser ; à quel air connu fait-il ainsi allusion ? Une visiteuse de ce site (que nous remercions de cette contribution) nous a suggéré le Minuit, Chrétiens (dont une parodie fait l'objet d'une autre page de ce site), dont la métrique correspond absolument (jusqu'à l'utilisation des rimes en -ance et en -eur pour les 5e et 6e vers de chaque couplet et le refrain) : cette hypothèse, qui serait cocasse et bien dans l'esprit du texte, nous semble extrêmement vraisemblable.

1

Maçonnerie, de ton passé sublime
Nous reçûmes l'esprit de Liberté
Dès ton berceau, ton esprit magnanime
A l'esclavage, apprend l'Egalité.
Tu fus dès lors en butte à la puissance
Qui profitait du vice et de l'erreur.

Les vieux Maçons combattaient l'ignorance
Et du Progrès recherchaient la faveur
Oui, du progrès recherchaient la faveur.

2

Mais aujourd'hui, la tâche est bien comprise
Et vers ton but convergent les esprits
Nos ennemis, les pasteurs de l'Eglise
Sont restés seuls ... et contrits.
Du Vatican, si la foudre s'élance
Des ris moqueurs remplacent la Terreur.

Tous les Maçons combattent l'ignorance
Et du Progrès recherchent la faveur
Et du Progrès recherchent la faveur.

3

Un jour viendra où, dans notre Patrie
Chacun pourra penser en liberté
Et l'institut de la théocratie
Sera changé en libre faculté.
Ah ! c'est alors que, remplie d'espérance
Postérité, tu iras au bonheur

Car les Maçons combattent l'ignorance
Et du Progrès chercheront la faveur,
Oui, du Progrès chercheront la faveur.

Une loge très militante

La Loge mancelle La Rose du Parfait Silence fut manifestement un pilier de l'activité anticléricale de nombreuses Loges à l'époque, puisqu'elle est mentionnée à ce titre en 1895 dans l'ouvrage (antimaçonnique) Lucifer démasqué de Jean Kostka (pseudonyme de l'occultiste, martiniste, évêque gnostique, théosophe et ... maçon radié Jules Doinel, le Léo Taxil orléanais), lequel cite même cet extrait d'un de ses textes :

Considérant que dans l'état critique où nous nous trouvons en présence des auteurs du Syllabus qui viennent grossir leurs rangs de toute la catholicité, mîtrés à longue et courte robe, des chefs de toutes les congrégations, en un mot de tout l'obscurantisme massé pour y profaner notre titre, nos principes et notre devise Liberté, Egalité, Fraternité, cette liberté de conscience si chèrement acquise et la plus indestructible de toutes les libertés, pour aiguiser leurs calomnies avec lesquelles ils veulent anéantir l'éducation libérale, l'instruction des filles, le mariage civil, etc., etc., pour y substituer l'enseignement rétrograde et reculer la civilisation par leurs théories subversives ...

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